Retour à Toamasina (Madagascar)

Nous voilà de retour sur notre chère « Ile Rouge », Madagascar. La première impression en accostant, le 12 février, était celle de « rentrer à la maison ». Qu’est-ce que ça fait du bien, de retrouver ces lieux connus, ces gens souriants, la saveur de la vanille et les tuk-tuks !

La traversée a duré plus longtemps qu’à l’aller : nous étions 8 jours en mer cette fois (et non pas 5). Une question de vents et de courants apparemment. On nous avait promis un « rough sail », c’est-à-dire une « navigation rude » au vu de la météo annoncée. Finalement, il s’est avéré que le ciel était bleu et la mer d’un calme plat tout au long de cette semaine. Cela n’a pas empêché le bateau (ancien ferry, je le rappelle…) de tanguer de gauche à droite comme s’il devait se battre contre des vagues féroces. Je n’ose même pas imaginer comment cela aurait été, si la mer avait été déchaînée !

Pour te donner un petit aperçu, voici deux photos prises à quelques secondes l’une de l’autre, avec le même angle de vue. (Vu que je n’arrive pas à poster de vidéo.) Tu peux ainsi t’imaginer les montées et descentes de 5-6 mètres que le bateau nous faisait subir, 24 heures sur 24...

 

Cela donnait des effets intéressants aussi de nuit : la première fois que je suis montée au deck 8 (tout en-haut du bateau), j’ai cru apercevoir une étoile filante. Sauf que, après avoir fait une certaine trajectoire dans le ciel, l’étoile est revenue à sa place initiale, avant de refiler dans l’autre direction et ainsi de suite. J

Cette expérience en mer m’a aussi permis de découvrir une nouveauté dans notre couple. Mon moment préféré avec Jérémie, c’était durant le « pre-sail meeting », la réunion imposée par le capitaine avant de lever l’ancre. A chaque fois qu’il annonçait des évènements un peu douteux, on était obligés de rire nerveusement. Par exemple, quand il nous a sorti : « Je ne vous dis pas que vous devez vous préparer à des vagues de 4-5 mètres de haut. Mais… soyez prêts quand-même ! » ou encore : « Si vous devez vomir, s’il-vous-plaît, faites-le dans les toilettes. Ne vomissez pas dans les lavabos. Chris le plombier vous remerciera ! Ah, et si vous êtes sur le pont et que vous vomissez par-dessus bord, regardez peut-être d’abord d’où vient le vent ! »

Heureusement, la mer a été plus calme que prévue et grâce aux médicaments, nous n’avons jamais dû vomir. Mais je savoure encore aujourd’hui ce moment de complicité où on riait à deux de ces perspectives flippantes. Probablement que ce sentiment de proximité venait aussi de la prise de conscience que tous les deux, nous étions littéralement dans le même bateau : nous allions être exposés aux mêmes galères, on allait déguster ensemble, et surtout, il n’y avait plus moyen d’y échapper maintenant. Un peu comme dans les Via Ferrata, lorsqu’on a passé le point de « non-retour ».

Dans l’ensemble, comme pour la navigation du mois de décembre, l’expérience de la haute mer reste mitigée. Non seulement à cause des nausées, mais aussi à cause de l’énergie sans cesse déployée à ne pas tomber, ou faire en sorte que les choses autour de soi ne tombent pas. On a fini aussi par carrément enlever le tiroir de la cuisine où se trouvent les services, car malgré toutes les astuces pour essayer de le garder fermé, il s’ouvrait quand-même sans cesse, avec ce boucan impossible des services qui s’entrechoquent. On a également eu un i-pad qui a giclé à deux mètres – sans se casser, ouf ! Et un bol, vite entreposé sur le plan de travail – mais qui, lui, a connu un sort plus triste… (Pas facile, non-plus, de ramasser les débris avec la balayette et la ramassoire, quand on tient déjà à peine sur ses jambes !)

Autre “fun fact” de la vie en mer : tu as déjà réfléchi à quoi ressemblerait l’odeur de ta cabine, si durant 8 jours, tu ne peux pas débarasser tes poubelles ? Et que disons, par exemple, il se trouve que tu commences tes règles le jour du départ ? Très sympa, le côté olfactif en tout cas… (J’aurais dû emporter ma cup, maintenant que j’y pense…)

A part ces petits défis, l’ambiance générale à bord du bateau était aussi toute différente que d’habitude. Ainsi, j’ai dit à Jérémie que ce style de vie nous prépare déjà pour ce qui nous attendra au home pour personnes âgées, un jour : les journées se déroulent toutes de la même manière, elles sont rythmées principalement autour des horaires des repas. On mange plus souvent, mais de plus petites quantités. Les principales interactions avec les autres résidents tournent généralement autour de notre état de santé. L’activité principale consiste à s’installer quelque part sur une chaise et de regarder la vue. On ne peut pas sortir pour aller quelque part. Jamais. Tous sont cantonnés dans le même bâtiment, jour et nuit. Parfois, il y a des jeux qui sont proposés afin de faire passer le temps. Comme par exemple le fameux « sock-golf » qui est devenu une véritable tradition à Mercy Ships lors des traversées en mer.

Chaque participant se fabrique sa propre balle de golf en pliant des chaussettes en forme de boule (il existe une technique pour faire que cette boule soit compacte et dure, presque comme une vraie balle de golf !). On s’inscrit ensuite par équipes de 2-6 personnes. Le but est de réussir à lancer sa boule sur des cibles (points noirs sur des feuilles A4 dispatchées dans tout le bateau), en suivant un itinéraire bien précis et en écrivant, à chaque poste, combien de lancers ont été nécessaires pour atteindre la cible. Le tout, ne l’oublions pas, dans un navire qui bouge et qui nous donne du fil à retordre pour simplement rester debout !

Mais mis à part le côté un peu « ralenti » de ces journées, je garde surtout l’image des vues imprenables et le bleu omniprésent tout autour. Même si la mer ne changeait pas, les différents décors du ciel faisaient que l’œil ne s’ennuyait jamais. Les couleurs, les reflets, les variations et les nuances : tout cela était dû au ciel ! Je me souviens de Sem, mon amie, à qui j’avais parlé avant de venir de mon inquiétude de me sentir un peu claustrophobe sur ce bateau. Je lui ai décrit le type de décor qui m’attendrait, dans ces ports industriels. Pour m’encourager (et ça a marché !), elle m’a lancé la phrase : « Mais Salomé ! Tu auras le ciel pour toi ! » C’est vrai. Qu’est-ce qu’on veut de plus ?

A ce propos, petit coup de pub : tu connais le livre « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » de Christiane Singer ? Il est magnifique. Je l’ai lu dernièrement, et j’y ai découvert une citation que j’ai envie de t’offrir aujourd’hui :  

« La vérité ne peut être une massue dont on assène un coup sur la tête de son voisin ; elle ne peut être que ce vêtement de compassion dont je couvre ses épaules. »
— Christiane Singer

 En parlant de compassion : j’ai passé par quelques semaines plus difficiles ces derniers temps. Sans trop rentrer dans les détails, j’avais pensé rejoindre l’équipe d’aumôniers sur le bateau, et une place m’avait effectivement été plus ou moins promise. Il s’est avéré au dernier moment que quelqu’un d’autre a obtenu le poste – quelqu’un dont j’étais proche mais dont je ne savais même pas qu’elle désirait aussi ce rôle-là. Goût amer de la trahison… Les places étant limitées, j’ai dû ravaler ma salive (elle est ressortie sous forme de larmes) et dealer avec cette souffrance de « ne pas avoir été choisie ».

A la fin de mon article précédent, je t’ai parlé de ma frustration d’avoir reçu la chambre « côté parking » au lieu d’avoir la belle vue sur la mer. J’ai fait un dessin de cette vue sur le parking dans mon carnet, en inscrivant le titre d’un livre dont ma sœur m’avait souvent parlé : « Living in a world of second choices » (« Vivre dans un monde de deuxièmes choix »).

Dans cette situation de job qui m’a filé sous le nez, j’ai ressenti de l’intérieur ce que ça fait, non pas quand on n’obtient pas ce que l’on voudrait comme premier choix, mais lorsque l’on sent que l’on n’est pas le premier choix de quelqu’un d’autre… Dans le premier cas, cela touche à ce que l’on n’a. Dans le second, cela touche à ce que l’on est. Encore plus douloureux… Cela est venu réveiller évidemment des blessures plus profondes, liées à des épisodes vécus dans l’enfance. Comme celle où je n’avais pas obtenu le rôle du petit « Chico, à Puerto Rico », dans le théâtre qu’on avait interprété en 4e primaire. J’aurais tellement voulu porter cette casquette, ces salopettes et cirer les chaussures des passants en chantant mon refrain. A la place, c’est Carla H. qui avait obtenu le rôle, et mon petit démon m’a frotté sous le nez toutes les raisons pour lesquelles évidemment, c’était elle, qui devait avoir le rôle. Elle venait d’une famille plus riche – forcément, elle amènerait plus de gens payants au spectacle que moi. Elle était bien plus jolie : pour qui je me prenais, de croire que j’aurais pu avoir ce rôle-là ? Elle avait aussi une plus belle voix, évidemment, etc.

Plus de trente ans se sont écoulé depuis cet épisode, et aujourd’hui, je ressens exactement les mêmes émotions qu’en tant que petite fille. Je suis une petite fille de 42 ans, blessée dans son amour-propre. La différence, aujourd’hui, c’est que j’ai acquis des outils pour ne pas laisser le dernier mot à ce démon. Je ne lui ai pas donné la satisfaction de me murer dans la honte. J’ai appris à lui fermer le clapet en me témoignant de l’auto-compassion. En ouvrant mon cœur, au lieu de le fermer.  J’en ai parlé – à Dieu, à moi-même, à quelques personnes proches – et pour finir, quand le temps était mûr, même aussi à la fameuse personne qui m’avait blessée le plus dans l’histoire. On a pu s’expliquer, j’ai compris des éléments qui m’avaient manqué dans mon équation, j’ai pu pardonner et restaurer le lien qui avait été momentanément rompu entre nous.

Un autre élément que cette situation est venu soulever, était celui de ma valeur. Si je ne peux pas bosser, je sers à quoi ? L’aumônerie n’était pas la seule porte à laquelle j’avais frappé. J’ai également proposé mes services comme remplaçante de prof de français à l’Academy (l’école sur le bateau), étant donné que cette prof avait dû être hospitalisée en Afrique du Sud (elle y est toujours…). On m’a répondu qu’ils s’étaient débrouillés pour couvrir son poste autrement en attendant. J’ai également contacté plusieurs personnes pour refaire de la traduction en salle d’op, mais là encore, on m’a répondu qu’ils n’avaient pas besoin de mes services pour l’instant. Les seules places pour lesquelles ils cherchent du monde, ce sont des jobs dans l’admin – où il faut avoir des compétences informatiques que je suis loin de posséder (et qui, pour être honnête, ne m’intéressent pas de posséder…). Pour la première fois depuis qu’on est sur le bateau, je commençais à douter si on a bien fait de venir… Il semblerait que ce que je sais faire, ils n’en ont pas besoin, et ce dont ils auraient besoin, je ne sais pas le faire.  Génial. Autant dire que j’étais un peu déboussolée. Une phrase a alors résonné plus fort que tout le reste en moi. C’était un message de Joane, avec qui je fais des sessions de thérapie via Face Time. Elle m’accompagne à distance, mais ses mots et son cœur sont tout proches de moi. Elle m’a dit : « Peu importe ce que tu fais. Peu importe même si tu fais quelque chose ou rien du tout. La seule chose qui intéresse Dieu, c’est d’avoir ton cœur. »

Cela continue à faire son chemin en moi – et cet épisode « avant-première » de la saison 5 de « The Chosen » m’a rappelé cette vérité. Il s’agit d’une discussion entre Judas et Jésus, peu avant la trahison. Je ne veux pas te spoiler la vidéo, mais le moment qui m’a le plus touché, c’est quand Jésus lui dit : « Et admettons que je ne fasse pas ce que tu penses que je devrais faire… Est-ce que tu continuerais à croire en moi ? »

J’imagine que cette question, Il la pose aussi aujourd’hui, à moi (et peut-être à toi aussi ?) : « Si je ne fais pas ce que tu penses que je devrais faire… Est-ce que tu croirais quand-même en moi ? »

Dans mon cœur, la réponse s’est formulée toute seule. Bien sûr ! Parce qu’il y a quelque chose, dans la manière dont Il le dit, qui fait qu’à l’inverse, je sens que peu importe ce que je fais ou ne fais pas, Il a déjà choisi de miser sur moi, sur mon cœur.

D’ailleurs, même avec Judas, il avait misé sur lui jusqu’au bout. Lorsque celui-ci est venu le livrer, Jésus encore une fois l’appelle « mon ami ». Ce qu’il était sur le point de faire ne changeait rien à l’amour qu’Il avait pour lui.

Quel exemple – en terme de relations ! La vie en communauté m’amène à regarder toutes ces situations bibliques sous un nouvel angle – de décomposer brique par brique le modèle relationnel que Jésus a instauré – et d’apprendre à composer avec, comme un petit écolier qui apprend l’alphabet et commence à l’utiliser pour construire des mots, puis des phrases.  

Pour ce qui est d’un job sur le bateau, j’ai lâché prise en me disant que Dieu allait déjà se débrouiller pour m’ouvrir la bonne porte au bon moment. J’essaie de faire confiance que si je suis sur ce bateau, ça ne sera pas uniquement pour me tourner les pouces – et qu’Il a des bons plans pour moi !

 Voilà ! Je t’ai parlé beaucoup de ce qui s’est passé pour moi, ces derniers temps. Dans mon prochain article, je te parlerai de tout ce que Jérémie fait dans son rôle de « Chief Steward ».

Et avant de te laisser, voici encore un épisode croustillant de jeudi dernier : l’hôpital nous a ouvert ses portes avant d’accueillir les premiers patients. (Les opérations recommencent la semaine prochaine.) On a donc pu visiter tous les différents espaces – des tentes « pré-opératoires » sur le quai, au container qui abrite le cabinet dentaire, au « Hope Center » en ville, qui accueille les patients avant et après les opérations (certains doivent y rester plusieurs mois !), aux salles d’opérations, de soins intensifs, et de réveil. Des petits jeux étaient proposés pour nous aider à nous familiariser avec le milieu hospitalier. Ainsi, on a pu se mettre soit dans la peau de patients, soit dans celle d’infirmiers, de docteurs ou de chirurgiens. Pour ma part, j’ai par exemple joué le rôle d’une femme qui avait depuis 12 ans une tumeur qui grossissait sous la mâchoire.

J’ai dû suivre toutes les différentes étapes qu’une patiente de ce type devrait suivre : 4 rendez-vous médicaux étalés sur 2 semaines, avec à chaque fois le risque qu’on me dise que l’opération ne pourra pas se faire. (Par ex. pour des raisons de santé : si mes valeurs ne sont pas suffisamment bonnes, ils ne prennent pas le risque d’opérer. Si le test HIV est positif, cela représenterait aussi des complications, et selon l’emplacement de la tumeur, ils ne pourraient pas aller de l’avant avec le processus d’admission.) J’ai bien senti la tension intérieure et la peur que ces patients doivent ressentir – sans parler du fait qu’ils n’ont jamais vu de « blancs » pour la plupart. Il leur faut une sacrée dose de courage, pour venir sur ce bateau !

Pour nos enfants, cette expérience de « Open Hospital » a été particulièrement marquante : nos trois grands ont choisi d’enfiler le rôle d’une infirmière. Ils ont dû soigner une patiente qui s’était fait opérer à la main, suite à des brûlures. Pour ce faire, ils devaient induire de Betadine le bout des doigts de cette dame à l’aide d’un petit pinceau. Chaque doigt de cette dame avait dû être redressé par une tige en fer que l’on voyait sortir au bout.

Tout s’est bien passé jusqu’au moment où Sophie avait fini de changer la bande qui recouvrait la brûlure (faite au maquillage !) à l’autre bras de la patiente. Sans préavis, notre petite championne d’infirmière a commencé à tituber, a eu le temps de dire à son Papa qu’elle ne se sentait pas très bien, et la seconde d’après, elle s’est évanouie ! Heureusement que Jérémie l’a rattrapée !

L’avantage, quand on fait un malaise dans un hôpital, c’est qu’il y a suffisamment de monde compétent pour venir à la rescousse ! Après 2 minutes, Sophie s’est retrouvée chez l’infirmière Maryse, les jambes surélevées, à raconter ce qu’elle avait vécu – comme elle avait eu la tête qui tournait, qu’elle a commencé à voir flou, et qu’elle entendait les voix de très loin. Installée sur le brancard, elle était encore sous choc, tremblait comme une feuille et voulait toujours que Jérémie lui tienne la main (j’avais Jules sur les genoux).

Maryse lui a expliqué l’importance d’être mieux hydratée (son point faible…), de manger régulièrement et nous a proposé de retourner à la cabine pour que Sophie puisse regarder un film tranquillement, histoire de se changer les idées. Durant le film, des copines toutes soucieuses se sont relayées les unes après les autres pour venir prendre de ses nouvelles et lui dire combien elles ont eu peur pour elle. La communauté, ça a du bon aussi… Vraiment !

Bon - et pour terminer sur une touche d’humour : arrivés à Durban, au mois de Décembre, on nous avait annoncé que le “Dress Code” allait passer de 2 à 1 : Mercy Ships a en effet des codes vestimentaires selon les pays dans lesquels on se trouve, afin de respecter au mieux les diverses sensibilités des cultures. L’Afrique du Sud étant considéré comme un pays occidental, nous avions à nouveau le droit de porter des robes ou des shorts un peu plus courts.

Carleeze, qui travaille aux RH, s’était alors enthousiasmée en criant : “Youhouou ! I can have knees again !” Le revers de la médaille, c’est qu’en retournant ici à Madagascar, eh bien, on n’a plus le droit d’avoir des genoux, de nouveau… huhuuuuu !

Voilà – je te laisse ! Je vais disparaître des réseaux sociaux (et des status WhatsApp) durant 40 jours – le temps de me concentrer sur des choses plus essentielles. Si le sujet du carême t’intéresse, j’avais pondu un article à ce sujet, il y a deux ans. (L’année où j’ai jeûné du jeûne)

 

N’oublie pas de regarder la vidéo de « The Chosen » (je te remets le lien), et passe une excellente journée, sous le regard de Celui qui nous as choisis (“chosen”, justement !) de toute éternité !

 

Durban - Afrique du Sud

« Please, Ma’am ! » La voix rauque qui m’interpelle gentiment provient d’un monsieur maigrelet à ma droite. Ses yeux d’un bleu étincelant se fraient directement un chemin vers mon âme. Sa peau est si bronzée et ses joues si écorchées qu’il est évident qu’il habite dans la rue. Il me dit qu’il n’a pas besoin d’argent. « Juste de quoi manger, s’il vous plaît… » Il a un petit garçon de huit ans, il sait qu’il est un mauvais père, il n’a pas réussi à le nourrir aujourd’hui. Il a faim. Il voudrait aussi lui offrir une nuit à l’abri, si possible, ce soir. Cela coûte 100 Rands pour les deux. Je réfléchis deux secondes. 100 Rands, ça fait cinq francs suisses. Je lui explique que je ne veux pas lui donner de l’argent, parce que je ne voudrais pas qu’il s’achète de l’alcool ou de la drogue avec. Il comprend. Il me montre la direction du magasin le plus proche, me demande de l’accompagner pour lui acheter à manger. Sans hésiter, je confie mes enfants à Éline, une autre maman avec qui je suis en vadrouille au bord de l’Océan. Jeanne me supplie sur un ton craintif de faire attention. Je lui tends la main et lui propose de m’accompagner. Elle la saisit aussitôt. Le monsieur, une copie conforme de Sting en plus jeune, nous confie que nous sommes les premières personnes qui acceptons de lui adresser la parole aujourd’hui. Mon cœur fond un peu plus. Il nous remercie de ne pas le juger. Il nous raconte que son fiston s’est lié d’amitié avec la fille de la marchande de glace, au coin de la rue, et qu’il passe tout son temps avec elle, là-bas.

Lorsque ledit magasin n’est toujours pas en vue après avoir traversé un parc bondé, puis une route déserte, je commence à stresser. Il le sent, il nous rassure en me montrant les sacs en plastique jaunes que les passants portent : signe que le magasin n’est plus loin. Je décide de lui faire confiance, mais des doutes s’immiscent dans mes pensées, tels de gros nuages noirs qui se forment à l’horizon. Et si c’était un coup monté ? Et s’il avait un complice qui nous guettait derrière un coin de rue, prêt à fendre sur nous avec une arme ? A propos arme : pourrait-il cacher un couteau dans sa main droite, bien fermée ? Pourquoi son majeur semble-t-il trois fois plus gros que ses autres doigts ? Est-ce que je mets Jeanne en danger ? Durant tout le trajet, il parle, il parle, il parle. Sans doute pour me rassurer. Je l’entends soudain me promettre sur un ton solennel que je n’avais rien à craindre, car même si des types m’agressaient, il allait se battre pour moi ! « I will fight for you ! » Phrase qu’il répète une deuxième fois, comme pour s’encourager. Je préférerais qu’il n’ait pas à « fighter » du tout, personnellement. De moins en moins sûre de moi, je serre la main de ma fille. Je prie…

Toutes les deux, on pousse un soupir de soulagement lorsque le fameux magasin nous ouvre effectivement grands les bras. On s’y engouffre, Sting saisit un panier. Je lui propose d’y mettre des bananes, pour les vitamines. Il refuse fermement, me disant qu’il allait choisir lui-même de quoi il a besoin. Il avance d’un pas déterminé - visiblement, ce n’est pas la première fois qu’il se trouve dans cette situation. Je le suis et acquiesce à chaque article qu’il me montre poliment. Deux grosses bouteilles de 2.5 litres de lait, un gros paquet de pains toasts (il choisit le pain blanc, je lui en rajoute un deuxième, à farine complète), quatre canettes de lait condensé, un produit de douche Axe et quelques sucreries pour le petit. Après avoir payé ses victuailles, je lui glisse encore les 100 Rands dont il aura besoin pour dormir dans le refuge ce soir. Il me remercie du fond du cœur, puis m’explique qu’il va devoir cacher son sac de commission pour ne pas se le faire piquer. Il allait me rejoindre là où on s’est rencontrés, et il allait venir avec son fiston, Guideon, pour me le présenter. Il a tourné à droite après le magasin. On ne l’a jamais revu. En rejoignant Éline, je bénis les cieux de nous avoir protégées. Tout ça aurait pu tourner au vinaigre méchamment. Jeanne me demande : « Tu crois qu’il a vraiment un fils ? » On ne le saura jamais. Je me dis qu’au pire, il aura nourri et offert une nuit au chaud à son enfant intérieur.

 Trois jours se sont écoulés depuis cet évènement. Trois jours durant lesquels je ne suis à peine sortie de l’hôtel. Je me sens comme sous « choc » intérieurement. Même si rien n’est arrivé au final, la situation était tellement chargée de choses qui auraient pu arriver que j’en suis encore toute secouée. Je m’en veux d’avoir transgressé LA règle numéro UNE  avec laquelle ils nous ont rabâché les oreilles en arrivant dans ce pays : ne jamais se déplacer seul. Rester groupés ! Je m’en veux, d’avoir eu cette réaction impulsive, n’obéissant à plus rien d’autre qu’à mes émotions. Il faut dire que le gars était virtuose pour savoir jouer dessus… Éline, adorable comme elle est, a tenté de me rassurer en me disant que c’était probablement ce que Jésus aurait fait, non ? Je lui ai répondu que la différence, c’est peut-être que Jésus n’avait pas d’enfants…

 Afin de mieux saisir mon état de choc, il faut que tu saches que Durban est classée une des villes les plus dangereuses de la planète. En effet, selon les statistiques, l’Afrique du Sud compte un taux de crimes (meurtres, attaques à main armée, viols et autres) supérieur à la majorité des autres pays dans le monde. Avant d’amarrer notre vaisseau ici, nous avions reçu un e-mail d’un responsable de Mercy Ships nous donnant des instructions précises sur notre comportement à adopter dans ce pays. Il y était question notamment de risques de kidnapping. Jérémie s’est renseigné sur le prix par jour d’un bodyguard, pour me protéger avec les enfants. Le premier cadeau qu’il m’a offert à Noël cette année ? Un spray au poivre… (Yeay !)

 

Avant d’avoir vécu cet épisode légèrement traumatisant, j’avais déjà commencé à écrire un article sur Durban. Je n’ai pas l’énergie de le changer. Excuse-moi si ça paraît un peu décousu avec le début du texte. Mais voici un peu plus de détails sur notre nouvelle réalité de vie :

 Je t’écris ces lignes depuis le sol de la salle de bain de notre chambre d’hôtel, afin de ne pas réveiller Jules qui dort. Jérémie est descendu au petit déjeuner et partira ensuite sur le bateau avec les autres gars qui y travaillent. Il en a pour une vingtaine de minutes de trajet avec une voiture de location. Les trois autres enfants dorment dans la chambre à côté de la nôtre.

Voilà… une autre longue journée à l’hôtel s’ouvre devant moi, qui essaie de trouver un sens à notre vie ici. En effet, cette situation me pèse passablement. Nous sommes sept familles cantonnées dans cette cage dorée – à attendre patiemment avant de pouvoir retourner sur notre bateau. Celui-ci subit de tels travaux qu’il aurait été dangereux de rester à bord avec des enfants. Un mois à l’hôtel, en Afrique du Sud, tu dois te demander de quoi je me plains ? Il est vrai que Durban a de très jolies choses à offrir – pas plus tard que hier encore j’ai découvert une piscine publique à côté de la plage par exemple. Le rêve, de se prélasser à l’ombre d’un palmier en entendant les vagues de l’océan déferler à proximité !

Ce qui est plus dur pour moi, c’est de constater l’énorme fossé existant dans cette ville, entre les plus riches et les plus pauvres. Dès le premier jour, lorsqu’on a dû aller s’enregistrer à l’office de l’immigration, on a passé à côté d’un parc ressemblant à une déchetterie publique, peuplé de dizaines et de dizaines de sans-abris. A peine une minute plus tard, le car nous a déposés dans un quartier très chic de la ville, avec de magnifiques gratte-ciels reluisants tout autour. Cette cohabitation du luxe et de l’extrême dénuement est difficile à avaler – comme une grosse boule qui reste coincée dans ma gorge.

Un jour, lorsque j’étais en voiture avec Brenda qui habite ici depuis plus de 40 ans et qui s’occupe de Mercy Ships Afrique du Sud, j’ai vu un type à genoux au milieu de la route. Je lui ai demandé si j’avais bien vu, surtout que c’était un homme blanc. Elle m’a répondu que malheureusement, c’est une manière assez commune ici de faire la manche. Ils forcent les voitures à s’arrêter en se plantant devant elles. Cela m’a tout de suite rappelé le souvenir où j’étais en tuk-tuk à Madagascar, quand j’ai vu un gamin roulé en boule au bord de la route. J’avais cru voir d’abord un chat mort – mais en passant tout près, j’étais horrifiée de constater que c’était un petit garçon. J’ai demandé au chauffeur de quoi il s’agissait, et il m’a répondu que c’était « les 4 amis ». (???) J’avais dû mal comprendre… Arrivés au port, où je descendais, j’ai demandé qu’il m’explique ce que ça veut dire, les quatre amis. Il m’a regardé d’un air interloqué en me disant qu’il pensait que c’était nous (sous-entendu : les blancs), qui appelions « ça » comme ça. Il s’agissait d’un mendiant, tout simplement. Ils espèrent ainsi attirer l’attention et recevoir quelques sous en risquant littéralement leur vie sur la route ! Ne sachant pas trop quoi faire, j’ai fini par tirer un billet de ma poche en demandant au chauffeur s’il était d’accord d’aller le donner au petit garçon. Aucune idée s’il l’a fait ou non – et même s’il l’a fait, aucune idée si mon geste était une aide réelle ou plutôt une manière d’apaiser ma conscience…

Pour ce qui est de l’expression française, j’ai fait mes petites recherches sur internet. En voici l’origine, si cela t’intéresse : L’histoire des quatre amis. (Spoiler alert : c’est une très jolie histoire !)

Mais revenons un peu ici à Durban. J’ai donc exprimé à Brenda ma surprise de constater qu’il s’agissait d’un mendiant blanc, et elle m’a tout de suite répondu qu’aujourd’hui, c’étaient quasiment autant de blancs que de noirs qui vivaient dans la rue. Sans en être fière, je constate qu’un étrange sentiment de justice se répand en moi. Comme si, quelque part au fond de mes entrailles, quelqu’un ricanait d’un air vengeur : « Bien fait ! »

L’histoire de l’apartheid colle évidemment à la peau de ce pays, comme mes habits de sport lorsque je décide d’aller courir malgré la pluie. Je suis reconnaissante dans ce sens que l’hôtel qui nous a été attribué comporte une nette majorité de clients africains. Nous sommes pratiquement les seuls blancs. Cela aurait été encore plus dur à supporter, si l’inverse avait été le cas.

Ceci dit, le fait que des blancs vivent dans cette misère absolue me prend aux tripes. Je pense que, d’une manière tragique, mes yeux s’étaient habitués à voir la pauvreté au visage noir. Mais la couleur blanche dans la rue en Afrique détonne avec tout ce que j’ai déjà vu et connu. De façon inconsciente, cela vient défier mon sens de la logique.

A ce qu’il paraît, le parti politique ANC (African National Congress), que Nelson Mandela avait brillamment mené entre 1994 et 1999, est devenu corrompu au possible depuis. Les promesses qui avaient été faites de « venir en aide au peuple noir » se sont évaporées dans l’air, tout comme les millions qui accompagnent ces fonctions au pouvoir. Brenda, toujours sur ce trajet en voiture, m’a raconté en pestant qu’ils avaient investi l’équivalent de 250’000 CHF pour les éclairages de Noël de la ville cette année – mais qu’ils ne sont pas capables de trouver des solutions pour leurs sans-abris…

Le parti politique au pouvoir à Cape Town, la Democratic Alliance, s’en sort nettement mieux, raison pour laquelle cette ville est la plus appréciée de tout le pays. (J’ai même entendu par différentes connaissances qu’ils estiment que Cape Town est la plus belle ville au monde et qu’elles auraient envie d’y habiter !) Ce parti de la DA est composé de blancs, de noirs et d’Indiens. Malheureusement, la nette majorité des africains ne vote pas pour ce parti, pour la simple raison qu’il y a également des blancs dedans. Espérons que les choses changeront un jour, et que les gens au pouvoir, peu importe leur couleur de peau, puissent gouverner ce beau pays avec sagesse et intégrité, afin d’améliorer les conditions de vie des plus vulnérables.

 Deux semaines se sont écoulées depuis que j’ai écrit ce début d’article. Entre temps, nos 4 semaines à l’hôtel touchent déjà à leur fin, et nous retournons finalement sur notre bateau chéri demain ! Mais je tente de terminer encore cet article avant.

 Sans vouloir monopoliser l’attention autour de cette question des sans-abris, tu auras remarqué sans difficulté que cet aspect a pesé lourd dans la balance de notre expérience ici, à Durban.

Heureusement, il y a eu beaucoup de belles choses également, qui font tout de même un peu le contre-poids : par exemple, la fois où j’ai pu emmener les enfants visiter l’Armée du Salut, pour leur apporter un soutien financier et leur exprimer ma gratitude pour tous les repas et habits qu’ils apportent aux plus démunis. En effet, j’ai réalisé que mon aide serait bien plus ciblée si je soutenais les organismes qui œuvrent déjà dans ce milieu, et qui connaissent les tenants et aboutissants du problème. Pour la petite histoire, l’organisme de l’Armée du Salut m’est sympathique surtout depuis que Jérémie m’a raconté que la femme du fondateur, William Booth, avait un faible pour les ânes ! (Tout comme moi…)

 Les sorties dans les gigantesques centres commerciaux constituaient également des jolies bouffées d’air. Nous avons profité de refaire le stock de vêtements et de chaussures pour les nouvelles tailles respectives des enfants qui ne cessent de grandir. Une certaine librairie a également vu nos allées et venues à maintes reprises. Cette fois, nous sommes équipés pour remplir nos étagères de livres quasi vides dans notre cabine !

Et bien entendu, le summum de notre étape fut la semaine de vacances que Jérémie a pu prendre avec nous. (L’ai-je déjà mentionné ? Les enfants ont aligné une série de SEPT SEMAINES de vacances… J’arrive gentiment sur mes rotules, là…) Durant ces quelques jours, où nous n’avions pas le droit de décamper du fameux hôtel, nous avons tout de même fait de jolies sorties en famille. Parmi celles-ci, une sortie « karting » pour Papa, une sortie “bronzette et lecture à la plage” pour les motivés (uniquement Sophie et moi), une marche dans une réserve naturelle qui nous emmenait sur de petits ponts à travers une forêt de mangroves, et une après-midi au « Winter Wonderland ». Cette attraction touristique nous a transportés virtuellement en Suisse pour quelques heures – avec de la vraie neige, des photos de montagnes suisses, de sapins saupoudrés et de jolis chalets, des descentes en bobs (bouées), des chocolats chauds et même, sur notre demande, du vrai yodel à plein tube en guise de cerise sur le gâteau. Lorsque j’ai posté des photos de ce moment sur mon statut Whatsapp j’ai reçu plusieurs réactions de gens qui nous croyaient rentrés au pays ! :-)

Mon endroit préféré aura été le « Ushaka Marine World », un parc aquatique au bord de l’Océan, avec toboggans à volonté ainsi qu’une « lazy river » sur laquelle on pouvait se laisser glisser tel Baloo au milieu d’un paysage de jungle authentique. Le rêve ! Un immense aquarium (un peu du style « Aquatis ») était annexé à ce parc. On pouvait y nager avec des requins, dans un espèce de tube vertical et transparent. Très peu pour moi. Mais Jules a eu un véritable coup de foudre en découvrant les requins-tigres, si bien qu’il m’a demandé s’il pouvait aussi faire un “exposé”, comme Marcel a fait, sur cet animal. Après avoir pris des photos des requins, il m’a regardé très sérieusement en me disant que maintenant, on allait devoir “connecter les photos”. Je lui ai expliqué que ça s’appelait “imprimer”, et que oui, Papa allait pouvoir les imprimer au boulot.

Le show des phoques et des dauphins restera aussi gravé dans nos mémoires. Surtout le moment où ces nobles créatures effectuaient leurs sauts et acrobaties sur la voix entraînante de Shakira : « It’s time for Africa ! ». J’ignore si c’étaient les souvenirs marquants de cette chanson (Marcel avait appris la chorégraphie à l’école, quand il avait 5 ans), le fait que je me retrouve en Afrique, ma terre natale (!), la beauté et la grâce de ces animaux ou le fait qu’ils vivent dans un espace beaucoup trop restreint… Toujours est-il que j’ai versé une larme d’émotion.

Les visites des jardins japonais (qui, selon mon amie Sem, n’avaient absolument rien de japonais) et du jardin botanique étaient parfaites comme sorties un peu moins onéreuses et intéressantes malgré la météo un peu “bof”.

Pour terminer les vacances en beauté, nous avons fait un petit safari qui se situait un peu en dehors de la zone des 15 km autour du port, où nous avions le droit de circuler avec nos visas de marins… (Oui, au début, j’ai cru que c’était 30 km, mais en fait, c’était 15…) Mais ouf, il ne s’est rien passé, et j’ai respecté la règle de ne rien poster sur mon statut, ni sur les réseaux sociaux. Ici, sur mon blog en revanche, il y a peu de risques que les gens de l’immigration viennent fourrer leur nez.

Le moment le plus fort de ce safari était celui où nous avons pu toucher et même porter des serpents. Si tu m’avais dit il y a quelques années que j’allais accepter un jour un python autour de mes épaules, je t’aurais ri au nez… Et pourtant – les miracles existent ! J’ai été émue de constater que mes enfants ont également osé l’aventure, après m’avoir vu faire. J’étais doublement fière de mon exploit !

 En parlant des enfants : ils ont été extraordinaires à plus d’un titre. Même si je me réjouis de les voir reprendre leur cartable d’école, je dois dire qu’ils se sont occupés comme des champions ! La grandeur de nos chambres d’hôtel a vraiment aidé : comparé à leurs minuscules chambres sur le bateau où ils ne peuvent rien faire si ce n’est dormir, l’espace ici parait énorme. Ils ont donc passé des heures et des heures à jouer à même le sol, aux Playmobil, aux lego ou à des jeux de société. Jeanne a également repris le tricot, Marcel le bricolage (il adore inventer et créer des jeux) et Sophie a passé une bonne partie de son temps dans les livres. J’ai également voulu leur faire travailler un peu de français – ce qui a résulté en de jolies productions écrites sur des thèmes aussi divers que « les insectes et oiseaux d’Afrique du Sud », « les requins-tigres », « ma petite sœur » ou « portraits de mes lego friends ».

Quant à mes combats intérieurs, j’ai eu l’opportunité de me frotter quotidiennement à la problématique de l’envie et de la jalousie. A chaque fois que nos amis hollandais, qui ont reçu la chambre en face de la nôtre, laissent leur porte ouverte, je vois la mer à travers leur fenêtre… Je ne suis pas de nature quelqu’un qui lutte beaucoup avec l’envie. Ces 4 semaines à l’hôtel, avec nos chambres qui donnaient côté parking (!!!) m’ont fait goûter de l’intérieur à ce que ressemble une vie rongée par ce sentiment désagréable. Encore maintenant, quand je vois au loin le bleu de l’Océan au travers des rideaux des voisins, je sens cette émotion de tristesse m’envahir et le plaisir immense que j’aurais eu à avoir cette vue depuis ma chambre. A la place, on a pu admirer toutes les voitures des clients et du personnel de l’hôtel. Pire encore, quand on ouvrait la fenêtre, on avait droit aux effluves de friture et aux relents des poubelles. Charmant. On gardait volontiers la fenêtre fermée.

Les deux moyens que j’ai trouvés pour alléger mon moral, c’était d’essayer de me réjouir pour tous ceux qui avaient eu la chance d’être « du bon côté » de l’hôtel. Aussi bizarre que cela puisse paraître, cette envie d’essayer de me réjouir pour eux a effectivement marché parfois. Je me mettais à leur place, et j’arrivais sincèrement à me dire qu’ils doivent être tellement heureux d’admirer ce panorama, que leur bonheur déteignait un peu sur moi. L’effet produit était comme celui d’ajouter une cuillère de sucre dans un thé autrement amer. La deuxième méthode, tu y as peut-être déjà pensé avant moi, est bien plus radicale. Je n’ai qu’à diriger mes pensées une fraction de seconde vers les sans-abris, et ça y est, la piqûre de rappel est faite. Douloureuse, mais diablement efficace.

 

Pour terminer, voici encore quelques faits, pour continuer cet article un peu « patch-work » (désolée, mais c’était le mieux que j’ai pu faire, avec 4 loulous constamment à mes côtés…) :

  • Demain, 31 janvier, nous retournons sur le bateau. (Youpiiiie !)

  • Mardi 4 février l’école reprend pour les enfants. (quadruple Youpiiiie !!!)

  • Mercredi 5 février, le bateau lève l’ancre, et nous retournons à Madagascar (ceci dit, il nous reste encore un test à passer, qui est le dessous du bateau. Apparemment l’eau est trop trouble dans l’emplacement où il se trouve actuellement, alors samedi (1er février), nous bougerons dans un autre endroit et les plongeurs pourront alors évaluer l’était de la coque. S’ils nous donnent le feu vert, nous repartons comme prévu. Autrement, nous devrons prolonger…)

  • La météo ici : on a eu un peu de tout, entre pluies torrentielles, grisaille, jusqu’aux jours les plus ensoleillés. Températures entre 23 et 39 degrés.

  • Janvier et Février ici : l’équivalent de nos « Juillet et Août ». Imagine-toi des plages bondées, des séances de tartinage de crème solaire tous les jours et du sprayage de produit contre les moustiques en soirée.

  • Notre hôtel était heureusement situé dans un quartier tranquille de Durban, d’où mon grand plaisir d’aller courir seule, le matin, sans risquer ma peau. Je laissais en revanche toujours mon téléphone à l’hôtel, car nous avions été informés qu’on ne doit prendre avec soi uniquement ce qu’on était « happy to lose ». (Alors non, je ne serais pas ravie de perdre mon natel…)

  • Une nouveauté : j’ai découvert les « Park Run » - événement qui rassemble des milliers de personnes dans le monde entier, à 8 heures du matin tous les samedis pour une course de 5 km. Il est possible de courir, de trottiner ou même de marcher. Ainsi, je me rendais avec Brenda et Andrew à ces fameux Park Run, et j’ai même démarré 2025 avec une course supplémentaire qu’ils avaient mis sur pied pour le 1er janvier (qui était, tu te rappelles, un mercredi !). 

  • Ce qui va me manquer de l’Afrique du Sud : notre manière de nous déplacer en Uber ! J’y ai pris goût ! Un simple clic sur mon téléphone, et hop, dans les 5 minutes, un taxi privé m’attendait exactement là où je me trouvais, depuis n’importe quel endroit de la ville. Rien besoin de payer cash, en plus : tout était automatiquement déduit de la carte de crédit. En plus, les trajets coûtaient des broutilles (comparés à nos prix des transports publics en Suisse, en tout cas…). Les « Malva cakes », spécialité d’Afrique du Sud, vont aussi me manquer… Cette crème anglaise toute chaude, avec cette délicieuse tranche de gâteau, est le meilleur dessert que je n’ai jamais goûté ! (Avec le crumble et le tiramisu, peut-être…)

Robe de Noël intéressante :-)

Sibonisiwe, ma nouvelle meilleure copine ! :-)

  • J’ai été surprise par : l’omniprésence de la foi ! Que ce soit dans les magasins, où l’on trouvait à côté des caisses des livres de coloriage avec des titres comme « Pray more, worry less » (« Prie plus, inquiète-toi moins »), dans les vêtements des gens (voir la robe de la dame ci-dessus), ou encore sur des murs où des graffitis nous encouragent à « keep calm, and trust God », ou simplement à nous rappeler que « Jesus loves us all ». Une rencontre sympathique avec un gars près de l’hôtel m’a confirmée cette réalité de la foi très forte. Passant à côté de moi, il a simplement pointé vers ses pieds nus, et tel un homme qui aurait à nouveau perdu à la loterie, a simplement hoché les épaules en disant : « Ils m’ont piqué mes chaussures ! ça fait trois jours que je suis à pieds nus ! Mais Dieu va pourvoir. Je sais que Dieu va pourvoir ! » Puis, avec le sourire, il s’est retourné et a continué sa route.

  • Un jour, j’ai eu le privilège de participer à un moment de chants et de prières que les dames de l’hôtel partagent avant de commencer leur journée de travail. J’avais entendu par hasard des chants sortir de la buanderie, et j’ai demandé si je pouvais aller jeter un oeil. Un moment de toute beauté, et la dame, Sibonisiwe, qui guidait ce moment de culte m’a reçue comme si j’étais sa meilleure amie ! Après qu’on se soit échangé nos numéros, elle m’a écrit : “Thank you, Mummy !” :-) Un peu comme l’ouvrier qui a dû venir pour réparer un joint de la douche, et qui n’arrêtait pas de m’appeler “Mama !” : “Good morning Mama !” “How are you, Mama ?”, “Thank you Mama !”, “Have a good day, Mama !”. J’ai souri en voyant les regards un peu interloqués de mes enfants. Je leur ai expliqué qu’en Afrique, c’était une marque de grand respect, d’appeler quelqu’un “Maman” ou “Papa”. Intérieurement, j’essaie de m’habituer à ce nouveau statut que mes cheveux gris me confèrent. Pour revenir à l’aspect de la foi : le manager du restaurant, Mannie le moustachu, qui nous accueille tous les jours avec le grand sourire et une hospitalité hors du commun, m’a confié suite à l’épisode à la buanderie que lui-même priait tous les matins afin que Dieu l’aide à aimer sa clientèle et à la servir au mieux de ses capacités. Quel cadeau, d’avoir été chouchoutés et bichonnés ainsi par tout le personnel si accueillant du Riverside Hotel ! Au moment où j’écris ces lignes, Sibonisiwe est passée me coller un bisou sur la joue (j’écris à présent sur la terrasse du restaurant) pour me dire que nous allions tous lui manquer…

  • Autre fait surprenant : le nombre d’Indiens présents dans ce pays ! Jeanne m’a fait remarquer qu’il semblait y avoir plus d’Indiens (et de Sri Lankais, Malaysiens, Pakistanais, etc.) que de blancs et de noirs réunis ! La communauté musulmane semble également très présente, au vu du nombre de femmes qui se promènent en burkhas, suivies de leur mari trois mètres derrière...

  • Quelque chose qui ne va PAS me manquer : la playlist de l’hôtel, avec l’exact même enchaînement des chansons des années 90, touououous les matins. Ainsi, Brian Adams n’a cessé de me jurer que tout ce qu’il faisait, il le faisait pour moi, Whitney Houston m’a causé de l’apnée à chaque fois que j’essayais de retenir mon souffle sur son “And IIIIIIIII will always loooooooove yououououou !”, mon ami Stevie Wonder m’a téléphoné tous les jours, juste pour me dire qu’il m’aimait, et Jérémie aurait bien aimé que je prenne un peu plus au sérieux la promesse susurré dans le refrain de “Toniiiight, I celebrate my love for you !” Cette fois, c’est bon, on est gonflé à bloc de tout l’amour romantique qu’il est possible de transmettre par des slows !

  • Fait intéressant : les critères de beauté sont à peu près à l’opposé ici qu'en occident. Notre ami Ryan souriait en annonçant qu’on allait devoir travailler un peu à nos “Durban bodies”, ici, à savoir : manger autant qu’on peut, et surtout, aussi gras et sucré que possible ! Je me souviens qu’en Chine, en 2010, je me sentais toujours comme un éléphant quand il s’agissait de me trouver des habits, malgré le fait que la balance affichait 15 kg de moins qu’aujourd’hui… Ici, je me sens presque un peu squelettique, comparée à ces magnifiques Big Mama’s qui roulent leurs hanches et leurs seins à la vue de tous. :-)

  • Et un petit dernier point : j’ai été surprise de voir l’engouement pour les dents en or ici. Parfois, il ne s’agit pas d’une dent, mais uniquement d’un “inlay” entre et/ou sous les dents. Toujours est-il que dès que quelqu’un te sourit, tu as 9 chances sur 10 de voir un éclair “bling-bling” apparaître dans sa bouche.

    Souvent, cet effet “or qui brille” est répété par de grosses boucles d’oreilles en or. Aussi chez les hommes, si si. Surtout chez les hommes ! Marrant, comme les goûts et les modes diffèrent d’une culture à l’autre…

 

Sur ce, je te laisse avec cette image de “sourire bling-bling” :-), en t’offrant encore une belle citation de Nelson Mandela, dont l’héritage coule fièrement dans les veines de ce pays !


 

 

 

 

 

 

 

 

...and a HAPPY NEW YEAR !!!

Nous voilà à Durban, Afrique du Sud, depuis le 18 décembre. Comme tu vois, si tu as lu mon article précédent, il n’y a pas eu d’imprévu côté date d’arrivée- bien qu’il y ait eu un cyclone qui a frôlé Madagascar ce 13 décembre - jour de départ de notre navigation. Mais comme il a passé par le nord, nous n’étions pas obligés de changer d’itinéraire. Le fameux « Chido » a ravagé l’île de Mayotte et a quand-même provoqué 39 morts. (Merci, entre parenthèses, à tous ceux qui avaient pris de nos nouvelles en s’inquiétant pour nous !)

Mais avant de te décrire un peu les journées en mer, je tenais à t’informer que notre action de Noël, en faveur de « Nourrir Futé » a été un succès ! (J’avoue que quand Jérémie avait mentionné le montant de 15'000 CHF qu’il visait, je n’y croyais pas trop.. femme de peu de foi que je suis ! ;-)) Il s’avère que nous avons récolté 15'600.- et que d’autres personnes m’ont encore contactée depuis, pour savoir s’ils pouvaient encore verser quelque chose ! Nous avons donc amplement réalisé le rêve de pourvoir aux besoins d’une cantine durant toute une année, en plus de l’équiper d’un puits et d’une place de jeux ! Un IMMENSE MERCI du fond du cœur à tous ceux et celles qui ont participé ! Le monde ne peut s’améliorer qu’un petit pas à la fois – et ce pas-là, c’est grâce à vous, qu’il a pu se faire !

 Quant à mon rendez-vous avec l’Océan : le bilan est un peu mitigé. Bien sûr, il y a eu des moments extraordinaires, comme le départ de Madagascar, avec nos amis les « day crews » (ceux qui travaillaient de jour sur le bateau, mais habitent le pays) qui nous faisaient de grands signes depuis la jetée alors que notre brave, vieil Alan leur jouait des morceaux de trompette depuis le pont, et que certains agitaient des tissus en guise d’au revoir. Ou encore, le samedi soir : moment du culte (avancé d’un jour, en raison de la météo annoncée pour dimanche) sur la proue du bateau, face au soleil couchant. Ces chants qui s’élevaient de nos âmes, au rythme des « splash » du navire, ont tissé un lien fort entre nous tous. La présence divine était palpable. Le banc de poissons volants aussi, qui jaillissait tout à coup à l’avant du bateau, avec cette multitude de fines ailes translucides. On aurait dit des milliers de bulles de savon ! La pleine lune avec ses reflets sur l’eau également – ou encore, les hamacs suspendus sur le pont (certains aimaient passer la nuit dehors).  L’impression d’être perdu entre ciel et mer évidemment, avec cette immensité bleue tout autour, à perte de vue ! Ou encore, la fois où on a pu visiter la barre du capitaine et regarder comment fonctionnent les différents appareils de navigation. Tout cela restera à jamais gravé dans mon cœur.

Vue depuis notre cabine (poupe du bateau)

Le côté un peu moins agréable, bien entendu, c’étaient les nausées qui accompagnaient de manière sous-jacente tout le voyage – et même, en ce qui me concerne, encore toute la semaine qui a suivi la traversée ! (Même maintenant, en décrivant cet épisode, je ressens de nouveau ces hauts et ces bas que mon pauvre corps a subi durant 5 jours et 5 nuits, sans répit…) Heureusement que les médicaments étaient suffisamment efficaces pour nous permettre de manger – et donc, de limiter un peu les dégâts. (Marcel avait vomi deux fois le premier jour, suite à quoi nous avons décidé de donner également le médicament aux enfants.) Sensible comme je suis, j’ai décidé de prendre directement un médicament plus fort : un patch collé derrière l’oreille et que je devais renouveler après 3 jours. Une amie suisse qui avait déjà navigué avec Mercy Ships m’a raconté que ce médicament lui avait rappelé la fois où elle avait mangé du « space cake », cette délicatesse au cannabis. Même sentiment de ne rien comprendre - par exemple en regardant un film – et d’être complètement à l’ouest. Ça m’a fait sourire - je voyais tout à fait de quoi elle parlait. Ça n’a pas été aussi violent pour moi, mais c’est sûr que je n’étais plus entièrement moi-même. Une version un peu « étouffée » de moi, plutôt. Il n’empêche que j’ai adoré le « mood » général durant ces jours : tout allait un peu plus lentement, les gens étaient relax, affichaient un grand sourire quand on se voyait dériver sur nos trajectoires, au gré des vagues. J’ai été tellement de fois propulsée contre les parois des couloirs du bateau que j’en suis venue à bénir la texture toute douce de ces murs. Je n’ose pas imaginer à quoi ressembleraient nos bras et nos épaules si les murs étaient faits en crépit… Autre fait comique, c’était d’essayer de monter les escaliers au mid-ship. Il s’agit d’un escalier qui monte droit pour les 5 premières marches, puis se divise en deux par la suite : soit on monte par la gauche, soit par la droite la dizaine de marches qui suivent. J’ai constaté que si je visais les escaliers de gauche en partant du bas, irrémédiablement mes pieds partaient vers l’escalier de droite une fois arrivés à l’intersection. Il valait mieux accepter de suivre là où les pas me menaient, si je ne voulais pas tomber ! En plus, pour monter ou descendre les escaliers, il y avait l’effet de la pesanteur et de l’apesanteur : si à certains moments, mon poids s’écrasait dans le sol, je pouvais savoir que 3-4 secondes plus tard, j’allais soudain avoir l’impression de flotter dans l’air tel un astronaute ! Il s’agissait alors de toujours bien se tenir avec une main (au minimum) à la barrière, sinon c’était la chute garantie !

Durant cette phase, j’avais souvent une chanson en tête d’un CD ramené d’Irlande : « What will we do with a drunken sailor (3x) early in the morning ? ». (Clique, si tu veux la “full experience” !) C’est exactement comme ça que je me sentais : déjà saoûle, dès le matin !

Chaises couchées - pour éviter qu’elles roulent partout à la réception. :-)

Pour dormir, c’était toute une histoire aussi : avec Jérémie, on a décidé après la première nuit de descendre notre matelas au sol, et de le tourner de 90 degrés. D’une part, pour ne pas tomber du lit, et d’autre part, pour ne pas subir des mouvements gauche-droite, mais plutôt « tête-pieds ». C’était plus supportable ainsi pour nos estomacs. Je regrette de ne pas pouvoir mettre de vidéo sur mon blog – mais si je le pouvais, je te montrerais à quoi ressemblait notre vue lorsqu’on regardait par la fenêtre : d’abord, on n’apercevait que le ciel, puis, que la mer. Ensuite « ciel », et de nouveau « mer » ! La partie la plus épique fut la dernière nuit : déjà arrivés près de Durban atour de 1-2h du matin, le bateau a dû couper les moteurs et patienter pour obtenir l’autorisation de rentrer dans le port, vers 8h. Durant ces longues heures, notre coque s’est balancée encore plus violemment qu’à l’ordinaire, si bien que les meubles des deux cabines adjacentes se baladaient librement et se cognaient contre nos murs. Nous étions réveillés environ toutes les 10 minutes par les gros “Boum” que ça produisait, et par les sacrées “montées - descentes” que nous encaissions !

A ce qu’il paraît, et je n’ai pas de peine à le croire, notre bateau n’avait pas été construit pour la haute mer, raison pour laquelle il tangue autant. En effet, à l’époque, l’Africa Mercy s’appelait « Dronning Ingrid » (« Reine Ingrid ») - en l’honneur de la reine du Danmark. Il s’agissait d’un ferry ferroviaire danois qui faisait de courts trajets dans la mer du Nord. De plus, ayant été construit en 1980, le capitaine l’a désigné comme une “old Lady »… Je ne suis pas sûre si ce calcul s’applique également à l’âge des humains, mais ça ne m’a pas rajeuni en tout cas ! ;-)

C’est en l’an 2000 que le navire a été transformé en hôpital pour Mercy Ships. Et pour la petite histoire : j’étais étonnée de réaliser que la fameuse croix au sommet du bateau datait du début de sa carrière – et n’est donc pas un ajout postérieur de notre organisation. Un peu comme si, dès le départ, ce vaisseau était destiné à servir Celui que nous essayons de suivre.

J’ai mentionné plus haut que des personnes avaient pris de nos nouvelles, en lien avec le cyclone. Nous étions les premiers surpris de constater que notre WhatsApp fonctionnait toujours, même en haute mer, grâce à notre satellite à bord, sur le pont 8.

Notre satellite

 Ainsi, il nous était tout à fait possible de communiquer avec la planète entière – juste pas de télécharger des vidéos ou des photos trop « lourdes ».

Qui l’eût cru, mais le fait de ne pas avoir accès à un bon réseau internet a sérieusement commencé à me peser après une dizaine de jours. En effet, même arrivés ici à Durban, cela a pris encore jusqu’au 24 décembre, avant de pouvoir nous connecter à un WiFi correcte. Ainsi, le retour de la pleine connexion a été la meilleure nouvelle qu’on m’ait annoncée ce Noël – juste avant l’annonce de l’arrivée de Jésus ! ;-)

A peine informée de cette aubaine, je me suis rendue sur YouTube et j’ai écouté du Claude François en boucle, même sous ma douche. A ce propos, d’ailleurs, si tu me suis depuis le début de notre aventure Mercy Ships, tu sais que nous n’avons le droit qu’à deux minutes de douche par jour, ici. Heureusement, il n’y a pas de compteur – ni d’eau chaude qui s’éteint après le temps écoulé, ni quoique ce soit de ce style. Tout est basé sur la confiance. De mon côté, j’ai estimé que les deux minutes de douche de toutes les personnes qui avaient déserté le bateau pour les fêtes pouvaient bien me revenir à moi – et je me suis donc offert une vraie, bonne, longue douche en musique, pour fêter l’occasion !

Pendant que je me prélassais en m’amusant, Jérémie, lui, bossait avec son équipe de cuisine pour préparer le festin du lendemain. Il s’est même fait une cloque à l’index à force de couper des carottes pour 200 personnes. Ayant bossé moi-même à la cuisine durant quelques matinées, je comprends très bien sa douleur. J’en ressors avec un profond respect pour ces équipes qui nous préparent des repas trois fois par jour, toute l’année !

Pour marquer le coup en famille, nous sommes sortis au restaurant le soir du 24 (d’où ma longue douche !). Sensation étrange, de se rendre partout avec une cinquantaine de personnes à la fois. Le bateau organise en effet des navettes sous forme de gros cars pour lesquelles on doit s’inscrire à l’avance. Ça rappelle un peu des souvenirs de colos.

Dégustation d’escargots !

Autre fait amusant : dès qu’on sort du bateau, nous devons enfiler un casque et le porter jusqu’à la sortie du port, où la navette nous attend. Règle comique en soi, vu qu’il n’y a rien véritablement au-dessus de nos têtes sur ce parcours. La seule chose qui puisse nous tomber dessus, ce serait une fiente de pigeon ou alors une grue entière. Pas sûre que le casque soit très utile à ce moment-là…

 On pourra dire ce qu’on voudra sur nos amis américains – mais en matière de fêtes de Noël, ils ne font pas les choses à moitié : des vrais pros ! Remarque : l’équipage est clairement international : il n’y a pas plus de 20-25% d’Américains à bord. Mais ce pourcentage-là s’est vraiment plié en deux pour nous offrir un Noël inoubliable !

Dès le réveil, un petit-déjeuner « pâtisseries-viennoiseries » nous attendait au mid-ship, sur des petites tables rondes, décorées de nappes rouges, avec de jolis arrangements floraux sur chacune d’elles.  L’ambiance feutrée était assurée par la vidéo d’un feu de cheminée qui crépitait depuis le grand écran, et bien entendu, par la musique de noël à discrétion. Les gens se montraient sous leur jour le plus « cozy », en affichant fièrement des pyjamas de noël et des bonnets de père noël. Ça faisait chaud au cœur, surtout après la période un peu déprimante d’avant les fêtes, quand la réalité d’être loin de nos proches avait pesé… Eh oui, tout a un prix. Le goût de l’aventure cède parfois la place à la mélancholie aussi. Cette fête du 25 décembre, avec nos attentes nivelées au plus bas, est donc arrivée comme un vrai cadeau. Les enfants se sont régalés de chocolats chauds garnis de crème fouettée et de marshmallows, sans oublier les « candy canes », of course. Personnellement, j’ai préféré les scones aux pousses d’épinards, les petits canapés au saumon, et les mousses « vanille, baies des bois avec graines de chia ». Miam !

Tom -vieux loup de mer -depuis 28 ans sur le bateau!

Après ce début de journée tout en douceur, nous nous sommes réunis à l’international lounge pour un moment de célébration. Notre famille avait été choisie pour allumer la 5e bougie de l’Avent (si si, je t’assure ! Ils en mettent une cinquième, au milieu des 4 autres !) qui symbolise l’arrivée de Christ, lumière du monde. Jeanne a lu un passage qui parlait de « Emmanuel - Dieu avec nous » et Sophie a allumé la bougie (électrique). Suite à ça, nous avons présenté un chant en français qui s’appelle « Le plus beau des Noëls ». Les paroles sont tellement belles que je vais les mettre à la fin de cet article. D’ailleurs, avec l’aide d’une amie sur le bateau, j’ai traduit le chant en anglais. Ainsi, on a pu apprendre le chant à tout l’équipage, grâce aussi aux talents de Élise (une autre Suisse) qui nous accompagnait au piano et chantait la deuxième voix.

 La suite de la journée se résume à « ouvrir les cadeaux de Noël dans notre cabine », et « ne pas en croire ses yeux, sa bouche, son ventre » pour le festin digne d’un banquet de mariage que l’équipage nous avait concocté ! Il y en avait pour tous les goûts – et présenté sous les formes les plus raffinées !

 La fête de Nouvel-An a été plus modeste – rien de spécial pour le souper. Juste des jeux pendant la soirée, organisés par les jeunes, et un beau moment de chants de louange entre 23h et 23h59. Jérémie s’est donné à cœur joie au cajon - cet espèce de jembé sur lequel on s’assied. Certains se sont amusés à avaler 12 raisins sous une table pendant les 12 coups de minuit (coutume espagnole). A la place de feux d’artifices, des ballons remplis de paillettes au-dessus de nos têtes ont été percés et c’est sous cette jolie pluie d’étoiles que nous avons entamé 2025. Des coupes de champagne (sans alcool) ont circulé ensuite, et la tournée des accolades a commencé. Un peu comme partout dans le monde probablement – avec la différence qu’ici, les « hugs » ont duré un long moment, vu le nombre de « personnes proches » avec qui on a fêté ! :-)

Premier Nouvel-An où Jules a tenu jusqu’à minuit !

 Dans mon prochain article, je te décrirai notre nouvelle réalité « à terre », ici à Durban. L’Afrique du Sud nous a déjà dévoilé bien quelques curiosités que je me réjouis de partager avec toi !

En guise de conclusion, je répondrai simplement à la question de mon amie Rachel – question que je te pose également, à toi :

Qu’est-ce qui t’a émerveillé le plus, en 2024, et qu’est-ce qui te manque le plus ? (ou, pour toi : qu’est-ce qui était le plus défiant ?) Je me ferai un plaisir de lire tes réponses, soit en commentaire ci-dessous, soit en message privé.

Les miennes :

1. Ce qui m’a émerveillée le plus : l’Océan Indien – sans hésiter ! Mais plutôt depuis le bord… :-) Particulièrement lors de nos échappées à l’Ile aux Prunes et à Mahambo (Madagascar). L’eau est toujours à environ à 28 degrés ! Le REVE !

Mais également chaque soir, les reflets que l’eau dessine sur les murs de notre cabine. Une jolie danse de lumière que j’adore observer depuis mon lit et qui me rappelle chaque jour le privilège que c’est que de vivre sur un bateau !

2. Ce qui me manque le plus : le côté un peu « train-train quotidien » de notre vie familiale, ainsi que notre sphère privée. En 2021, lors du confinement, j’avais écrit dans mon journal intime que ma vie sociale avait été comme amputée. Aujourd’hui, c’est l’inverse : ma vie privée a été amputée. Heureusement que c’était notre propre choix, et que ce n’est « que » pour 2 ans.  ;-)

Et toi, alors ? Raconte !

Et bien entendu : que ton année soit BELLE !!! (Au moins aussi belle que cette belle paire de c… que j’ai découverte ici, pas loin de l’hôtel, samedi dernier ! Ahaha !)

Et voici les paroles du chant, comme promis ! (Si tu cliques sur le titre, tu peux l’écouter !)

Le plus beau des Noëls (Rolf Schneider)

Le plus beau des Noëls

C’est quand notre cœur devient l’étable

Et que le Prince de Paix

Vient faire sa crèche en nous

 

Le plus beau des Noëls

C’est quand l’Amour s’invite à table

Et qu’un morceau de Ciel

Se glisse parmi nous

 

Oh, quel bonheur (2x)

 

Celui que nous fêtons

Est venu comme un pauvre enfant

Loin des honneurs

D’un roi puissant

Les bergers l’ont trouvé

Les mages d’Orient ont adoré

Le Sauveur de l’humanité

 

Refrain

 

Oh, quel bonheur (2x)

 

Le plus précieux des dons

Ce n’est pas l’or, la myrrhe, l’encens

Mais Sa Présence dans nos vies

Il vient porter la Paix

Parmi les nations déchirées

Aux hommes de bonne volonté

 

Refrain

 

Le plus beau des Noëls (4x) 

N comme... "Nourrir Futé", "Noël" et "Navigation"

En ce 8 décembre, j’ai un pincement au cœur pour mes collègues et mes élèves à Bulle, qui normalement auraient eu droit à une journée fériée en l’honneur de l’Immaculée Conception. Hélas, cette année, elle tombe un dimanche…

Mais revenons un peu ici, à Madagascar. J’ai envie de te présenter aujourd’hui un projet qui nous tient spécialement à cœur, avec Jérémie, et pour lequel on aimerait lever des fonds. Peut-être que Noël est l’occasion parfaite pour solliciter l’aide de nos amis afin d’offrir ensemble un cadeau un peu atypique ?

Dans la deuxième partie de l’article, je te décrirai la période particulière dans laquelle on se trouve, à 5 jours de notre première navigation. Nous nous rendrons en effet en Afrique du Sud pour la période annuelle de maintenance du bateau. Au cas où tu n’aurais pas envie / le temps de lire tout mon article, je t’encourage à lire au moins la première partie, sur ce projet.

 

« Nourrir Futé » : qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’un programme de nutrition que Déborah et Naïna Rakotoarijao ont mis sur pied il y a 10 ans. La malnutrition reste un problème majeur à Madagascar. Mais avant de rentrer dans les détails, un petit mot sur ce couple extraordinaire ! Il se trouve que j’ai eu la joie d’avoir le petit frère de Déborah comme élève, dans ma toute première volée à l’Ecole du Potier, à Oron. Sa maman était l’une de mes collègues également – avec qui j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à travailler. J’avais donc déjà entendu parler en 2006 de cette « fameuse Déborah » qui s’était mariée avec Naïna, un Malgache, et qui s’était installée à Madagascar avec lui.

Par la suite, j’ai rencontré plusieurs personnes qui avaient eu affaire à eux, et ce qui m’a frappé, c’est qu’à l’unanime, ces personnes avaient des étincelles dans les yeux, en parlant d’eux. Leur réputation les a précédés, lorsqu’on a enfin eu le plaisir de faire leur connaissance. Ils respirent la bonté, tout simplement. Leurs 4 enfants, quasi-adultes aujourd’hui, ont quitté le nid et font leurs études à l’Ile Maurice pour 2 d’entre eux, et en Suisse, pour les 2 autres. Quelle chance (ou providence ?) qu’ils habitent précisément à Toamasina, la ville où notre famille a rejoint le bateau de Mercy Ships !

« Nourrir Futé » est donc l’un des projets qu’ils ont mis sur pied il y a 10 ans, afin de venir en aide aux enfants malnutris du pays. A ce jour, ils gèrent 7 cantines qui accueillent chacune, gratuitement, 40 enfants vulnérables, entre 3 et 6 ans, tous les jours de semaine, entre 7h30 et 13h. Durant ce laps de temps, les enfants reçoivent un goûter consistant et un repas de midi chaud. Ils participent également à des activités d’éveil animées par une éducatrice formée par l’association. Régulièrement, les enfants sont mesurés et pesés afin de vérifier leur courbe de croissance.

Avec le recul dont ils bénéficient aujourd’hui, Déborah et Naïna constatent que les enfants sortant de leur programme finissent régulièrement dans les meilleurs élèves de la classe, par la suite. Le fait de manger sainement a clairement une répercussion sur le cerveau également. Le projet s’est petit à petit étendu aux parents : ceux-ci reçoivent des formations en matière d’hygiène, assainissement, alimentation infantile et planning familial. En retour, ils s’impliquent dans la vie des centres en participant à la préparation des repas, au nettoyage ou en contribuant à l’élaboration d’infrastructures.

A leur niveau, avec les moyens qui sont les leurs, Déborah et Naïna sont en train de changer le monde. Leur rêve serait d’ouvrir 80 de ces cantines à travers tout le pays.

Comment participer ?

 

Nous avons eu la joie d’aller visiter la semaine dernière une de ces cantines. Je n’en dirai pas plus, mais les photos parlent d’elles-mêmes :

Avec les cuisines à même le sol, des accidents de brûlures sont vite arrivés - comme pour ce petit garçon ci-dessus.

Ce plat de spaghettis aux carottes est leur goûter. Pour la plupart d’entre eux, ils n’ont pas de p’tit déj dans le ventre…

  Déborah nous a fait part de leur besoin le plus immédiat : celui d’équiper les centres avec des puits d’eau, ce qui faciliterait grandement le travail. En effet, pour l’instant, ils doivent se déplacer en tuk-tuk tous les matins, afin d’aller remplir les gros bidons de 20 litres nécessaires pour la journée (boisson, cuisine, vaisselle).

La cuisine

La vaisselle

Un autre rêve qu’ils chérissent seraient de pouvoir offrir une place de jeux à ces enfants : des balançoires, un toboggan, et des jeux d’intérieur également.

Tout cela coûte de l’argent – raison pour laquelle je me permets de t’en parler. Et si, pour Noël, tu décidais de participer à ce projet ? Mieux encore : si tu décidais également d’en parler autour de toi ? Ensemble, nous pouvons réellement faire une différence !

Concrètement, il faut 1000 CHF par mois, pour faire tourner une cantine. Notre désir serait de lever 15’000 CHF afin de subvenir aux besoins d’une cantine durant une année entière, et permettre l’installation d’un puits et d’une place de jeux.

Il est possible de nous faire un virement ou de nous twinter en précisant “Nourrir futé” (mon numéro : 0041 77 415 60 74).

Délai : 30 décembre.

La totalité de l’argent récolté sera alors viré à leur association le 31 décembre. Dans mon prochain article, je communiquerai bien entendu le montant récolté.

Merci d’avance à tous ceux et celles qui acceptent de mettre la main à la pâte !

Voilà pour ce qui est de ce beau projet. Concernant notre vie sur le bateau : la saison de Noël a déjà fait mille et une apparitions dans notre communauté, sous forme de chaussures remplies de friandises durant la nuit, visite du St-Nicolas, confections de biscuits de Noël, pièces de théâtres de l’école, création d’une crèche en pâte à sel par Marcel, talent-shows, marchés de Noël, concours de portes de cabines décorées, construction de maisons en pain d’épice, et j’en passe. Jules a été le mouton le plus chou que je n’ai jamais rencontré, et Marcel et Sophie se sont partagé les rôles honorables des parents du bébé Jésus.

Avant (le soir)

Après (lendemain matin)

Robes pour le spectacle de danse

“Klein, aber mein.” ;-)

Ce soir, Jeanne et Sophie présenteront leur spectacle de danse, pour lequel nous avons été faire faire des robes sur mesure chez le tailleur de la ville. L’évènement dont je me réjouis le plus sera la « Sankta Lucia », tradition scandinave qui commémore Sainte Lucie de Syracuse le 13 décembre. Voilà déjà quelques semaines que nous nous entraînons, une petite équipe, à chanter des chants de l’Avent en suédois, norvégien et danois. Une famille suédoise à bord nous entraîne dans cet apprentissage, et j’adore les sourires en coin (pas loin de fourires) qui circulent entre nous tous – le comique de la situation étant évident. As-tu déjà essayé d’aligner des noms de meubles IKEA et de les chanter sur un ton rempli d’émotions ? La représentation aura lieu vendredi soir, nous porterons des robes blanches ainsi que des vraies bougies (apparemment, c’est le seul évènement de l’année où le capitaine donne son accord pour en utiliser !).

Au milieu de toute cette effervescence et de traditions diverses, il n’est pas facile de garder en tête (et “en coeur”) le sens premier de Noël. Mon âme aspire à du temps en solitude, épuré, où elle peut s’accorder tout tranquillement à la réalité de cette saison - en me rappelant qui en est la raison

L’autre évènement qui aura également lieu ce vendredi sera le début de notre navigation vers l’Afrique du Sud ! Nous lèverons l’ancre le matin du 13, et arriverons normalement le 18 décembre à Durban. J’écris « normalement », car en cas de cyclone, le bateau devrait prendre une autre route qui consisterait à contourner l’Ile par le Nord, et de redescendre par le Canal du Mozambique – bras de mer, donc beaucoup plus calme. Ce trajet nous prendrait le double, voire le triple du temps. Mais pour l’instant, pas de cyclone en vue. J’ai tellement hâte de vivre cette expérience inouïe de la vie en haute mer ! Je me réjouis des ciels étoilés la nuit, de ne voir que de l’eau à perte de vue, peut-être des poissons volants ou même des dauphins (!), de suspendre mon hamac au deck 7 et de “laisser couler la vie”. Je ne suis pas dupe quant au mal de mer : je sais déjà que j’aurai du mal à le combattre. Mais j’ai l’espoir qu’avec les médicaments et du riz nature, je puisse faire face, et profiter quand-même de mon rendez-vous avec l’Océan.

Pour l’instant, nous n’avons admiré l’Océan Indien que depuis la plage…

Avant de mettre le cap sur Durban, on devra encore procéder au paquetage de tout ce qui bouge dans la cabine : chaque objet qui pourrait glisser ou tomber devra être rangé dans des tiroirs, lesquels devront être fermés à l’aide de plaques métalliques.

Nous allons recevoir également des sangles pour attacher notre frigo et le fixer au mur avec de gros aimants (tous les murs et plafonds sont aimantés sur le bateau). Quant aux lits superposés, il y a des ceintures de sécurité qu’on devra passer autour des enfants, pour ne pas qu’ils tombent.

La maman de Caroline, dont je t’ai parlée dans un précédent article, m’a raconté que ses petits-enfants lui avaient envoyé des vidéos où ils étaient sur le canapé de leur cabine et où le canapé glissait de gauche à droite à travers le salon ! Je sens que nos enfants vont bien s’amuser…

Autre mesure de préparatifs avant le “sail” : nous allons faire un “At Sea drill” mardi - comme les exercices de feu quand on est à quai, mais cette fois, on testera l’évacuation du bateau par les canots de sauvetage ! Il va y avoir de l’action ! :-) Espérons juste que nous n’aurons pas besoin de ces exercices pour de vrai…

L’essayage des gilets de sauvetage est déjà chose faite.

Dernière curiosité liée à notre départ imminent : avant le jour J, des équipes de fouilleurs devront passer au peigne fin le bateau, pendant que les membres de l’équipage se réuniront dans la salle à manger. Ceci, pour éviter que des passagers clandestins se cachent à bord et tentent de profiter d’un voyage gratuit vers l’Afrique du Sud. Il semblerait que par le passé, des chiens de police aient été mandatés pour aider à ces fouilles. On verra si on aura la chance de voir à nouveau la “Patte Patrouille” en action cette fois-ci ! Jérémie s’est inscrit comme volontaire pour participer à la recherche. Il se réjouit déjà comme un gamin. :-)

Une fois arrivé à Durban, comme précisé plus haut, le bateau devra subir quelques réparations. Nous retournerons ensuite à Madagascar début février. Durant ces 2 mois, l’hôpital est évidemment fermé, les patients et le personnel soignant s’en sont allés ces derniers jours. Des ouvriers de la construction sont en train d’arriver en masse (notamment pour laver les canalisations du bateau, refaire des sols, rénover la plomberie, etc). Il serait peu pratique, voire dangereux de rester à bord avec des enfants durant ces travaux. Les quelques 10 familles que nous sommes devront donc quitter le navire – et s’installer pour quelques semaines dans un hôtel. Les lois maritimes étant complexes au possible, nous n’aurons malheureusement pas le droit de visiter le pays. Avec notre visa de marins, nous pourrons tout juste circuler dans un rayon de 60 km autour du port de Durban. Nous devrons également rester dans l’hôtel que Mercy Ships a pu réserver – il n’est pas possible d’aller faire une nuit ailleurs. Aucune idée si je vais apprécier ou non le fait d’être à l’hôtel durant tout le mois de janvier, avec les 4 enfants, pendant que Jérémie se déplacera en navette matin et soir pour aller bosser dans son bureau, sur le bateau. Je pense que je devrai aller puiser à nouveau dans mes souvenirs du confinement, afin de savoir comment occuper nos journées sans nous entretuer…

A ce propos, je termine cet article avec un fait plus ou moins comique de la vie en communauté : on ne peut même pas s’engueuler en paix ! Il y a partout, tout le temps, quelqu’un (ou beaucoup de personnes) qui nous entendent !

 Voilà ! J’espère que la prochaine fois que tu t’engueuleras avec quelqu’un, tu savoureras l’aspect de la privacité au moins. :-)

 

Sur ce, JOYEUX NOEL ! Et que la Lumière qui est venue briller dans les ténèbres puisse aussi venir éclairer ce qui a besoin de l’être, dans nos vies !



PS : Allez, je ne résiste pas… Voici encore quelques photos de notre week-end au Palmarium, où on est tombé sous le charme des lémuriens ! Avec eux, on te souhaite d’avance déjà une BONNE ANNÉE 2025 !

Le “Aye-Aye” est un lémurien de nuit. Comme disait notre guide : il est un peu “ugly-cute” ! (“Moche-chou”)


Un immense MERCI de nous suivre, et de nous soutenir par tes pensées, prières, messages et/ou dons ! Et MERCI de considérer notre proposition d’action de Noël ! Au grand plaisir d’avoir de tes nouvelles !



 

 

Le bloc opératoire

« Ils cherchent des traducteurs pour la salle d’op, tu es intéressée ? » Tout a commencé par ce petit message WhatsApp que Jérémie m’avait écrit lorsque j’étais en ville pour faire une course. Je me souviens de cette boule de joie au ventre qui m’a instantanément saisie, et de ma réponse immédiate : « Ouiiiiiiii !!!!! ». J’ai reçu peu de temps après un dossier avec 20 pages de vocabulaire médical à apprendre, ainsi que des explications accompagnées de photos sur le type d’interventions auxquelles j’allais assister. De quoi me préparer un minimum.

Puis, il a fallu patienter. Entre ma réponse enthousiaste et mon premier jour au bloc se sont tout de même passé encore 4 semaines. En effet, on m’a expliqué qu’ils préféraient donner la place aux traducteurs locaux, mais que j’étais leur plan C, au cas où les plans A et B tombaient à l’eau.

Dieu merci (de tout cœur !), ils ont eu besoin de ce « plan C » !

Ali Baba n’a pas dû être plus enchanté que moi, après avoir prononcé son fameux « Sésame, ouvre-toi… ! ». Je suis tombée sur des trésors innommables derrière ces portes. Mes yeux ont découvert un univers dont je n’aurais pas soupçonné la merveille. Bien sûr, j’ai déjà vu des émissions à la télé, des séries comme « Urgences », « Grey’s Anatomy », « Dr. House » etc. Mais rien de tout cela n’arrive à la cheville de la fascination absolue que j’ai ressentie au bloc. Durant une semaine entière, je me suis sentie comme une VIP, aux premières loges, pour voir de véritables miracles s’opérer sous mes yeux.

Mon rôle consistait à traduire de l’anesthésiste anglophone à une jeune anesthésiste francophone de Madagascar, Vanessa, diplômée depuis 2018. Elle a saisi l’opportunité qu’offrait Mercy Ships pour venir faire un stage de deux semaines à bord du bateau, pour une formation continue.  Le courant avec elle a immédiatement passé. Sa gentillesse et son humour m’ont permis de me sentir rapidement à l’aise dans ce nouveau milieu.

Si comme moi, tu n’y connais pas grand-chose en anesthésie, tu comprendras ma question toute naïve du premier jour. En m’adressant à Anneli, l’anesthésiste suédoise, j’ai demandé s’il y aurait encore un travail à faire de son côté, une fois que le patient sera endormi. Elle m’a regardé d’un air amusé en m’annonçant que leur travail, c’était de garder le patient en vie. « Our job is to keep the patient alive. » Ah ouais… rien que ça !

J’ai vite découvert que ce métier était effectivement très complexe, qu’il exigeait une attention constante pour garder à l’œil les valeurs du patient (son rythme cardiaque, sa pression sanguine, son taux d’oxygène et de gaz carbonique, etc.) et qu’il s’agissait d’une véritable chimie pour ajuster le taux de médicaments administrée par intraveineuse, toujours en lien avec son âge et son poids. J’ai retenu les deux principaux médicaments (qui se disent « drugs », en anglais…) : Fentanyl et Propofol.  Si tu es dans le médical, tu me diras si ce sont les mêmes « drogues » qu’on utilise chez nous ! Compte tenu de cette réalité de vie ou de mort, j’étais soulagée de constater que Vanessa comprenait déjà bien son métier – et que le déroulement des choses n’allait donc pas dépendre entièrement de ma capacité à traduire de manière juste !

Bien souvent, je me suis retrouvée dans l’incapacité de comprendre les mots techniques que ces médecins utilisaient, mais Vanessa les comprenait sans mon aide. Ouf ! Une fois, j’ai même traduit le contraire de ce que j’étais censé transmettre. Il s’agissait d’une manière d’endormir un enfant en lui mettant le masque à oxygène devant la bouche avec une main. De l’autre main, Vanessa devait tenir l’arrière de la tête de l’enfant afin de pouvoir exercer une certaine pression sur le masque. L’anesthésiste, Sarah, a précisé alors qu’elle n’avait pas besoin de serrer la tête fortement, mais qu’elle pouvait laisser un peu de souplesse, afin de permettre au patient de bouger la tête. J’ai compris (et donc traduit) le contraire, et voilà que Vanessa tenait d’une main de fer la tête de ce pauvre petit bout de chou. Lorsque l’anesthésiste m’a regardée d’un air interrogateur j’ai demandé de reformuler, et là j’ai compris ma boulette… J’ai tout de suite avoué que j’avais mal compris – que l’erreur était mienne ! Pas très agréable comme moment – mais :

Avant d’expliquer plus en détail ce que j’ai vu et ressenti au long de la semaine, voici quelques faits :

 

Sur 5 jours, on a pu :

  • visiter 3 blocs opératoires (et donc 3 types d’opérations) différents

  • travailler avec 7 anesthésistes et assistants en anesthésie (essaie de lire ces derniers mots le plus vite possible et en boucle ! ;-))

  • observer 6 chirurgiens (dont 2 « visages pâles », 3 « blacks » et un asiatique)

  • admirer le travail de fourmi d’une quinzaine d’infirmières et d’instrumentistes

  • assister à des opérations maxillo-faciales pour des fentes labio-palatines, ainsi qu’à de la chirurgie générale pour des hernies et des lymphomes

  • transformer ainsi la vie d’une vingtaine de personnes sur la table d’op : hommes, femmes, enfants (avec une nette majorité de garçons et d’hommes pour les hernies).

Comme Vanessa, il y avait encore 15 autres personnes malgaches à bord pour ces deux semaines, dans le cadre du programme ETA (Education, Training, Advocacy). Ensuite, une nouvelle volée est arrivée pour deux nouvelles semaines, etc.

Afin de verbaliser au mieux ce qui m’a passé par la tête et le cœur lors de ces interventions chirurgicales, je vais tenter d’y aller par les cinq sens, en gardant peut-être les deux plus impressionnants pour la fin : l’odorat et la vue. Âmes sensibles, s’abstenir ! :-)

 

1.        Toucher :

J’ai été surprise par la température au bloc : il y fait encore plus froid que dans le reste du bateau ! (Pas plus de 18 degrés, pour des questions d’hygiène : les bactéries prolifèrent moins bien dans le froid.)

Sur ma peau, les « scrubs » (nom de la tenue de travail en milieu hospitalier) laissait une empreinte douce, chaleureuse et réconfortante. Sur ma bouche, un masque évidemment, pour protéger la vie du patient – détail qui rend la traduction pas évidente ! Mes cheveux : soigneusement cachés sous un calot médical. (Heureusement que j’arrive à nouveau à me les attacher  : cela aurait été plus dur il y a quelques mois !)

A part ça : rien à dire sur le toucher, si ce n’est que je ne devais justement toucher à rien, étant donné que tout était stérile !

Ah si, une dernière chose : avant de traduire en salle d’op, on m’a demandé de suivre une formation sur « comment me laver les mains ». Je n’avais aucune idée de la complexité de l’affaire. J’ai appris cette fois les gestes exacts afin de laisser le moins de microbes possibles. Pour info : un vrai lavage des mains devrait durer 20 secondes au minimum – soit le temps de chanter deux fois « Happy Birthday » en entier ! :-)

 

 2.        Ouïe :

Avant que le patient n’entre dans la salle, on se réunit (une dizaine de personnes) un bref instant pour dire son nom, d’où l’on vient, et quel rôle on a ici. Ensuite, une des infirmières parcourt rapidement la liste de contrôle de l’OMS (parties rouge et jaune), afin d’assurer qu’on soit tous à la même page pour le patient qui vient. Cela se passe sous forme de questions-réponses : elle qui pose les questions, les personnes concernées qui y répondent. Même procédé à la fin de l’intervention, avant d’envoyer le patient au “PACU” (Post Anesthesia Care Unit - autrement dit, à la salle de réveil). Cette fois, c’est la partie en vert de la liste qu’on parcourt.

Particularités de Mercy Ships : on prend un bref instant chaque matin pour remettre les différentes interventions de la journée entre les mains de Dieu. La plus belle prière que j’ai entendue à cette occasion était celle d’un chirurgien américain qui disait qu’il allait prononcer la prière qu’il fait à chaque fois, avant chaque opération, et qui est très simple : « Notre Dieu, alors que nous allons nous occuper de ces patients aujourd’hui, nous te prions : Sois dans notre cœur. Sois dans notre tête. Sois dans nos mains. Amen. »

Ensuite, le patient entre, accompagné (voire : porté, si c’est un enfant) par un traducteur malgache (la plupart des patients ne parlent ni anglais ni français). Celui-ci reste jusqu’à ce que le patient soit endormi et revient auprès de lui, en salle de réveil. Il lui murmure des paroles réconfortantes et lui explique ce qui se passe.

 Après, on entend surtout le bip-bip constant de l’appareil d’anesthésie (où se lisent les données du patient mentionnées plus haut), le timbre généralement bas des conversations entre les différentes personnes impliquées (sauf pour Jenna, l’assistante en anesthésie australienne dont le rire franc et la voix très forte contrastent délicieusement avec l’ambiance feutrée du lieu. On l’entend jusqu’à l’autre bout du couloir !).

Il y a aussi, bien entendu, le fameux “je coupe” du chirurgien, avant l’incision. En anglais, ils disent “incision”, et une infirmière prend note de l’heure qu’il est. Vers la fin de l’opération, le chirurgien dit “30 minutes call”, et l’infirmière comprend qu’elle doit appeler la salle de réveil pour annoncer qu’ils leur amèneront le patient dans une demi-heure environ. Occasionnellement, durant l’opération, on entend le tintement des différents instruments utilisés par les chirurgiens, le bruit du ciseau qui coupe (parfois qu’un seul coup isolé, parfois des coups à répétition. J’y reviens dans un instant…).

 

3.        Goût :

 Heureusement, je n’ai goûté à rien ! :-) Mais j’avoue que les images qui défilaient dans ma tête avaient souvent trait à de la nourriture. Au point que je me suis sérieusement demandé à la fin de la semaine si je n’allais pas devenir végétarienne…

Un bon conseil glané auprès d’une personne habituée au bloc, avant de commencer ma première journée : « Prends un p’tit déj ! ». En effet, il valait mieux avoir quelque chose dans l’estomac pour encaisser les différentes impressions. Cela m’a rappelé les grossesses : surtout ne jamais se retrouver le ventre vide ! Ce serait donner carte blanche aux nausées…

 

4.        Odorat :

 Vu le masque, l’odeur principale qui m’a accompagnée tout au long était celle de ma propre haleine (tu te souviens, durant le COVID ?)… J’ai vite compris l’importance capitale de me brosser les dents après ledit petit déjeûner. ;-)

Ensuite, eh bien, on m’avait prévenue : c’est souvent l’odeur qui se dégage de la table d’opération que beaucoup de personnes ne supportent pas. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait – et honnêtement, j’ai vraiment pensé que j’allais peut-être tourner de l’œil… Cela n’a pas été le cas heureusement. J’ai constaté au bout de quelques opérations que je trouvais l’odeur de la chair brûlée plutôt agréable, même. (Je n’ai pas osé écrire « appétissante »… mais c’était le premier mot qui m’est venu !) L’odeur de cramé, donc, provient simplement du bistouri électrique, utilisé juste après la première incision au bistouri normal. L’électrique a cette particularité de brûler à vif les différentes couches qui se situent sous la peau en les refermant immédiatement, ce qui empêche les saignements. C’était magique, de voir ce petit outil se frayer un chemin à travers la graisse (partie jaune sous la peau) puis au travers des différents tissus rouges en-dessous, sans que cela provoque le moindre saignement. Cela m’a rappelé un lointain souvenir d’une fois où j’avais brûlé les extrémités d’un lacet de chaussures à l’aide d’un briquet : immédiatement, l’espèce de plastique, en fondant, s’est fermé sur lui-même. J’imagine que le principe est le même pour la chirurgie. Oups, mais je dérive sur le sens de la vue, là. Pardon.

Voici un petit dialogue qui a eu lieu entre moi et l’assistante Jenna, mentionnée ci-dessus :

Elle  : « Pouaaah, cette odeur de chair humaine brûlée, c’est vraiment violent ! Tu trouves pas ? »

Moi : « Je respire par la bouche… »

Elle : « Mais c’est PIRE ! tu vas tout ramasser directement dans tes poumons, comme ça !!! »

A mon regard terrifiée, elle a littéralement éclaté de rire, avec sa voix si forte que l’anesthésiste Anton lui a fait les gros yeux en sifflant : « Chuuuuut ! » d’un air sévère. Pas impressionnée pour un sou, elle s’est amusée à re-raconter tout notre dialogue aux chirurgiens qui semblaient trouver ça très drôle aussi. J’aimerais bien que l’assurance de cette Jenna déteigne un peu sur moi – le monde serait un endroit plus agréable avec plus de gens comme elle ! (Jenna, c’est celle que j’ai encerclée en jaune, ci-dessous. Je me trouve 2 rangs derrière elle.)

 

5.        Vue :

La première chose que mes yeux cherchaient en arrivant au bloc : ma photo, accrochée sur la porte d’une des 4 salles d’opérations. Ainsi, je savais dans quel bloc j’allais travailler ce jour-là. Généralement, j’arrivais une ou deux minutes en retard (fidèle à moi-même) – ayant dû abréger au mieux les adieux avec Jules avant d’être engloutie à l’hôpital pendant les 8 heures qui suivaient. Ensuite, je demandais le programme imprimé de la journée, que Vanessa avait reçu. En voici un exemple :

Quant aux couleurs au bloc, il y avait principalement le vert pâle du sol, le beige des armoires murales, le gris, le noir et le jaune des différents câbles et le bleu de nos tenues de travail. A l’exception du vendredi qu’ils appellent ici « funky Friday », où le personnel médical s’habille avec des « scrubs » et des calots un peu différents. Et voici des docteurs et des infirmières qui affichent fièrement des tenues avec des Winnie l’Ourson, des lapinous, des poules et des coqs, des petites fleurs, des abeilles et des kangourous, dans toutes les couleurs possibles et imaginables. (Je vous laisse déduire quel jour ces photos ont été prises…)

Autrement, en parlant des couleurs, j’ai repensé fréquemment au titre du roman de Stendhal que j’avais lu au gymnase : « Le Rouge et le Noir ». En effet, ces deux couleurs étaient omniprésentes sur la table d’opération, avec le sang rouge vif qui contrastait avec la peau noire des patients. Mais contrairement à ce que j’avais peut-être imaginé, je n’ai pas trouvé qu’il y avait beaucoup de sang. (J’ai certainement été chanceuse de ne pas voir d’hémorragie.) Cela restait toujours relativement « beau à voir ». En parlant de beauté : l’opération qui m’a certainement le plus impressionnée était celle où le Dr. David Chan (le gars tout à droite, en blanc, sur la photo ci-dessus) a remodelé un visage d’enfant qui avait une fente labiale. En voyant l’intérêt que je portais à ce qu’il était en train de faire, il nous a fait signe de le rejoindre à la table d’opération, juste en face de lui. Et là, il nous a expliqué que chez cet enfant, la peau sur les joues et le nez s’était comme attachée au mauvais endroit, dû à cette malformation des lèvres. Il a donc dû aller détacher complètement la peau depuis le dessous – en montant depuis la gencive supérieure. Je le voyais s’affairer avec ses petits ciseaux, comme s’il faisait un simple bricolage.

Parfois, il quittait même des yeux son patient pour nous regarder pendant qu’il nous parlait – et ses mains continuaient à couper allègrement.  Il a ainsi réussi à détacher la peau du visage quasiment jusque sous les yeux et s’est ensuite appliqué à tout repositionner comme il faut, pour que ce petit visage devienne harmonieux. Quand je l’ai vu terminer son œuvre, en admirant le miracle de cette figure restaurée, ainsi que cette jolie courbe de la lèvre bien refermée, j’ai pris conscience que mes pieds foulaient une Terre Sainte.

Une autre opération qui m’a tirée des larmes était celle d’un vieux petit monsieur. Lorsqu’il est entré dans la salle avec sa chemise d’hôpital, les fesses à l’air, j’ai déjà ressenti une vague de compassion m’envahir. La vulnérabilité à l’état brut. Avant qu’on l’endorme, il nous a adressé un charmant sourire, avec des dents qui partaient dans toutes sortes de directions différentes. Puis, les infirmières ont soulevé sa chemise, et j’ai dû retenir mon souffle lorsque j’ai vu des testicules aussi énormes qu’un ballon de basket. Elles lui descendaient pratiquement jusqu’aux genoux – et je n’ai aucune idée comment il avait réussi à marcher avec cette masse entre les jambes. Je n’ai pas pu m’empêcher de demander aux professionnels à mes côtés s’ils avaient déjà vu quelque chose de semblable. Ils m’ont tous affirmé que non, pas de cette taille-là. Le problème provenait d’une hernie, et selon Vanessa, le patient n’avait probablement pas eu les moyens financiers pour aller consulter un médecin plus tôt. L’avantage avec Mercy Ships, c’est qu’ils prennent en charge tous les frais du patient : du voyage pour parvenir au bateau, à la nourriture nécessaire pour la durée de l’hospitalisation, aux frais médicaux, jusqu’au voyage du retour. Tout est entièrement gratuit !

L’intervention qui allait changer la vie de ce monsieur n’était pas très compliquée – il a fallu surtout vider le liquide (couleur thé froid ;-)) avec un long tuyau glissé par le ventre. Puis, localiser et refermer le trou par lequel l’intestin était sorti de sa cavité, tout en renforçant les tissus musculaires à l’aide d’un petit filet. Remarque : aucune garantie de justesse dans ces propos ! Si tu t’y connais en chirurgie, tu dois probablement rouler des yeux en te disant que je n’ai rien compris… A moins que tu ressembles à ce chirurgien adorable de Namibie, Dr Joseph Musowaya, qui était observateur à mes côtés lors d’une opération d’une autre hernie. J’ai pris mon courage à deux mains pour lui demander s’il pouvait m’expliquer un peu ce que les chirurgiens étaient en train de faire (cela ressemblait à une longue recherche à 4 mains, 2 pinces, sur du tissu aussi frêle que la peau d’une saucisse de veau). Le docteur Joseph a tout naturellement sorti un stylo de sa poche. Sur sa main gauche, il m’a alors dessiné ce que j’étais censé comprendre : le schéma de ce qui se trouve dans le bas ventre, la connexion avec les testicules etc. J’avoue, je n’ai rien compris, mais j’ai profité de lui demander si je pouvais vite faire une photo de sa main… (J’ai dû lui demander de la déplacer un peu d’ailleurs, histoire de ne pas avoir la tête du patient en arrière-plan…).

En repensant à la tête du patient : tu savais qu’on scotchait les paupières des gens, une fois qu’ils sont endormis ? Cela m’a fait une drôle d’impression, les premières fois - comme si la personne était décédée. Mais il semblerait que ce soit nécessaire, pour protéger à tout prix les yeux, afin qu’aucun corps étranger ne puisse venir les endommager durant l’opération, si ceux-ci venaient à s’ouvrir involontairement. (J’ai vérifié auprès de plusieurs anesthésistes de pays différents : ils pratiquent tous cette méthode.)

Dernier détail concernant le sens de la vue : une des plus grandes surprises pour moi a été de constater que je ne voyais pas le temps passer ! Moi qui adore vivre à l’air libre et qui pensais que j’allais souffrir du manque de lumière naturelle - moi qui aime me prélasser après le repas de midi le temps d’une sieste, avec un bon bouquin - moi qui n’ai plus eu l’habitude de travailler à 100% depuis des années… je me suis surprise à avoir l’énergie décuplée face à cette table d’opération ! Au point que j’étais déçue quand la journée touchait à sa fin : j’avais déjà hâte d’être le lendemain matin. Vivement qu’ils auront à nouveau besoin d’un “plan C” !!!

Pour conclure cet article, j’ai envie de te raconter un épisode avec Jules, il y a deux mois en arrière. Au moment du coucher, je lui ai demandé si ça lui plaisait, la vie sur ce bateau. Il a répondu que oui, mais qu’il aurait préféré qu’on ne vienne pas carrément pour deux ans. Puis, il a froncé les sourcils, réfléchi un moment et formulé sa question d’un air songeur : « Mais en fait, Maman, on est venu POURQUOI ? »

J’ai souri – ne m’attendant pas une question aussi existentielle. J’ai réfléchi à mon tour, et j’ai fini par lui répondre : « Tu sais, maintenant, peut-être que tu ne peux pas comprendre pourquoi. Mais un jour, tu le sauras ! »

Depuis que j’ai eu le privilège de voir ce qui se passait à ce “Deck 3”, dans ces salles d’opération et dans le reste de l’hôpital, j’ai compris de mon côté, pour quoi - et surtout - pour qui, on est là.

 


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Carnet de curiosités

 

Peu avant notre départ, mon amie Karine m’a parlé du concept du « carnet de curiosités ». Elle m’a encouragée à noter toutes les choses qui me paraîtraient surprenantes afin de ne pas les oublier. J’ai trouvé l’idée géniale, et je vous partage ici quelques éléments que j’y ai notés depuis mon arrivée. Pour être honnête, je ne me promène pas avec un carnet en papier et un crayon coincé derrière l’oreille. J’ai opté pour la version moins romantique mais plus pratique qui consiste à écrire sur mon téléphone, dans One Note. Voici en pêle-mêle quelques curiosités de notre nouvelle vie ici, sur le bateau :

 

  • Certaines coutumes d’une vie en communauté sont totalement hallucinantes pour moi. Tenez, celle-ci par exemple, découverte via Teams (comme les dizaines et les dizaines d’autres infos dont on est bombardés chaque jour sur ce canal) :

En effet, tous les 3 mois, l’équipage est invité à tourner le matelas sur lequel il dort, afin d’assurer une longue vie à celui-ci ! (Il fallait y penser !)

  • Dans le même registre, une amie suisse nous a raconté que ses colocataires de cabine ont comme habitude de laver (à la machine !) le rideau de la douche chaque semaine… (dis-moi que ce n’est pas quelque chose que tu fais aussi ??)

  • Les parois si fines de la cabine, que lorsque la voisine éternue, je lui dis tout naturellement « Santé ! », avant de réaliser qu’elle n’est pas dans la même pièce que moi, quand-même… Lorsque Jules s’est mis à pleurer au milieu de la nuit, ce sont les parents de la cabine à côté qui ont répondu – croyant que c’était leur enfant ! (Je te laisse imaginer les efforts qu’on déploie en tant que couple, pour garder nos ébats un poil discrets… au point que nos voisins doivent certainement se douter qu’il se « trame quelque chose à côté » quand tout à coup on est silencieux, alors qu’ils nous entendent discuter avant et après !) ;-)

 

  • Les chevelures des femmes africaines qui changent tous les jours - et parfois, plusieurs fois par jour ! Je ne parle pas des différences entre « tressés » ou « ouverts », mais entre « longs cheveux ondulés » un jour, « crâne rasé le lendemain », « coupe au carré, cheveux lisses » un autre jour, « tressés jusqu’aux hanches » un autre… Il m’a fallu du temps pour comprendre que le port de perruques est très à la mode ici ! A ne plus s’y repérer – surtout dans un contexte où on essaie de retenir le plus possible le prénom des gens !

 

  • La coutûme des Néerlandais pour les anniversaires : chez eux, lorsqu’un membre de la famille ou même un ami proche a sa fête, on souhaite automatiquement un « joyeux anniversaire » à tout le monde autour de cette personne. Ainsi, le 13 septembre, lorsque Jules a soufflé ses 5 bougies (virtuelles… on est sur un bateau quand-même !), des personnes me souhaitaient tout naturellement un « Happy birthday ! » en passant ! Autant dire que j’aurai 6 fois l’impression d’avoir mon anniversaire, cette année !

 

  • Quant aux Américains, ils trouvent hilarant qu’en Europe, on puisse trouver du papier de toilettes rose !? Je me rappelle de l’éclat de rire général que cette nouvelle a provoqué lors d’un quizz au café, et de la question qui leur sortait du cœur : « Why ??? ». Ben… “why not ?”, moi je dis !

 

  • Les rituels liés à la vie maritime : tous les 6 mois, chaque membre de l’équipage doit re-signer la « List of Seamen of Articles » (ne me demande pas de traduire ça en français…). En gros, il s’agit de feuilles gigantesques avec les noms de tous les membres de l’équipage dessus, où l’on doit apposer sa signature, avec son adresse du pays d’origine, son numéro de téléphone, plus également l’adresse et le numéro de la personne de contact en cas d’urgence. (Merci mon frère Christian d’avoir accepté cette lourde tâche !) La curiosité de l’histoire, (et je ne prétends pas l’avoir comprise à ce jour) était qu’on devait signer tout cela deux fois : la première, sur des feuilles qui indiquaient qu’on quittait le navire avec l’ancien règlement, et la deuxième, sur des feuilles qui enregistraient à nouveau notre enrôlement sur le bateau, comme si l’on remontait à bord. Afin d’arriver à récolter toutes ces informations écrites à la main par chaque membre de l’équipage, il y avait des annonces dans les haut-parleurs depuis 7 heures du matin. Premières personnes à devoir se rendre au lieu de signatures : les personnes dont le nom de famille commence par les lettres A, B ou C. Une demi-heure plus tard, la même annonce convoquait les gens dont le nom commençait par D, E ou F. etc. Lorsqu’on voulait passer au dining-room pour se rendre au petit déjeuner, on voyait une file longue de 25 mètres dans le corridor – et on savait que bientôt, ça sera notre tour. Cette procédure a duré toute la matinée. Je n’ai pu m’empêcher de penser à l’histoire de Noël, lorsque Joseph et Marie ont dû se rendre à Bethlehem pour le recensement ordonné par Auguste. J’ai une compréhension différente de ce passage maintenant !

  • En parlant de règles maritimes : l’une d’entre elles préconise qu’il faut toujours, obligatoirement, avoir un capitaine à bord d’un navire - même lorsque celui-ci est stationné dans un port. Étant donné que Mercy Ships ne paie pas de salaires, ces capitaines sont donc également des bénévoles et ne peuvent pas se permettre de rester très longtemps. Ainsi, depuis notre arrivée il y a 2 mois, nous en sommes déjà au 3e capitaine. Celui-ci, au nom piratesque de John Borrow, aime visiblement faire les choses à sa manière. Ainsi, il n’a pas eu peur de se mettre les gens à dos en interdisant formellement l’utilisation du téléphone portable lorsque l’on se déplace sur le bateau. Il considère que cela comporte des risques et n’hésitera pas à nous confisquer notre appareil s’il nous voit enfreindre cette loi. Pour quelqu’un comme moi qui fait régulièrement des vocaux sur mon vélo, en Suisse, je vous laisse imaginer ma réaction à l’annonce de cette nouvelle règle…

 (Même si, je l’avoue, une partie de moi est ravie qu’on m’impose des breaks avec mon téléphone ! Qui sait ? Peut-être que le nouveau capitaine arrivera à me faire changer mes mauvaises habitudes ?)

  • Toujours dans le domaine de la vie du bateau : je n’ai pas encore parlé des « fire drills » (exercices d’évacuation) qui ont lieu généralement les jeudis. Une fois sur deux seulement, nous avons à quitter le bateau. L’autre semaine, ce sont juste les équipes d’urgence qui doivent faire leurs manœuvres. Le but de ces exercices est évidemment de rendre l’évacuation la plus rapide et la plus efficace possible, afin de pouvoir agir sans réfléchir le jour J. Aussi, pour être sûr que tout le monde puisse entendre l’alarme, il y a des haut-parleurs absolument partout sur le bateau, et dans chacune des cabines évidemment. Le message qui retentit alors après un long « tuuuuuuut » tonitruant est : “ATTENTION ALL CREW ! ATTENTION ALL CREW ! THIS IS A DRILL. THIS IS A DRILL.” S’en suit la localisation de l’incendie, par exemple :  “Fire on deck 5, library conference room. Fire on deck 5, library conference room.” Ensuite, on doit préparer l’évacuation en attendant l’ordre de sortir. Concrètement pour nous, ça signifie de préparer un sac à dos avec des casquettes, de la crème solaire, de l’eau en suffisance ainsi qu’une couverture de pique-nique pour les 45-60 minutes qu’on devra attendre dehors, bien alignés par noms de famille qui commencent par la même lettre.

Les premières fois, cet exercice a été assez éprouvant pour nos enfants – surtout pour Jules – à qui on avait beau répéter que ce n’était pas un vrai feu. Il faut dire que c’était impressionnant au début, de se retrouver dans des couloirs avec de la fumée artificielle, devant des portes fermées, à devoir chercher un autre chemin pour sortir que d’habitude. Sans parler des équipes de pompiers avec leurs gros uniformes et leurs casques noirs…

  • Dans un registre moins dramatique, mais tout aussi émotionnel : le tableau bleu à côté de la réception, où sont affichés les noms des personnes arrivant et ceux des gens qui repartent.

Marcel qui découvre que notre ami Alphonse nous quitte demain…

On a déjà bien dégusté en termes de larmes de crocodile à la séparation avec des personnes qui repartent. Notamment Constance, Sandra, Agnès et bientôt Maryon et Anouck avec qui nos enfants ont tissé un lien très étroit dès le début. Leur cœur (et bras !) ouverts pour chacun de nos enfants étaient un peu comme des bouées de sauvetage pour nos loulous. Leur départ signifie un nouveau cap à passer, dans cette acclimatation à notre nouvelle vie. Heureusement que Auxanne et Nadia restent encore un peu avec nous, et qu’il y aura d’autres Suisses qui viendront !

snif…

  • L’extravagance totale des propositions d’activités à bord ! Je n’aurais jamais imaginé une telle explosion de diversités pour occuper notre temps libre. Rien qu’en ces 2 mois à bord, j’ai pu participer à des soirées cinéma, intégrer l’équipe des coureurs à 6h du mat’ (on court 30 minutes les mardis et jeudis matins), concerts de différents chœurs, tournoi de ping-pong (où j’ai quand-même réussi à battre le chirurgien Anton !), des “bible studies” hebdomadaires, un karaoke (où Jérémie s’est merveilleusement dévoilé en hurlant dans le micro : « Allumeeeer le feu ! »), fêtes d’anniversaires, soirée « African Beat » avec danse africaine,  pots de départs, baby-shower, guerre avec “pistolets nerf” (Jules en redemande tous les jours !), soirées fondue/raclette entre Suisses (fromage apporté par les dernières personnes arrivées de notre pays), conférences de différents intervenants de l’hôpital, atelier de couture pour aider des femmes malgaches à fabriquer des serviettes hygiéniques lavables, soirée louange sur le deck 8 à la belle étoile, barbecue et balle brûlée sur le dock, en l’honneur des élèves du secondaire après leurs “mid-term exams”, un cours sur les « Crucial Conversations » (très utile, pour une cohabitation harmonieuse avec autant de personnes…), moments de méditations et des sorties restos entre « PCG’s » (Primary Care Giver : un autre mot pour « mère/père au foyer ») et j’en passe. Ce soir par exemple, j’ai la fête d’anniversaire de Jeanne à gérer en parallèle de mon atelier « rééducation du périnée », et je loupe la danse écossaise sur le dock ainsi que la projection de comédie musicale du samedi soir. Je ne le savais pas avant de venir sur le bateau, mais maintenant, c’est une évidence pour moi : je souffre de FOMO ! (Fear Of Missing Out : j’ai toujours peur de louper quelque chose…) Pas facile, au milieu de cette effervescence, de me préparer en plus à mon examen oral pour l’accompagnement spirituel. (Il aura lieu le 9 novembre, via zoom.)

  • Les rencontres improbables qui se font à l’autre bout du monde : déjà cet été, au Texas, j’ai rencontré Angela, une jeune femme suisse-allemande qui avait épousé le pasteur de l’église à côté du campus de Mercy Ships. En discutant avec elle, il s’est avéré qu’elle était la fille de Charlotte Krüsi, l’enseignante de mes frères et soeur au Cameroun, dans les années 70. Une coïncidence hallucinante - et très touchante, surtout lorsque j’ai pu envoyer des photos du mariage de ses parents à Angela, mariage que mon père avait officié lui-même, au Cameroun. Charlotte étant décédée il y a quelques années, ces photos supplémentaires de la vie de ses parents lui ont fait chaud au coeur !

    Une autre de ces rencontres incroyables a été celle avec la mère de Caroline. Cette dernière vit sur le bateau depuis 9 mois avec son mari et ses 3 enfants. Ils sont mi-suisses, mi-suédois. Or, en rencontrant la maman zurichoise qui était venue leur rendre visite, il s’est avéré qu’elle avait bien connu mes parents, et que ma mère et mon oncle avaient même été la voir en Angleterre, lors de son séjour linguistique durant sa jeunesse ! Décidément, le monde est bien petit… Quel cadeau de la Vie, pour moi, de passer des heures à papoter dans ma langue (et même dialecte !) maternels avec cette charmante dame qui m’a révélé bien quelques anecdotes croustillantes de l’époque où mes parents étaient jeunes !

  • Je termine avec une curiosité plutôt intérieure : la difficulté pour moi de trouver un rythme ou une structure familiale au milieu de cette collocation à 400 personnes… Je crois que j’imaginais notre vie à bord du bateau un peu de cette façon-là :

La réalité me montre que mes 4 canetons ne sont pas du tout derrière moi, en file indienne, mais plutôt éparpillés de tous les côtés à piailler et à battre des ailes. Ou alors, au contraire, à se cacher quelque part dans des roseaux, en déprimant en silence. Pas facile, avec toutes ces composantes, de savoir comment gérer le troupeau et faire en sorte que chacun puisse trouver sa place !

 Bon – « alles schön und gut », tu te dis probablement… et le côté travail humanitaire, là-dedans, il est où ? Et la vie à Madagascar, alors ?

Je t’en parlerai dans les prochains articles, promis !

 Ps : d’ailleurs, certains d’entre vous m’avaient demandé des précisions sur les machines et sur l’hôpital. J’aurai l’honneur de servir comme traductrice au bloc opératoire toute la semaine prochaine – j’imagine que j’aurai donc bientôt plus d’infos à partager sur l’aspect hospitalier du bateau ! (Pour les machines, je verrai plus tard ! L’avantage d’être là pour deux ans : j’ai le temps !)

Ready pour la traduction ! :-)

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La croisière s'amuse... plus ou moins !

Nous y sommes : premier article depuis qu’on est sur le fameux bateau… et voilà que je souffre du syndrome de la page blanche ! Ça fait des jours et des jours que je pense à ce que je voudrais écrire – mais je n’ai pas d’angle d’approche qui me paraisse satisfaisant. Il faut dire que la tâche est énorme : comment pourrait-on coucher sur papier autant d’impressions différentes et contradictoires ? Il se sont passé tellement de choses depuis notre arrivée (le 31 août) que je peine à savoir par où commencer. Et comment continuer. Et bien sûr, par quoi terminer. On se trouve un peu comme parachuté dans une grande fourmilière et on essaie de comprendre petit à petit le fonctionnement extrêmement complexe de celle-ci.

Par conséquence, l’image que je pourrai rendre de ce nouveau monde qu’est l’Africa Mercy à Madagascar sera forcément infidèle à la réalité. Tout ce que je peux faire, c’est une tentative timide de description du petit coin de fourmilière qui est le nôtre au sein de ce grand navire.

Et si je vous faisais d’abord un petit tour du bateau ?  Mais avant d’escalader la passerelle, veuillez s’il-vous-plaît vous laver les mains. Il s’agit d’un hôpital flottant, ne l’oublions pas.

Arrivés en-haut, au deck 5 (5e étage), il vous faut scanner votre badge – afin que la garde népalaise, les “gurkhas”, puisse savoir exactement qui est à bord et qui ne l’est pas. Ce détail est très important en cas d’évacuation d’urgence du bateau. La sécurité passe avant tout ici. Voilà, bienvenue à bord !

Trish, la réceptionniste irlandaise, vous adresse son plus beau sourire – et si elle vous a à la bonne, elle vous mettra même sur sa liste de bénéficiaires pour une pédicure ! C’est sa passion. (Merci tout de même de vous laver les pieds avant le rendez-vous…) ;-)

Sur votre gauche, vous voyez la salle à manger, ou le « dining room ». A toute heure de la journée, vous pourrez venir y griller des croque-monsieurs, des paninis ou des toasts – et il y a toujours de quoi les garnir (beurre, confiture, nutella, beurre de cacahouètes, etc.).

Comme vous pouvez le voir, les tables sont très cozy et on a le choix de se poser à une table en « petit comité » ou à une plus grande, si on a envie de faire causette avec d’autres personnes.

Les repas sont toujours variés – il semblerait qu’il y ait une rotation de menus sur cinq semaines. La nourriture est en partie locale et en partie européenne. Il y en a vraiment pour tous les goûts ! (Seule constante : du riz midi et soir, tous les jours !)

Si l’on ressort de la cantine, on se dirige vers l’endroit qui représente le battement du cœur du bateau : le mid-ship ! Il s’agit d’un espace ouvert où se situe le “Ship-Shop” (petit magasin) et le café avec ses petites tables accueillantes et ses spécialités hebdomadaires : les pop-corns du mardi, les glaces du jeudi, les gaufres du vendredi – et parfois, des pancakes ou des « cinnamon rolls » le week-end.

Le café donne sur deux larges escaliers qui montent des 2 côtés pour vous emmener à différents coins de salon, avec des canapés et des tables basses. De l’autre côté, l’ « internet coffee » et un « playroom » pour les enfants. Atmosphère feutrée, calme, idéale aussi pour savourer un bon bouquin. Si on ne veut pas être dérangé, on glisse une paire d’écouteurs dans les oreilles, et personne ne nous adresse la parole.

Mais restons encore un peu au 5e étage. Après le café, on y trouve la banque : minuscule bureau, mais très pratique pour retirer des « ariaris » (monnaie locale) ou pour recharger les comptes liés à nos badges (ainsi, même les enfants peuvent s’acheter des petits encas avec leur argent de poche, simplement en scannant leur badge). Une bibliothèque bien étoffée se situe également à cet étage, ainsi qu’un petit salon de coiffure.

Au 6e étage se trouve l’« international lounge », lieu de rassemblement officiel pour l’équipage. On y reçoit notamment les infos du lundi matin, à 7h45, séance obligatoire pour tous. Les vendredis et samedis soir, cette salle nous serre de cinéma - avec ses deux grands écrans.

Le dimanche soir, il s’agit du lieu de culte, ouvert à tous, mais non obligatoire évidemment. A part ça, Marcel est ravi de pouvoir y jouer du piano à queue !

Toujours au 6e, il y a également l’Academy – l’école du bateau. Vous y verrez différentes salles de classes, une propre bibliothèque, une salle informatique et des enseignants passionnés et souriants. Les enfants aiment relativement bien y aller - mais ça reste des élèves comme partout ailleurs dans le monde… Ils ne vont quand-même pas dire qu’ils aiment l’école !

C’est également au 6e que se trouve la buanderie : on s’inscrit pour les plages horaires qu’on désire. Attention d’arriver à l’heure pour retirer son linge de la machine : si on a plus de 10 minutes de retard, on doit mener une véritable chasse au trésor pour retrouver son linge ! (La personne inscrite après vous l’aura mis dans un panier, mais il y a BEAUCOUP de paniers de linge dans ce lieu…)

A côté, il y a la « crew galley », autrement dit, la « cuisine pour l’équipage ». Des règles très strictes gouvernent aussi cet endroit – parait-il que la majorité des incendies démarrent dans des cuisines. Ainsi, il y a un nombre incalculable de mesures de sécurité à prendre en compte – allant d’un gyrophare orange qui s’enclenche toutes les 15 minutes et qui demande à ce que quelqu’un presse un bouton vert à l’entrée, aux tiroirs de cuisine impossibles à ouvrir à une main – histoire qu’ils ne s’ouvrent pas tout seuls lorsque le bateau navigue en mer – à la règle d’or qui dit qu’on ne doit JAMAIS quitter la pièce si l’on a quelque chose sur le feu ou dans le four. Conseil : prendre un livre avec soi, lorsqu’on doit attendre bêtement durant 50 minutes le temps que le gâteau soit cuit !

Voilà – après avoir vérifié quatorze fois qu’on a éteint tout ce qu’on pouvait éteindre, on s’aventure cette fois au deck 7 : le meilleur étage, vu que c’est celui où se trouve notre cabine ! Mais avant de vous la montrer, je vous emmène directement faire un tour à l’air libre, car oui, au 7e, on peut sortir sur le pont !

Coucou en passant ! Eh oui, c’est de là que je vous écris ces lignes !

Estimez-vous heureux de n’avoir que l’image et non pas le son de ce moment : ils sont en train de faire des travaux au deck 8, et ce sont des bruits de scies métalliques et de coups de marteaux qui constituent le fond de toile (ou même le 1er plan de la toile…) !

Sur ce pont, donc, quelques jeux pour les enfants, deux balançoires, des filets en-dessus de la balustrade (pour les jeux de ballon).

C’est aussi ici que les patients de l’hôpital sortent une fois par jour, et où l’on peut donc entrer en contact et jouer avec eux. Plus à ce sujet dans un prochain article.

L’endroit que je préfère ici se trouve vers la proue (l’avant) du bateau : quelques marches d’escaliers aussi raides qu’une échelle nous emmènent à la « monkey island » (île des singes).

De là, juste au-dessus de la cabine du capitaine, on a une vue imprenable sur l’océan qui s’ouvre au large. Petit coin idéal pour méditer ou simplement profiter d’un moment de solitude. Tiens, en parlant du capitaine : il est justement en train de hisser le drapeau de Madagascar.

Plutôt beau gosse, non ? ;-)

(Pssssst ! C’est le moment de vérifier vos chaussures… si vous portez des tongs, ça vous vaudra un froncement de sourcils comme avertissement. En effet, avec des flaques d’eau et des escaliers en métal partout, le capitaine ne veut pas prendre le risque de vous compter parmi les patients à cause d’une bête chute !)

Je profite de vous faire monter rapidement au 8e étage encore, qui est le pont supérieur. Ici, c’est le paradis pour les enfants avec la grande place de jeux, et tout l’espace pour faire des courses poursuites avec des tricycles, des karts et des trottinettes.

C’est également l’endroit où on peut se dégourdir facilement les jambes, si on veut se faire une demi-heure de marche (en tournant certes en rond, mais avec une vue splendide sur le ciel et la mer autour) ! De ce côté aussi, une sorte d’escalier-échelle nous amène à un 9e étage où se situe la piscine ! Elle est donc à la même hauteur que la « monkey island », mais à la poupe (l’arrière) du bateau. Endroit exquis pour venir se ressourcer, se rafraîchir, ou prendre un bain de soleil tout simplement. (A propos du soleil : il est en train de se coucher, alors qu’il n’est que 17h30 ! Et dans un moment, vous allez voir le spectacle coloré qu’il laisse derrière lui chaque soir !)

Bon, et si je vous montrais notre cabine, cette fois ? Descendons au 7e, en passant par le petit escalier étroit. Là, vous voyez la barrière sur laquelle je fais sécher nos affaires de piscine (notre cabine est bien trop étroite pour faire sécher tout ce matos !). Ça fait partie du luxe d’avoir sa cabine au 7e !

Et alors, ce hamac devant le coucher de soleil, il vous fait de l’œil ? Vous pourrez y revenir plus tard. On n’a pas fini notre visite !  

Voici notre porte d’entrée : bienvenue dans notre petit “home sweet home” !

Petit, mais cozy ! J’y ai mis tout mon cœur, déjà avant de venir, pour faire de cette cabine un nid douillet. Jérémie n’en croyait pas ses yeux, en voyant tout ce que j’emportais comme matériel de déco. Source de 2-3 tensions entre nous, avant le départ… (Lui qui s’essoufflait à SORTIR plein de choses de la maison, en faisant des trajets à n’en plus finir, à la déchetterie, à Coup de Pouce, à la Croix Rouge – et moi qui faisais RENTRER plein de nouvelles choses dans la maison…) Le résultat final lui plaît quand-même assez (à moins qu’il fasse semblant pour me faire plaisir !?).

Voilà donc notre nouvelle maison pendant 2 ans. Les choses auxquelles on va devoir s’habituer encore : les toilettes à aspiration (comme dans les trains ou les avions) qui nous font sursauter à chaque fois qu’on tire la chasse. Le fait qu’on ne puisse pas ouvrir la fenêtre (j’écris bien LA, puisque nous n’en avons qu’une seule !). Le fait de n’avoir qu’une seule poubelle aussi pour toute la famille - à la cuisine. Mais finalement, on y est en 4-5 pas depuis n’importe quel coin de la cabine… Le fait qu’il fasse encore plus froid dans la cabine que dans le reste du bateau. On hésite à écrire sur notre porte d’entrée : « Welcome in our fridge » ! (« Bienvenue dans notre frigo ! ») Eh oui, malheureusement, on ne peut pas régler la température, uniquement la force de la ventilation. Le bruit de celle-ci demande d’ailleurs aussi une certaine acclimatation : on l’entend partout et tout le temps. La première nuit, je me souviens avoir rêvé de nos deux chats. Je les voyais clairement devant moi, en train de ronronner de toutes leurs forces - jusqu’à ce que je me réveille et prenne conscience que ce ronron, c’était le bruit du bateau. Nous n’avons donc pas d’animaux domestiques ici, mais habiter à l’intérieur d’un navire ronronnant, c’est déjà pas mal !

Et bien entendu : le fait que la chambre parentale serve en même temps de salon et de salle à manger au reste de la famille… ça fait un bon stretching psychologique, on va dire !

Mais voilà – je me souviens avec gratitude du conseil qu’on nous avait donné avant de venir : « Don’t forget : the cabin is small, but the ship is big ! » (« N’oubliez pas : la cabine est petite, mais le bateau est grand ! ») Heureusement qu’on peut sortir de la cabine, et même du bateau d’ailleurs, quand on veut, comme on veut… sauf quand on a chopé le Covid ! Ce qui est le cas de Jérémie, suite à une retraite de team-building sur 2 jours qu’il a faite la semaine passée, à une heure de route (et 20 km :-)) d’ici.

Depuis, il n’est pas ressorti de la cabine, devant respecter la règle des 5 jours d’isolement - à l’exception de deux créneaux horaires par jour, où il a le droit d’aller s’aérer les poumons sur le deck 8, en portant un gilet jaune. Il y retrouve les 2-3 autres de la “Team Covid” pour leur balade commune. :-)

J’avoue que mes nerfs sont bien éprouvés par le nombre de repas que je dois lui livrer (et débarasser) par jour et tout le reste de la logistique qui s’en trouve complexifiée… Le plus dur ayant été de forcer Jules à porter le masque ! Il a fini par y arriver, mais pas sans crises d’hurlements atroces et de blocage catégorique à cette idée durant tout le week-end. On en ressort lessivés physiquement et psychologiquement, toute la famille. Prions que jeudi, le test Covid soit négatif, chez nous tous, et qu’à partir de dimanche, on puisse laisser tomber ce *** de masque pour de bon !

Voilà – il nous reste à visiter les étages inférieurs du bateau que je connais moins, mais que je peux rapidement vous décrire : au 4e, des cabines de un à dix lits, dont certaines sont totalement dépourvues de fenêtres… Au 3e, l’hôpital avec ses cinq salles d’opération, une salle de soins intensifs et les chambres pour les patients. Les lits sont faits sur mesure de telle façon à ce qu’un membre de la famille du patient puisse dormir en-dessous. En effet, dans la culture africaine, il est impensable de laisser un patient aller à l’hôpital seul ! Les infirmières s’occupent bien entendu des soins et d’apporter la nourriture, mais les membres de la famille peuvent ainsi participer et réconforter le patient.

Au 2e étage se situent les réserves de nourriture, matériel médical, et autres. On y trouve également la pharmacie, le dentiste et la « Crew Clinic » (« clinique pour l’équipage ») où l’on est entre de mains bienveillantes. Jugez par vous-mêmes :

Le 2e étage est celui des machines, des moteurs et compagnie, et le 1er, fermé au public, contient toutes les réserves d’eau ainsi que le système d’élimination des eaux usagés (si j’ai bien compris)…

Notre tour du bateau touche à sa fin, je me ferais un plaisir de répondre à vos questions maintenant !

Dans un article suivant, je vous révèlerai un peu plus de détails sur ce qu’on découvre de ce beau pays qu’est Madagascar, sur le moral des troupes et sur comment nous gérons les différents aspects de cette « vie sur le bateau ». Pour l’instant, je crains que nous ne le savons pas encore nous-mêmes. On est toujours dans la phase où tout nous semble « complexe et étrange ».

Pour la petite histoire : avant notre départ, je disais parfois que je me sentais comme en fin de grossesse : ça faisait tellement longtemps qu’on en parlait, de ce projet de Mercy Ships ! J’avais l’impression d’avoir un ventre énoooorme et je n’avais qu’une envie, c’était que ce bébé pointe enfin son bout du nez…

Maintenant qu’on a atterri sur le bateau, je me rends compte que « le bébé, c’est nous » ! On débarque dans un monde totalement inconnu, avec des cultures qui se mélangent de toute part, des repères à trouver, des habitudes à (re)créer, des nouvelles routines à inventer, des mentalités nouvelles à décoder, etc. Largement de quoi perdre le nord pendant un moment !

 Sur ce, je vous envoie plein de salutations depuis l’hémisphère sud, en espérant que votre visite virtuelle du bateau vous ait plu ! Et n’oubliez pas de remonter au hamac, pour aller admirer les dernières lueurs du jour.

Voilà - il est 18h, et dans une demi-heure, il fera nuit noire ! Bonne nuit ! :-)

Un immense MERCI à tous ceux qui s’investissent à nos côtés par des messages, des prières et des dons !

Vous êtes plusieurs à nous avoir demandé comment nous soutenir. Si c’est votre désir, rendez-vous sur le site de Mercy Ships Suisse. Vous pourrez cliquer sur notre nom et faire un don. (Ces dons sont déductibles des impôts.) Précision : nous finançons ce projet par un défraiement de Mercy Ships, par nos économies et par des dons.

Un tout grand MERCI aussi à ces entreprises qui nous soutiennent :


 

 

 

 

 

New-York et Texas

Il est 8 heures, je suis installée sur ma terrasse à Bulle et j’essaie de trouver un moyen pour que mon ordinateur arrête de vaciller entre les planches de notre table de jardin, toute usée par la pluie et le soleil.

J’aime la fraîcheur du matin et je profite de ce moment où mes idées sont encore fraîches également.

Et si on plongeait un peu dans le monde des taxis jaunes, des gratte-ciels vertigineux et des foules de gens partout ?

Viens, je t’emmène avec moi, dans mes souvenirs de nos 5 jours passés au cœur de Manhattan. Jérémie était donc resté à la maison, et on s’est dit au revoir le 9 juillet, pour une durée de 3 semaines. J’ai trouvé la Nounou en OR pour m’aider avec les 4 enfants : Lily, la fille de mon amie Daphnée avec qui j’ai suivi la formation AASPIR ces 10 derniers mois.

Ensemble, nous avons sillonné les rues de New-York, mangé du fish and chips devant le coucher de soleil sur le Hudson (que j’ai longtemps confondu avec « la mer »…), pris un bain de foule au Times Square, dévalisé le magasin des M&M’s, profité d’un pique-nique dans la verdure qu’offrait le Central Parc, frissonné d’émotion devant « The Lion King » sur Broadway, ri des différences de températures entre les magasins climatisés et la chaleur à l’extérieur, touché les testicules du taureau de Wallstreet (paraît-il que ça porte chance…), dégusté les hot-dogs new-yorkais, tremblé sur la vitre transparente de la terrasse « the edge » à 345m du sol, respecté une minute de silence devant les deux immenses trous carrés du Ground Zero (où les tours jumelles se dressaient jadis), appris la complexité des métros de la ville, découvert que St-Exupéry avait écrit le Petit Prince à New-York (!), et last but not least, tourné en bateau autour de la magnifique Statue de la Liberté ! Quelle magnifique aventure !

La leçon la plus inspirante que j’ai apprise à New York, c’est Lily qui me l’a apprise : à chaque trajet qu’on entreprenait, elle avait un nouveau jeu sous la main pour rendre le chemin amusant ! Ainsi, elle disait par exemple un code de couleur, et chaque enfant devait se débrouiller pour toucher quelque chose de cette couleur. Ou alors, il s’agissait de marcher uniquement sur les lignes des dalles au sol. Parfois, c’était juste une tape sur l’épaule de Jules, suivi d’un regard innocent, style « non, c’est pas moi ! », ce qui finissait toujours en éclats de rire, quand Jules voulait l’imiter, avec sa discrétion d’un enfant de 4 ans... La leçon que je retiens : “It’s not just about getting there. It’s also about HOW you get there.” (« L’important n’est pas juste d’arriver, mais aussi COMMENT tu arrives. »)

 Voici le tout en images :

La deuxième étape, le Texas, se résume à beaucoup d’informations emmagasinées et bien des relations tissées déjà avec des gens qui s’apprêtent à vivre la même aventure que nous. Pour te situer le contexte, il s’agissait d’un programme pour nous préparer à la vie sur le bateau. Les enfants (une trentaine) recevaient les mêmes enseignements que nous, les adultes (66), mais adaptés à leur âge. Le contenu de ces cours allait de l’historique de Mercy Ships avec ses valeurs, à l’adaptation culturelle en général, en passant par la gestion des émotions, le processus des transitions, la théorie sur les « Third Culture Kid » (« enfant de 3e culture » - pour nous sensibiliser à la difficulté que représente la vie à l’étranger pour un enfant), nos forces selon le test de personnalité “Clifton Strenghts” , etc.

Ces enseignements nous étaient donnés entre 7h50 et 16h tous les jours, avec une petite pause d’une heure à midi. Autant dire que nos cerveaux n’avaient pas vraiment l’impression d’être en vacances !

Heureusement que Lily était là – encore une fois ! – pour aider les enfants avec l’anglais et pour sortir de temps en temps faire un tour avec Jules qui était le plus jeune des enfants.

Un moment clé pour moi de ce temps au Texas était la « Silent Retreat » : durant 3 heures de « retraite silencieuse », nous avions du temps pour nous-mêmes, avec comme seule consigne, de laisser nos téléphones de côté et d’ouvrir nos antennes pour nous connecter à la Source de la Vie. J’ai passé mon temps sur un banc en métal qui m’appelait. Je le trouvais moyennement séduisant, étant donné qu’il se trouvait à côté du bâtiment et en plus, à deux mètres d’une voiture Cherokee parquée droit devant. Mais j’ai « obéi », et j’ai posé mes fesses à cet endroit-là.

Il s’en est passé des choses intéressantes sur ce banc, mais le principal message que j’en retire, c’est que cet exercice m’a connectée avec la réalité qui est celle de ma Maman. Assise dans un fauteuil roulant, dépourvu du sens de la parole, elle aussi passe son temps à des endroits qu’elle n’a pas choisis… J’en ressens une empathie redoublée pour elle !

Un autre élément que je retiens de ce banc est qu’il allait sûrement y avoir des jours où je me sentirai un peu « prisonnière » sur mon bateau. J’ai découvert sur ces barres en métal qu’il était important de savoir trouver une liberté intérieure, au milieu de circonstances qui peuvent paraître « enfermantes ». J’ai été encouragée de me dire que si j’ai réussi à trouver cette liberté sur ce banc médiocre, avec une vue aussi peu glamour, je serai capable de la trouver n’importe où (par exemple dans un port industriel, avec des grues et d’autres machines de chantier partout, tiens !).

A part ces cours intensifs, le Texas nous a quand-même aussi offert d’autres plaisirs inoubliables : par exemple la piscine sur le campus, qui nous permettait de nous rafraîchir tous les soirs, des paysages magnifiques avec des levers et couchers de soleil époustouflants, une sortie au « Splash Kingdom » (sorte d’Aqua-Parc américain), du shopping dans une minuscule ville  où la gente féminine a dévalisé une boutique qui liquidait de belles robes à 2 dollars (Marcel et Jules n’ont pas beaucoup apprécié le temps d’attente devant les cabines d’essayage…).

Ma plus grande surprise – voire déception – était de n’avoir vu aucun cheval, aucune vache « Longhorn » et aucun cowboy au Texas. Comme quoi, les clichés et les stéréotypes… (Ou alors, je n’étais juste pas aux bons endroits au Texas.)

Les retrouvailles avec Jérémie à l’aéroport étaient émouvantes pour nous tous – et les câlins à répétition que Jules réclame à son Papa encore une semaine après témoignent à quel point il lui a manqué !

Pour terminer cet article, j’ai un aveu à te faire… Quand on a reçu l’enseignement sur les transitions, avec ses différentes phases et tout ce que cela implique, les autres participants travaillaient évidemment sur leur transition entre « la vie chez nous », et « la vie sur le bateau ». De mon côté, j’ai découvert que je vivais encore plus violemment, au niveau émotionnel, ma transition entre « cheveux blonds » et « cheveux gris »… Même si cela fait déjà plus que trois mois que j’ai coupé mes longs cheveux blonds, je suis encore en plein deuil de ma phase de vie où j’étais « la blonde ».

J’avais écrit sur mon statut, le 17 avril, qu’au lieu de chasser le naturel, j’avais décidé d’apprendre à galoper avec lui. Eh bien, c’est vraiment ça : un apprentissage ! Avec des chutes douloureuses, où l’on doit reprendre tout son courage pour remonter sur le cheval – mais aussi, heureusement, avec des instants de bonheur à ressentir la liberté qui va avec !

Mais voilà… comme dans tout changement radical, cela va de pair avec des deuils. Et je sens que notre départ imminent à Madagascar aura encore bien quelques deuils en réserve pour nous, tout bientôt !

Heureusement que nous sommes bien entourés et que nous avons été préparés avec soin à ce chamboulement intérieur. Pour le reste, eh bien, il va falloir “fermer les yeux et sauter” - tout en accrochant solidement notre confiance en Celui qui ne nous a jamais laissé tomber !

Le compte à rebours commence… J - 24 !

Mercy Ships

L’autre jour, depuis le salon, j’ai entendu ma fille sous la douche compter à voix haute : « 1, 2, 3, 4, 5, 6, … » jusqu’à 60, puis la douche s’est arrêtée. Pause. Puis, l’eau a recommencé à couler, et le comptage aussi.

Tu te demandes sûrement pourquoi je te raconte cette histoire ? Et quel est le lien avec Mercy Ships ?

Voici notre future maison !

Mais commençons par le début : au cas où tu n’étais pas au courant, nous allons partir en famille durant 2 ans sur un bateau hôpital qui s’appelle Africa Mercy. Il fait partie de l’ONG humanitaire internationale « Mercy Ships » qui a été fondée à Lausanne en 1978. Comme on dit qu’une image vaut mille mots, je te propose de prendre 3 minutes pour regarder cette petite vidéo (clique dessus).

Si comme nous, ces histoires de vies transformées te touchent, tu comprendras notre envie d’aller mettre la main à la pâte. Albert Schweitzer (fondateur d’un hôpital au Gabon et distingué par le prix Nobel de la paix en 1952) disait :

Il y a donc une raison toute simple à notre choix : une sorte d’appel qu’on a entendu, et qu’on a décidé d’écouter.

Concrètement, ça fait déjà 1 an et ½ depuis qu’on avait envoyé notre candidature. Nous savons que nous sommes acceptés pour sûr depuis vendredi. Autant dire que le temps d’attente a été long…

Ce qui n’est pas long, en revanche, c’est le temps qu’il nous reste avant de quitter notre petite Suisse si confortable.

Alors comme le temps presse, voici juste quelques infos pêle-mêle :

 Le 9 juillet, je vais décoller avec les 4 enfants (et une super baby-sitter : merci Lily !) pour aller suivre une formation au Texas afin de nous préparer à la vie sur le bateau. Jérémie sera bien occupé avec ses (derniers) camps à Leysin, Montreux et Bouveret. Il aura l’occasion de rattraper cette formation directement sur le bateau.

Fin août, nous décollerons tous les 6 pour rejoindre le bateau à Madagascar.

Mercy Ships ne fait pas que de s’occuper des patients – ils investissent également beaucoup d’énergie dans la formation du personnel soignant sur place. Ainsi, ils privilégient des missions de longues durées (en l’occurrence : 2x 10 mois, pour Madagascar). La deuxième année de notre service, nous aurons l’occasion d’amarrer en Tanzanie.

 Jérémie a été engagé comme « Chief Steward » et devra coordonner une équipe de 90 personnes qui s’occupent de tout ce qui touche à l’hospitalité (restauration des 430 bénévoles plus des 200 patients à bord, gestion des cabines, etc.).

 Personnellement, je pourrai mettre à profit ma formation que je viens de terminer en accompagnement spirituel, avec mes compétences en coaching. Peut-être aussi m’engager dans le domaine de la traduction, à voir.  De toute façon, dans les premières semaines, j’assurerai simplement les arrières pour permettre aux enfants de trouver leurs marques.

Les 4 enfants, justement, intègreront l’école sur le bateau, en anglais. Il s’agit d’une école internationale reconnue.

Certainement qu’il y aurait encore beaucoup à dire – mais une chose après l’autre. Je continuerai bien sûr à publier des articles sur ce blog. Si tu désires nous suivre dans notre aventure, n’hésite pas à t’abonner !

Si tu désires plus de détails, je t’invite à aller (re)lire cet article de l’année dernière. Le point 10 (fin de l’article) concernait déjà notre beau projet de Mercy Ships.

Alors… le lien, avec la douche et le comptage ? Tu as une idée ? Non ?

Eh bien, sur le bateau, la règle est : « Pas plus de 2 minutes de douche par personne » ! Du coup, elle s’entraîne ! :o)


Ps 1 : Je te remets le lien vers la vidéo ici, au cas où tu ne l’aurais pas encore visionnée.

Ps 2 : Allez - je suis obligée de te faire sourire pour terminer l’article. Comme disaient mes anciens élèves, à Oron : - “Et on dit merci QUI ???” - “Merci SHIPS !” =o)

Ma mère et moi

Proposition : lire cet article en écoutant ce magnifique morceau de guitare : Ocean, joué par. Andre Cavalcante.

Les bébés, ça a été la grande passion de sa vie…

Confortablement installée dans mon petit café préféré à Bulle, le Caroots, j’ai une heure top chrono pour te parler de ma mère. C’est le temps que je me donne, afin de faire simplement un petit « arrêt sur image », et non pas une dissertation encyclopédique sur ma relation avec ma génitrice sur les 42 années écoulées…

Théoriquement, je devrais passer cette heure à m’épiler, puisque nous allons à Bernaqua direct après le dîner. Tant pis, j’irai poilue, et je dirai que je suis déguisée en féministe. C’est bientôt carnaval, après tout.

En parlant de carnaval, je suis quelque peu envahie par une fanfare entière de leprechauns (tiens - mon dictionnaire Word reconnait ce mot ??? Je m’attendais à des vaguelettes rouges, mais non.) à ma gauche. Au cas où tu serais moins instruit que mon ordinateur, il s’agit de ces petits bonhommes verts irlandais, souvent accompagnés de trèfles à quatre feuilles. Bref, une fanfare de Guggenmusik se donne à cœur joie juste à côté du café, et par conséquence, une foule grandissante de spectateurs s’amasse sous mon nez.  Pas évident de rester concentrée.

Voici 4 de ces leperchauns ! (J’espère que je t’aurai appris un mot ! :-))

Au fond, je me dis que cette situation est parfaite pour illustrer ce que je vis avec ma mère quand je vais lui rendre visite. Je ne sais jamais trop ce qui va se passer – ou dans quelle direction vont partir nos interactions. Il est tout à fait probable que des petits bonhommes verts surgissent soudainement dans nos discussions, ou qu’elle se mette à chanter à tue-tête d’une seconde à l’autre.

L’ai-je déjà précisé ? Ma maman souffre d’une démence. Elle a ce qu’on appelle une démence à corps de Levy. Cela ressemble à Alzheimer – mais avec quelques particularités en plus (par exemple des hallucinations comme celles que je viens de mentionner). J’ai la chance (ou malchance ?) d’avoir été aux premières loges pour observer la différence entre ces deux types de démences, étant donné que mon Papa avait celle du type Alzheimer… J’en avais parlé dans un ancien article, si ça t’intéresse.

Ça fait maintenant deux ans et demi qu’elle est dans un foyer pour personnes âgées, et je ne remercierai jamais assez le personnel soignant qui s’occupe d’elle jour et nuit. Ils fournissent un travail hors-pair et je suis profondément reconnaissante pour tout ce qu’ils font et sont pour ma maman. Je suis également très reconnaissante de partager cette situation avec mes frères et sœur, et de sentir à quel point cette partie de la vie de notre maman nous a encore rapprochés ! C’est si bon, de ne pas se sentir seule, et de savoir qu’aucun de nous ne laisse notre maman seule non-plus.

Pour te parler un peu de la relation que j’ai avec elle aujourd’hui, j’ai envie de t’emmener sur un petit détour qui n’a rien à voir avec ma maman. A l’âge de 18 ans, j’ai fait un échange linguistique de trois mois au Canada. Une des premières choses qu’on nous a apprises avec l’organisation qui s’occupait de ces échanges, c’est qu’au lieu de juger les situations auxquelles on allait être confrontées en « bonnes » ou « mauvaises », on allait devoir apprendre à dire « c’est différent ». Par exemple pour tout ce qui avait trait à la nourriture : c’était bien pratique, quand on n’aimait pas trop un aliment, de pouvoir se réfugier dans la formule toute prête de « Hmmm… it’s different ! », sans vexer notre hôte.

Ainsi, je qualifierais le lien que j’ai aujourd’hui avec ma mère de « différent ». Je ne peux pas dire si c’était mieux avant, ou mieux maintenant. C’est juste « différent ». 

Je te donne volontiers un petit aperçu de ma visite de hier, par exemple. Je suis arrivée un peu en souci, car ma sœur m’avait prévenue que la veille, elle avait été très agitée. Au point qu’elle l’avait entendu pleurer et même crier depuis l’autre bout du couloir, malgré qu’elle était entourée d’une infirmière toute attentionnée. Les larmes avaient redoublé lorsqu’elle avait aperçu ma sœur. Aucune idée de ce qui s’était passé dans sa tête, ou dans son cœur. Un vrai dédale, plein de murs et d’impasses, ces démences…

J’étais donc un peu dans mes petits souliers en venant la trouver hier soir. (Je vais la voir environ une fois par semaine - deux, si j’y arrive.) Fatiguée après une journée de travail, j’ai été soulagée de la trouver en meilleure forme, installée dans son fauteuil dans la salle à manger. Une infirmière l’avait rapprochée du coin cuisine, où elle (l’infirmière) devait vider et remplir à nouveau le lave-vaisselle. Des bruits réconfortants pour ma maman, sans doute, étant donné la grande partie de sa vie qu’elle avait passée dans des cuisines. Je l’ai trouvée toute paisible en tout cas, et au bout de quelques instants, elle semblait même m’avoir reconnue puisqu’elle me parlait en allemand. (Cela fait quelques semaines que je remarque qu’elle ne me reconnait pas systématiquement.)

Je vois que l’heure que je m’étais donnée est écoulée. Je profite pour laisser ma dernière parenthèse descendre un peu en profondeur dans mon être, car elle n’est pas si facile à digérer. C’est la première fois que je vois cette vérité écrite ainsi noir sur blanc devant moi... Je continuerai cet article lorsque j’en aurai la force.

 Me revoilà - lessivée par une après-midi dans un parc aquatique avec plein d’enfants – mais heureuse ! (Et ouf : personne n’a remarqué que je n’étais pas épilée ! Enfin… je crois !)

Je ne sais pas si j’ai plus de force que tout à l’heure, mais en tout cas, j’ai plus de temps. Les loulous dorment paisiblement et mon homme s’occupe de rattraper l’administration des trois derniers mois. Ça me laisse la soirée tranquille pour me replonger dans la réalité de ma relation avec ma maman.

Je te disais donc que hier, elle semblait m’avoir reconnue après quelques minutes. J’en étais émue et soulagée. En cherchant dans son regard à établir le contact, je me remémorais les phrases de Tanguy Châtel, que je venais de lire la veille. Dans son livre « Vivants jusqu’à la mort », il décrit sa première relation qu’il avait construite dans le cadre de son travail en soins palliatifs. Voici ses mots, qui résonnaient fort dans ma tête et faisaient directement écho avec ce que je vivais moi-même :

« Notre relation s’approfondit en se simplifiant. Peu de paroles, beaucoup de regards, et une qualité de présence qui se renforce. Tout cela est tellement plus simple que je ne l’aurais cru. »

 Dans ma fatigue, j’ai tout à coup choisi de poser ma tête sur la tablette fixée sur sa chaise roulante, à l’endroit où sont posées ses mains généralement.  C’était la première fois que j’ai fait ce geste, et je l’ai fait sans réfléchir.  Je crois qu’une partie de moi a simplement capitulé devant le chagrin qui s’accumulait en moi, de la voir me fixer de ses yeux bleus, sans pouvoir formuler une seule phrase cohérente.  Elle venait de me faire une sorte de compliment, d’être arrivée en robe de mariée (alors que je portais un vieux jeans déchiré, et un gros pull vert olive). En souriant à moitié, j’ai donc posé ma tête à plat devant elle, me laissant aller à l’émotion et en fermant les yeux. Au début, elle n’a pas réagi. Puis, tout doucement, elle a commencé à me caresser les cheveux, très lentement, avec ses doigts tout recroquevillés. Ensuite, elle s’est mise à « jouer » avec mon oreille, à la masser et à la plier. Je souriais et pleurais en même temps – c’était si délicat, si tendre. J’étais à nouveau la « petite Salomé », et elle, « ma Maman ». ça faisait très longtemps…


Voilà. Je crois que je vais m’arrêter là. Le but avait été de faire un petit arrêt sur image. Il est fait. Je ne pourrai pas ajouter plus aujourd’hui. Juste encore préciser qu’on n’a de loin pas toujours été très proches, ma mère et moi. Elle n’a jamais été la « maman parfaite », et Dieu sait que je n’ai jamais été « la fille parfaite » non-plus ! Je me souviens notamment de ma période d’adolescence où nous étions constamment en conflit l’une avec l’autre. Même à l’âge adulte encore, nous avions des tensions et des points de vue souvent divergents. C’est entre autres pour ça que je peux dire honnêtement que la situation d’aujourd’hui n’est pas « pire » ou « mieux » qu’avant. Elle est différente, c’est tout. Je dois dire que je savoure la relation si apaisée qu’on partage durant cette dernière ligne droite de sa vie sur Terre. C’est du « tout nouveau » et c’est beau, tout simplement.

Qui sait ? C’est peut-être lorsqu’on est confronté à nos limites et à notre impuissance profonde, qu’on offre finalement la meilleure partie de soi au monde ?

Les livres, ces amis (2e partie)

Nous revoilà, pour partager ensemble un (bon) moment autour de ces chers amis que nous semblons partager ! (Si ce n’était pas le cas, cette fois, je suis sûre que tu ne serais pas en train de lire ces lignes…)

Je dois t’avouer que l’article est beaucoup plus long que prévu. Faut croire qu’à vouloir rendre hommage à mes livres préférés, ça donne un livre en soi ! ;-)

Pour te présenter ces fameux coups de cœur, je me suis posé la question suivante : si on devait les classer par catégories ?

 L’une de mes manières de classer les livres, c’est celle que j’ai mentionnée dans la 1ère partie de l’article : en romans et en livres « non-fiction ». Je vois tout de suite nos deux tables de nuit devant moi, dans notre chambre à coucher : celle de Jérémie, avec les livres « non-fiction », et celle de mon côté, avec les romans (la plupart du temps).

Une autre manière de les classer que j’aime bien consiste à séparer sur mon étagère (dans mon armoire) : à gauche, les livres déjà lus, à droite, ceux qui attendent patiemment de l’être. Quel plaisir de voir, visuellement, la rangée de droite glisser gentiment vers la gauche, au fil des mois !

Mais je crois que la façon de trier les livres que je préfère en est encore une tout autre. Elle se divise en 3 sections : la catégorie de livres que je me suis procurée moi-même (soit à la bibliothèque, soit à la librairie, soit commandé sur internet : en tout cas, par choix conscient), la catégorie de livres que des amis (ou des personnes inspirantes) m’ont fait parvenir (offerts, prêtés ou recommandés), et enfin, la catégorie de livres qui sont venus à moi, sans que je ne les cherche, ni que quelqu’un d’autre ne les ait cherchés pour moi. Je les appelle les « livres qui m’ont choisie. »

Pour chacune de ces 3 catégories, je vais te présenter quelques coups de cœur, si tu le veux bien ! Peut-être que je vais titiller ta curiosité sur l’un d’entre eux ? Les vacances de Noël ne sont pas loin… Il est encore temps de se procurer un bon bouquin pour les fêtes ! 

Premièrement, dans ces livres que je me suis procurée moi-même : d’innombrables romans (évidemment), particulièrement ceux de Christian Bobin et de Adrian Plass, qui ont marqué ma vie de manière significative. Mes préférés de Bobin : « L’homme qui marche », « La folle allure », « Le Très-Bas ». De Plass : « Le journal intime d’un chrétien chaotique », « Blind spots in the bible : puzzles and paradoxes that we tend to avoid ».

Du côté « roman d’amour », ma préférence va sans hésiter à Cecila Ahern, dont j’ai dû lire absolument chaque livre, tellement je l’adore. (Le plus célèbre, surtout à cause du film, c’est sans doute : « Ps : I love you ».

Ensuite (j’ai un peu hésité pour savoir si je devais l’avouer ici), il y a eu les romans « 50 shades » de E.L. James aussi. Non pas qu’ils aient marqué ma vie de façon durable, mais au milieu des couches, de vomis de bébé, d’heures de sommeil manquantes et d’épuisement maternel, ces bouquins érotiques ont été une véritable bouée de sauvetage pour ma libido… (Jérémie n’était pas mécontent, en tout cas !)

Depuis 7 ans environ, il y a aussi ma nouvelle copine (elle ne le sait pas – mais pour moi, c’est bien ce qu’elle est !) Tsh Oxenrieder qui change ma vision du monde ! J’avais commandé son livre « At home in the world » à l’aube de notre tour du monde, avec nos 3 enfants, en 2017. Elle avait écrit un livre sur son expérience similaire – et je lui dois énormément quant à la préparation mentale de cette aventure ! Depuis, je lis chaque vendredi son « mail de la semaine » et j’ai lu plusieurs autres de ses livres (Par ex. : « Notes from a blue bike – the art of living intentionally in a chaotic world »). Elle organise en plus des voyages culturels, où elle mêle les plaisirs touristiques à des visites guidées. Mon rêve ! (Elle a vécu plusieurs années en Turquie – elle sait ce que c’est, qu’une vie d’« expat », et m’a souvent fait rêver en décrivant ces « réalités d’ailleurs ».) Mais pour financer un de ces voyages, il faudrait que je mette sérieusement des sous de côté… Qui sait ? Peut-être pour mes 50 ans ?

 

Pour la deuxième catégorie, celle de livres que « je dois à quelqu’un », il m’est juste impossible de nommer les coups de cœur sans mentionner également les personnes qui m’ont fait le cadeau de ces lectures !

La liste sera longue, tu verras – et certainement que mon petit cerveau a encore oublié plein de livres délicieux (et donc des personnes précieuses à l’origine de ceux-ci…). Je m’en excuse d’avance, si ça sera ton cas !

 Pour commencer, je cite Claudia, mon ancienne voisine adorée, avec qui on partageait le même congélateur au garage, dans notre petit immeuble à Corbières. Un jour, en ouvrant le bac du haut de ce-dit congélateur, j’y ai trouvé un joli cadeau emballé. C’était un clin d’œil de notre amie : un livre, emballé tout beau, tout joli, et planqué à côté des glaces et des légumes surgelés. (Claudia : toi, tu sais pour qui étaient les glaces et pour qui étaient les légumes, chez les Valiton…)

Le livre incroyable qu’elle nous avait offert de manière aussi originale s’appelait : « Le charme discret de l’Intestin », écrit par Giulia Enders. Cette auteure fait partie des rares personnes qui arriveraient à me fasciner en me parlant du fonctionnement d’un piano ou de la mécanique d’un roulement à billes. Peu importe ce qu’elle t’explique, tu comprends ce qu’elle te dit. Et en plus, elle te fait rire en te décrivant des concepts très théoriques. J’adore. Un autre de tes livres, Claudia (que je dois te rendre encore, d’ailleurs) : « Devenir » de Michelle Obama. Je l’ai littéralement dévoré. Il a changé ma vision du monde, et particulièrement des questions autour de la couleur de peau. Si même elle, en tant que femme du président (à l’époque), elle dit qu’encore aujourd’hui, quand elle rentre dans une pièce, son premier réflexe est de scanner les gens pour voir si elle est « la seule noire »… J’ai compris qu’on ne pourra jamais totalement s’imaginer l’ampleur de cette question, quand on est né avec une peau blanche.

 

En restant un peu sur mes amis de cet immeuble à Corbières, comment ne pas citer tous les livres majestueux qui trônent dans notre bibliothèque, d’un certain monsieur Gérard Jaeger, historien, essayiste, poète et reporter (ainsi que le décrit Wikipedia), et avec qui nous avions l’honneur d’être voisins de palier ! Un immense merci Gérard et Béatrice, pour tout ce que vous nous avez offert, non seulement au travers de vos livres, mais également au travers de votre amitié si précieuse au fil de toutes ces dernières années ! C’est passionnant, de vous côtoyer ! Les livres qui m’ont le plus marquée sont : « Hong Kong », « Il était une fois le Titanic », « Indiscrétions d’atelier » et Jérémie a avalé d’une traite « Les Poilus – survivre à l’enfer des Tranchées 14-18 » et « Ella Maillart ou la grande traversée », pour n’en citer que certains.

 

Monique, notre amitié a vu le jour autour d’une discussion sur Christian Bobin, dans ce petit restaurant, en Espagne, il y a plus de 20 ans. Tu es la première personne que je connais qui partage avec moi l’amour de son écriture. Nos échanges autour de ce monsieur sont au moins aussi délicieux que notre paella, suivie de la crème catalane !  Tu m’as offert par la suite un autre coup de cœur : « Ce lien qui ne meurt jamais » par Lytta Basset. Elle y raconte la mort de son fils, qui s’est suicidé.

 Chloée aussi, tu m’as offert un de ses livres (de Lytta Basset) « La sainte colère » pile au moment où j’en avais besoin. Mon mari venait de se faire licencier (à la Ligue) et ce livre est venu m’accompagner dans mes heures de digestion de l’injustice. Monique et Chloée, je vous dois indirectement la formation que je suis en train de faire avec cette grande dame. Du nectar à l’état pur. (Formation en Accompagnement Spirituel- AASPIR). « Merci » n’est pas suffisant pour exprimer ma reconnaissance.

« Tout le bleu du Ciel », de Melissa Costa, c’est également à toi, chère Chloée, que je le dois. Merci d’avoir pensé à moi – qui suis touchée de près par cette question de démence.

Annette, ma chère sœur, j’aurais pu commencer par toi, évidemment. Les livres qui me proviennent de toi, je ne saurais même pas les énumérer. Nous filer nos coups de cœur est devenu un rituel, comme boire un thé ensemble. D’ailleurs, mon amour pour Adrian Plass, c’est à toi que je le dois, après réflexion ! En effet, quand j’étais malade, petite, tu me lisais des livres entiers pour me faire passer le temps ! Je chéris chaque souvenir de fou-rire qu’on a piqué ensemble, chaque larme versée autour de ces mots si délicieusement tournés. Aussi avec les livres de Ephraim Kishon. Tu te rappelles de la phrase : « Der Kopf hing aus dem Fenster, und die Zunge aus dem Mund heraus. Es schien ihm nicht sehr wohl zu sein. » ? Je me marre encore en m’imaginant la scène !

Un de tes livres plus récents que j’ai envie de citer : celui de ce SDF qui a été sauvé par un chat dans les rues de Londres. James Bowen, avec « Un chat des rues nommé Bob », décrit son histoire super touchante !

Lena : j’adore tes romans historiques que tu me prêtes, comme celui de Victoria Hislop : « L’ile des oubliés ». J’étais loin d’imaginer que la lèpre existait encore en Europe au 20e siècle, et encore plus loin d’imaginer que des gens avec cette maladie avaient été isolés sur une île en Crête pour y mourir, jusqu’en 1957 ! Quand je disais que je m’instruis tout autant, si ce n’est plus, avec des romans… Avec tes origines nordiques, tu m’as également fait découvrir des sagas suédoises, peuplées de créatures mystiques et d’histoires rocambolesques. Délicieux ! Mais évidemment qu’à côté de ces romans, les livres qui te ressemblent le plus et que j’ai découverts grâce à toi, ce sont ceux qui parlent éducation : par exemple, « Parler pour que les enfants écoutent, et écouter pour que les enfants parlent. » de Adèle Faber et Elaine Mazlish. Un must-read pour tous ceux qui côtoient des enfants de près ou de loin !

Véronique : quel bonheur, de lire les livres de ta jeunesse, au Québec ! Je me suis plongée dans des univers totalement inconnus grâce à toi, avec des romans de la pré-histoire, comme « Maïna » de Dominique Demers, ou des histoires de pionniers qui ont traversé l’océan pour aller peupler le nouveau monde. « Jeanne, fille du Roy », de Suzanne Martel m’a fait découvrir la beauté des grands espaces canadiens et leur histoire. Tu m’as également fait voyager sur d’autres continents, avec les livres émouvants de Khaled Hosseini : « Les cerfs-volants de Kaboul » et « And the mountains echoed » qui se passent en Afghanistan.

Heidi et Christian : j’adore zieuter votre bibliothèque, à chaque fois que je viens chez vous. Et même aux toilettes, on découvre des bouquins passionnants ! Celui qui m’a touché particulièrement, c’est celui de Nadia Bolz-Weber, cette pasteure et théologienne luthérienne (tatouée de partout) qui a fondé la « House for all sinners and saints ». J’ai adoré son bouquin : «Accidental saints : finding God in all the wrong people” !

Alexine : je ne suis pas sûre que tu m’aies parlé de Brene Brown en premier, mais en tout cas je sais que ses bouquins trônent dans votre salon et que tu représentes pour moi l’illustration-même de son message à l’humanité. Oser se montrer vulnérable – le chemin de toute une vie pour l’apprendre. Merci pour cette source d’inspiration que tu es pour moi ! C’était également Michael et toi qui m’aviez suggéré le fameux livre « Where the crawdads sing » (« Là où chantent les écrevisses »), de Delia Owens. Un joyau parmi les romans ! Une véritable ode à la nature, et plus particulièrement aux marais. (Le film n’est pas mal non-plus.)

Karin, le livre qui m’a le plus marqué de toi : « N’oublie pas les chevaux écumants du passé » de Christiane Singer. Quelle femme ! Merci de m’avoir fait goûter à son écriture. C’est également toi qui m’as fait découvrir notre cher Joël Dicker, en me filant « Le livre des Baltimore », au lieu d’aller directement le poser à la boîte à livres. Je me suis régalée.

Salomé Z. : tu m’as offert, quelques années plus tard « La Vérité sur Harry Quebert » (qui fait partie de la même trilogie que celui cité juste ci-dessus, de Dicker), et il m’a volé tellement d’heures de sommeil que je t’en ai presque voulu… ;-) Merci pour cette dédicace si motivante que tu m’avais écrite derrière la couverture : « Je t’envie de pouvoir le lire pour la première fois. » Quoi de plus invitant pour plonger la tête la première dans une histoire ? (J’espère qu’un jour, tu auras du plaisir à te plonger aussi dans le monde de « Outlander » ! Mais pas de stress ! Tu auras bien d’autres choses à faire, ces prochains temps, toi qui vas devenir Maman pour la 2e fois aujourd’hui… J’ai des larmes aux yeux en écrivant ça !)

Spéciale dédicace pour toi, chère Salomé Z. !

Tamara, tu m’as refilé une pile entière de livres du Dr. Henri Joyeux que je connaissais déjà depuis ma jeunesse. Je ne les ai pas encore tous lu, mais c’est à tous les coups de la lecture passionnante et enrichissante. Je viens de lire sur plusieurs mois celui dont j’avais besoin, en lien avec mes craintes sur la démence : « Tout savoir pour éviter Alzheimer et Parkinson – la voix rassurante du Professeur Joyeux. » Et bien sûr, tu es l’ambassadrice par excellence du livre « Les 5 langages de l’Amour », de Gary Chapman ! Un bijou, aussi, celui-là ! Mais mon coup de cœur absolu que j’ai découvert grâce à toi, c’est « Une rose et un balai – Petit traité de sagesse d’un balayeur de rue » de Michel Simonet, qui a œuvré durant 40 ans pour la propreté des rues de Fribourg, alors qu’il avait un doctorat en théologie en poche. J’adore comme il décrit qu’au début de sa « carrière », peu après avoir obtenu son doctorat, des connaissances de l’université s’arrêtaient parfois dans la rue et lui disaient d’un air consterné : « Mais qu’est-ce qui s’est passé pour que tu finisses là ? » A quoi il répondait : « Mais je ne finis pas là, je viens tout juste de commencer ! » Son deuxième bouquin, « Un couple et sept couffins » est également très touchant. Il y relate son histoire de famille nombreuse, toujours en lien avec son métier atypique. A recommander !

Muriel : hormis notre amour commun pour Bobin (et les nombreux livres que je dois encore te rendre de lui), tu m’as prêté une autre merveille : « Mille petits riens » de Jody Picoult. L’occasion de se plonger dans l’univers d’une infirmière noire, qui a le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Un jeune couple de néo-nazis perd leur bébé à la maternité et se met en tête que cette pauvre femme l’a volontairement tué. Un monde totalement inconnu jusqu’alors pour moi, celui du néo-nazisme. Une fin de l’histoire très touchante- mais je ne vais pas le spoiler, au cas où quelqu’un ici aurait envie de le lire un jour !

Joane : merci pour ton livre « Respire », de Maud Ankaoua. Une bouffée d’oxygène, comme le titre le promet ! J’ai recopié plein de ses citations dans mon journal – et j’adore son message principal : le plan est toujours parfait. Te côtoyer, avec ta joie de vivre et ton rire si communicatif, c’est une belle preuve « que le plan est parfait » ! Merci ma Belle, pour ce clin d’œil du Ciel ambulant que tu es !  

Raphaelle, ta maman et toi, vous faites partie de mes recommandatrices de livres préférées ! Toujours des valeurs sûres ! Je vous dois entre autres : « Et au centre bat le cœur », du chirurgien cardiaque suisse, René Prêtre. J’ai adoré son parcours de vie, notamment le détail où il décrit que son inscription en médecine était un peu due au hasard, tellement il s’y était pris à la dèr’ pour l’inscription (situation avec laquelle je peux tout à fait m’identifier aussi…). Il y décrit également que sa capacité à travailler sur de tout petits cœurs lui venait en partie de sa jeunesse, où il bricolait toujours autour de la ferme, sur des moteurs de tracteurs et d’autres engins, où il fallait faire preuve de minutie. Passionnant, comme destin ! Non ?

C’est également toi, Raph, qui m’a prêté « Soul Force », terme utilisé par Martin Luther King dans un de ses discours qui donnent la chair de poule. Ce discours à lui seul mériterait une fois un article entier. (J’y réfléchis pour la suite.) Sache que cette force de l’âme, elle se dégage naturellement de ta personne et en plus, tu fais appel à cette force dans les gens qui te côtoient ! Je me sens toujours édifiée et encouragée à tes côtés !

Mis à part des bouquins inspirants, je te dois aussi la découverte de l’application « Lectio 365 » qui m’a permis de renouer avec ma lecture de la Bible (laissée un peu de côté, pendant une dizaine d’années). Cette manière d’appuyer sur « play » sur mon téléphone, et d’écouter la médiation du jour sur mon vélo, en me rendant au travail, c’est devenu source de grand plaisir pour moi ! Mille mercis !

Nath : j’adore échanger avec toi des romans qui se déroulent en Italie, avec un zeste de limoncello, beaucoup de chaleur, un brin de romantisme à l’italienne, des vespas à tous les coins de rue, et évidemment, de la musique de Adriano Celetano entre les lignes. Sans oublier la mer, évidemment. Des vacances, ça n’a jamais fait du mal à personne ! Si ça vous tente, ça s’appelle : « Ciao Bella », ou « Mamma Mia », de Serena Giuliano. Un bol d’air frais (ou chaud, plutôt).

Patricia, j’attends toujours que tu me prêtes « La chambre des merveilles » de Julien Sandrel - ton 1er livre que tu as lu de A à Z, « volontairement » ! Je me réjouis de le lire !

Un coup de cœur tout particulier, c’est le tien, Nao : tu as été bien patiente avec moi, car tu m’avais offert « Derrière ton sourire » il y a deux ans au moins. Aucune idée pourquoi – mais ce livre est resté deux ans dans ma rangée de droite, dans l’armoire (livres non-lus). Apparemment, ça ne devait pas encore être le bon timing pour moi – le fameux « kairos » dont on parle souvent dans ma formation. Mais ce printemps, en rentrant de la comédie musicale « Gladys Aylward », je me suis rappelé que c’était la même auteure, Marjorie Waefler, qui avait écrit ce fameux livre. Elle y parle de son fils, qui souffre du trouble désintégratif de l’enfance (une sorte de démence infantile). Un coup de poignard dans le cœur, raconté avec beaucoup de doigtée et de tendresse, et même, si j’ose dire, avec de la légèreté ! Merci Nao de m’avoir enrichie de cette lecture. Et merci à cette Marjorie qui a su si bien décrire le parcours de vie de leur famille, avec un enfant différent. Une ode à la vie, qui encourage à embrasser pleinement les gens tels qu’ils sont, et non comme on voudrait peut-être qu’ils soient (et aussi, à embrasser la vie, telle qu’elle est, et non comme on voudrait peut-être qu’elle soit)…

Joël Bussy : comment ne pas citer tes délicieuses BD « Sam et Salem », ainsi que tes « Méditations humoristiques – Pour un monde meilleur » que tu viens de sortir ? Un délice, de côtoyer ton monde intérieur – qui porte un regard si doux et si juste sur le monde extérieur !

Diane Brocard, toi qui accompagnes mes heures libres ces jours (sauf quand j’écris) avec ton magnifique livre « Reste assise sur ta chaise, respire et sois heureuse ». Quel privilège, de lire un bouquin de quelqu’un qu’on connaît (ou : croit connaître !) depuis des années ! C’est un magnifique cadeau que tu offres au monde en décrivant ta vie, cette belle « dianerie » ! J’ai adoré la liberté que tu prends de dire que ton bouquin, il sera inclassable, et que les libraires auront bien de la peine pour savoir où le ranger ! J’adore !

Laure Brienza, ton livre : “Miracle après l’épilepsie - Une nuit sans lune” vient de sortir (il y a 6 jours) ! Je n’ai pas encore eu l’occasion de me le procurer, mais les quelques extraits que j’ai pu glaner par-ci, par-là (sur FB) étaient TRES prometteurs ! J’ai hâte de me plonger dans ton récit de vie, et dans ce témoignage de guérison ! (Je me souviens notamment de ta phrase : “Ce n’est pas parce que j’ai été guérie que j’en oublie les malades.” WOW ! Touchée en plein coeur !)

Lytta - toi qui ne liras jamais mon blog - mais dont je reçois tant de bons conseils de lecture durant mes week-ends AASPIR : je viens de terminer celui de Viktor E. Frankl, ce psychiatre juif (autrichien), qui a survécu aux camps de concentration, mais y a perdu ses parents et sa femme qui était enceinte. Son livre, “Découvrir un sens à sa vie” relate de manière authentique et simple ses expériences dans les camps de travail. Il s’agirait dun des 10 livres les plus influents d’Amérique. Pour moi, ça aura été mon tout premier livre sur ma liseuse. Je m’en souviendrai encore longtemps !

Last but not least : cette liste ne serait pas complète si je n’adressais pas un immense MERCI en lettres capitales à Hélène Bonhomme, ainsi qu’à ses chroniqueuses incroyables qui rédigent des pépites d’or sur le site “Fabuleuses au Foyer”. D’ailleurs, il me semble que c’était toi, Guylène, qui m’en avais parlé la première fois, il y a une dizaine d’années, lors d’une promenade à Sauvablin ! Combien d’heures de lectures réconfortantes, de jour comme de nuit, j’ai passé sur ce site - et dans les livres publiées par Hélène également. On y trouve absolument tout ce qui touche à la femme, de près ou de loin ! (Qu’elle soit mère ou non, d’ailleurs !) Une vraie caverne d’Ali Baba !

 Et enfin, j’en arrive à la 3e catégorie : les livres « qui m’ont choisie » ! Ce sont ces livres qui viennent à nous, sans qu’on ne les cherche. Je suis sûre que tu vois de quoi je parle ! Mais rassure-toi : au vu de la longueur de cet article, je vais me contenter de te parler de 3 petits coups de cœur :

 

Le premier qui me vient, c’était dans cet hôtel à Morschach (Swiss Holiday Park) où on avait fêté les 70 ans de ma Maman (en juin 2016) avec tous mes frères et sœur, et tous nos enfants. C’était à peine deux mois après le décès de mon Papa. Le livre qui m’a alors sauté aux yeux dans la boite à livres du séjour s’intitulait « Der Sommer in dem es zu schneien begann » (L’été où il s’est mis à neiger). J’ai su immédiatement que ce livre était pour moi, car ce titre me rappelait ce fameux 18 avril si particulier, où mon Papa avait fermé les yeux et où on a ouvert les nôtres, le matin, sur un paysage enneigé, malgré la saison déjà avancée. Je me souviens très bien de la sortie de Jeanne (ma fille, qui avait alors 5 ans), lorsqu’elle a vu cette épaisse couche blanche qui recouvrait absolument tout, à perte de vue : « On dirait que le printemps a été se coucher. » Ce roman a été pour moi un cadeau du Ciel, dans cette période de deuil si particulière.

Un autre de ces livres « coups de cœur » s’est présenté à moi au restaurant Va Piano, à Fribourg. J’avais été m’y réfugier avec la poussette et mes 3 enfants en bas âge, lors d’une averse inattendue. Installée devant une tasse de thé fumante, les loulous occupés au coin enfants, j’ai parcouru les livres qui décoraient le coin lounge. Comme tu peux l’imaginer, la lecture constituaient un véritable luxe pour moi, durant ces années où les enfants étaient petits. Je ne pouvais me permettre uniquement quelques miettes par jour, tant le jonglage avec les tâches du quotidien était énorme. Cependant, ce titre-là : « Le Dieu de Jésus », s’est imposé à moi, telle une évidence. Impossible de le laisser dans ce restau – où de toute manière jamais personne ne l’ouvrirait… (Par acquis de conscience, j’ai tout de même été demander l’autorisation du barman avant de l’emporter. Avec un titre pareil, il a dû se dire que de toute manière, ça n’intéresserait pas grand monde.) Jacques Duquesne, l’auteur du livre, est devenu pour moi une véritable source de consolation, sur tant de sujets de la foi que je n’arrivais pas à concilier avec ma logique. Quel bien ça fait, de lire des réflexions de quelqu’un qui lutte/a lutté avec les mêmes questions que soi ! Notamment son chapitre : « Dieu n’est pas l’assassin de son fils » m’a mis du baume au cœur. J’ai commandé plusieurs autres livres de ce Duquesne par la suite. Merci à cette averse imprévue, qui m’a permis de faire la connaissance de cet auteur !

 

Et le dernier livre avec lequel je clos cet article s’intitule : « The Bee-keeper of Aleppo ». Il s’est présenté à moi dans une caisse verte, à la bibliothèque de Bulle, où il était écrit dessus : « Servez-vous ! » En général, pas l’endroit où l’on rencontre les livres les plus alléchants. Celui-ci pourtant était un véritable coup de foudre ! Christy Lefteri a réussi à ouvrir mes yeux sur la réalité bouleversante des réfugiés. Et qui sait ? Peut-être que ce livre a été une sorte de poteau indicateur pour nous, considérant le fait que Jérémie s’occupe aujourd’hui d’un centre pour réfugiés ?

 

En guise de conclusion, je te retourne tout logiquement ma question : et toi ? Tes coups de cœur ? Tu voudrais bien m’en partager quelques-uns ? Et pourquoi pas me préciser dans laquelle de mes catégories tu les classerais ? Je serais ravie de te lire !

 

 

Les livres, ces amis (1ère partie)

Si tu lis ces lignes, j’ai l’impression que je ne m’avance pas trop en disant que toi et moi, on partage un goût commun : celui de la lecture. Ou alors, c’est que tu m’aimes vraiment beaucoup ! (Dans quel cas, je te remercie encore plus, de me lire !)

Depuis quelques jours, j’ai un nouveau meuble dans mon salon qui me change la vie ! Grâce à lui, j’ai le sourire scotché aux lèvres, dès que je descends les escaliers le matin. Tu l’auras deviné : il s’agit d’une bibliothèque ! La voilààà :

En-bas à gauche, c’est pas un livre, mais un calendrier de l’Avent si jamais. :-)

L’idée m’est venue il y a 2 semaines, lorsque j’ai passé une heure à chercher furieusement un livre à la cave ; livre qui se cachait dans un des quatre cartons de bananes remplis de livres. En effet, depuis qu’on a emménagé dans la maison (anciennement de mes parents) en 2016, je n’ai jamais trouvé le moyen de sortir ces fidèles compagnons. Probablement, parce que ce n’était pas la bonne phase de vie pour le faire – avec l’âge encore jeune de mes enfants.

Maintenant que le dernier a eu 4 ans, je me sens gentiment prête à sortir la tête de l’eau, et avec ça, une envie de m’attaquer à tous ces mille et une choses qui étaient simplement en stand-by, ces 12 dernières années. Comme par exemple, m’acheter une belle grande bibliothèque pour y afficher fièrement nos livres préférés.  Ma sœur, qui est venue admirer ce nouveau bijou parmi mes meubles, l’a formulé de manière très jolie : « Hein dit ? C’est un peu comme être entourée de vieux amis. » (Elle m’a fait remarquer par la suite que cette idée n’était pas d’elle, mais de Louisa May Alcott qui a écrit « Les 4 filles du Docteur March ».)

Je suis consciente que cette notion de « livres – amis » n’est pas une réalité pour chacun. Je ne le vois que trop bien dans mon métier d’enseignante : pour beaucoup, la lecture représente une véritable torture – ou du moins, un « mal nécessaire que l’école nous impose ». Je n’ai pas de conseil à offrir à ces gens-là. Mais par contre, je ressens un pincement au cœur pour eux – de ne jamais avoir goûté à ce profond bonheur de s’enfoncer progressivement dans une histoire qui vient nous transformer tout doucement de l’intérieur, et dans laquelle on aspire y retourner aussi vite que possible ! Car pour chaque livre, c’est bien de ça qu’il s’agit : d’une histoire ! Même les livres dits « instructifs » (terme qui me fait sourire, car pour moi, les romans m’instruisent tout autant, si ce n’est plus, qu’un livre « théorique » !)

Cette histoire (de chaque livre, comme je disais donc) m’est racontée par l’auteur, rien que pour moi, ici et maintenant, quand je le choisis, pour aussi longtemps que je le choisis, dans un espace-temps privilégié, comme dans une sorte de tête à tête avec lui. « Celui qui lit n’est jamais seul. » a dit Helder Simone. En effet, je me sens accompagnée par le livre qui me nourrit.

 Pendant des années, j’étais frustrée de l’incapacité de mon homme de tenir une conversation intéressante au volant. Même si notre route nous emmène à des milliers de kilomètres en vacances, son réflexe naturel et protecteur, c’est d’être à 100% concentré sur la route. Point. Du coup, nos sujets de discussions ressemblaient souvent à : « C’est quand que j’aurai une “Merce” comme ça ? » (pour rire) - ou « Mais quel c*** ! Il m’a coupé la route !! » etc. (Chez vous, ça n’arrive jamais, ce genre de conversations, j’en suis sûre !) ;-)

Au fil du temps, lorsque j’ai réussi à identifier mon besoin, dans ces situations, je lui ai demandé si on ne pouvait pas éventuellement parler de choses un peu plus édifiantes. Pour être encore plus concrète, je lui ai dit qu’il pouvait à tout moment m’interroger sur le livre que j’étais en train de lire, par exemple.

« Qu’est-ce que tu lis, en ce moment ? » C’est devenu ma question préférée parmi toutes ! J’adore raconter à quelqu’un ce que je suis en train de lire – de comprendre – de découvrir – de savourer – ou des fois, ce avec quoi je lutte – que je ne comprends pas – ou ce avec quoi je suis en total désaccord aussi !

Et bien entendu, ça va dans les deux sens : j’adore aussi entendre ce que lui est en train de lire, ce que ça lui évoque, ce qu’il en pense. (Petite parenthèse : mon homme est devenu lecteur qu’à l’âge adulte - mais il a bien rattrapé son “retard” en la matière. Il a été impressionné par Philippe Joret qui dit que dans 5 ans, nous serons la somme des gens que nous aurons côtoyés et des livres que nous aurons lus !)

Alors voici ma question pour toi aujourd’hui : « Qu’est-ce que toi, tu lis en ce moment ? » Même si ce n’est rien de transcendant, ça m’intéresse !

Je serai ravie si tu m’en parlais – soit dans les commentaires ci-dessous, soit par message privé ! Et dans un 2e article qui paraîtra prochainement, je te ferai part de la suite de mes réflexions sur ce sujet, et te partagerai quelques coups de coeur. Alors à tout bientôt ! Et n’oublie pas de me parler de tes lectures !

Ps : Pour la petite histoire : ne va pas t’imaginer que depuis ma prise de conscience, on partage toujours des discussions profondes en voiture ! La plupart du temps, quand mon homme est au volant, je suis… plongée dans mon livre ! ;-)

Coup d'oeil dans le rétro

D’habitude, c’est plutôt autour de Nouvel-An, qu’on fait ce genre d’exercice mental. C’est en tout cas la question fétiche de Jérémie (mon mari), à chaque fête ou apéro du mois de décembre : « Quel était le meilleur moment de votre année ? »

Cette fois, l’envie me prend en été. Peut-être parce que je suis prof, ou parce que j’ai mon anniversaire en juin ? Dans tous les cas, j’ai l’impression qu’une page se tourne, et j’ai donc décidé de te brosser ici un tableau de ce à quoi a ressemblé mon année écoulée. Qui sait ? Peut-être que cela t’incitera à réfléchir à ce qui aura marqué la tienne ?

  

Alors – voici 10 éléments phares de mon année. (Au cas où tu n’aurais pas le temps ou l’envie de lire tous les points : attarde-toi au moins vite au point 4 : qui sait, peut-être que ces infos pourraient te servir un jour ?) 

 

1. L’année de mes 40 ans ! Pour fêter ça dignement, j’ai choisi de ne pas m’infliger une grande fête où l’on invite plein de monde, et où l’on reste sur sa faim, parce qu’on n’a pas parlé avec la moitié des invités. Sans parler du boulot de louer un local et de le rendre en état le lendemain… L’idée de ce fameux « Noël Covid » (2022), où l’on ne devait pas être plus que 10 personnes, m’a finalement assez plu, et c’est sur cette base que j’ai conçu spécialement la fête de mes rêves. Ou plutôt : les fêtes, parce qu’il y en a eu 4 - une par saison ! Par un doodle, les gens (4 x 10 personnes) se sont inscrits à la journée qui leur paraissait la plus intéressante pour eux. En hiver, descente de luge à Charmey, au printemps, un pique-nique à Goya Onda (au bord du Lac de la Gruyère), en été, une petite marche autour du lac de Lessoc, et en automne, j’ai laissé carte blanche aux invités pour m’organiser une journée de leur choix. J’ai été gâtée : bains thermaux, dîner au resto (chasse) et cours de poterie l’après-midi !

J’ai adoré ces 4 saisons de mes 40 ans ! (Modèle testé et approuvé : si tu veux piquer l’idée – elle est à toi !)

 

2. Mon échappée en Egypte – mais ça, je t’en ai déjà parlé. Je tiens quand-même à préciser que ce que je retiens le plus de ces vacances, c’est que je sois une « deep water diver » diplômée à présent ! Et j’ai hâte d’aller explorer d’autres mers, d’autres horizons, avec cette nouvelle compétence acquise !

 

3. L’année scolaire où j’ai eu le plus d’élèves ! 27 dans les deux classes, pour être précise… ça en fait, des pages à corriger… des élèves à tenir en place… des troubles à prendre en compte… mais heureusement, aussi : plein de jolies personnes à découvrir ! On a quand-même eu le droit à une visite du grand Hugo Stern, chef du SEnOF (Service de l’Enseignement obligatoire de la langue Française) et de l’inspecteur de l’arrondissement, pour venir nous écouter sur les défis d’enseigner dans ces conditions. L’effectif élevé d’élèves étant une chose, mais le nombre ahurissant d’élèves à (grandes…) difficultés, une autre ! Ouf, l’ouverture d’une nouvelle classe pour l’année prochaine nous a été accordée. Et si j’ai tenu le coup à l’école, cette année, c’est en grande partie grâce à la super collaboration avec mes collègues en OR ! On forme une équipe de choc !

 

4. La gale, la gale, la GALERE !!! Toi aussi, tu classais la gale plutôt dans les maladies moyenâgeuses ? Bienvenu dans le club. Alors tu imagines ma surprise, quand la pédiatre m’a répondu avec un air dubitatif : « ah non, Madame… ça, c’est pas des boutons de moustique. Ça, c’est la gale ! » J’avais bien remarqué que 2 de mes enfants avaient des drôles de « piqûres » sur le torse. J’avais simplement cru qu’ils s’étaient fait dévorer, comme ça arrive chaque été. Là, c’était en novembre. C’était tout de même un peu étrange… Quand ça a commencé à ME gratter, j’ai flippé – d’où mon passage en urgence chez la pédiatre avec l’un de mes loulous, jour J du fameux diagnostique.

Par contre, ne me demande pas OÙ est-ce qu’on aurait pu l’attraper, parce que j’en ai aucune idée ! En plus, ça prend entre 5 et 7 semaines d’incubation : vas-y pour retracer les contacts (même rapprochés) que chacun de tes enfants aurait pu avoir ! Le fait est que cette sale gale s’est installée chez nous, et qu’après des semaines et des semaines de lessives vertigineuses et de planquages de doudous, de tapis, de coussins de canapés, de couvertures et j’en passe, à la cave, dans des sacs fermés, cette saloperie continuait à refaire surface… (Vous n’imaginez même pas ma panique, toujours actuelle, quand un de mes enfants me dit : « J’ai quelque chose qui me gratte. ») Heureusement, on a fini par avoir l’avis de l’infirmière de l’ORS (organisme qui s’occupe des réfugiés – j’y reviens, dans un instant) qui nous a informés gentiment que la fameuse pommade de la pédiatre était très bien, certes, mais qu’il fallait accompagner ce traitement par l’ivermectine, qu’on prend par voie orale. Ah ben voilà ! Fallait nous le dire plus tôt ! En 2 temps 3 mouvements, cette gale est repartie de notre foyer aussi rapidement qu’elle s’y était installée (3 mois auparavant). Ce que je retiens de cet épisode, c’est l’espèce de honte qui accompagne ce fléau. Tu t’es déjà entendu dire : « C’est bon ! J’ai pas la gale ?! » Sauf que là, en fait, si. Tu l’as. Et tu ne peux pas en vouloir aux gens, de faire un pas en arrière, dès qu’ils le savent ! Je retiens également les heures et les heures de boulot engendrées par ces lessives excessives. Le découragement, à chaque fois qu’on se disait : « C’est reparti pour un tour… ». Ma conclusion de tout ça, c’est que la gale est une maladie qui s’attaque directement aux NERFS !!! Et pas sûr que ça soit uniquement au sens figuré…

 

5. ORS, parlons-en : Jérémie a accepté un poste à 70% comme responsable de foyer pour requérants d’asile, à Fribourg, depuis le 1er février. (Non non, la gale, ce n’était pas de là ! Il s’agissait peut-être d’une sorte d’épreuve préparatoire, qui sait ?) En tout cas, sacré choc culturel pour mon homme, après ses 9 ans dans l’hôtellerie ! (D’ailleurs, il a gardé son poste à l’Ecole Hôtelière de Montreux, à 30% encore.) J’avoue que les mois de février, mars, avril ont été chauds chauds, en termes de remises en question, mari sur les rotules qui devait jongler entre 2 postes en pleine transition, insomnies, craintes face à la violence rencontrée à sa nouvelle place de travail, etc. Le tout s’est calmé depuis, les quelques personnes qui causaient le plus de remous ont soit été déplacés vers d’autres foyers, soit mis en prison. Le taux de stress est également descendu à la maison, alors que Jérémie continue de trouver ses marques dans ce nouveau milieu, avec cette population aussi intéressante qu’attachante.

 

6. Pour se remettre un peu de cette période stressante, on a booké des vacances à Center Parc en Allemagne pour Pâques. Avant de partir, Jérémie me lance : « La seule chose que je vise pour ces vacances, c’est PAS DE STRESS ! ». Il a été servi, et au-delà de ses attentes ! Le jour même, on est tombés en panne sur une bretelle d’autoroute près de Strasbourg, et on a pu attendre non moins de 4 HEURES avant qu’une dépanneuse daigne venir nous remorquer… Tout ça, pour une question de TCS et de police qui se renvoyaient la balle parce que pour les uns, il s’agissait déjà de l’auto-route, pour les autres non, etc. En termes de “no stress”, on a eu notre dose.

Heureusement qu’il y a eu un ange tombé du ciel, un certain Maurice, qui a ralenti, pour savoir s’il pouvait nous aider d’une quelconque manière. On lui a répondu que non, mais que c’était gentil à lui d’avoir proposé. 20 minutes plus tard, le re-voilà, avec une boîte remplie de délicieuses pâtisseries alsaciennes, rien que pour nous ! Il a ensuite insisté pour attendre encore avec nous, jusqu’à ce que les secours arrivent. (Encore plus d’une heure, quand-même !) Des gens comme Maurice, ils font REELLEMENT la différence. Je m’en souviendrai toute ma vie.

 

7. Ensuite, un point que je vais juste mentionner sans pouvoir l’expliciter en détail : nous avons gagné 5 nouveaux neveux et nièces dans la famille ! Ils sont arrivés le 1er avril, et il ne s’agit nullement de poissons ! Pour une question de protection de vie privée, je n’en dirai pas davantage pour l’instant. Mais ne pas les mentionner n’aurait pas reflété un tableau complet de mon année incroyable écoulée… Et promis, un jour, je t’en dirai plus !

 

8. Cervin, Toblerone, Matterhorn : eh oui ! Nous avons été à Zermatt, afin que je puisse rattraper un certain retard patriotique… En effet, je culpabilisais un peu, d’avoir été aux quatre coins du monde, d’avoir traversé le Golden Gate, vu les chutes du Niagara, navigué en pirogue sur le Mekong, savouré les plages paradisiaques de Nouvelle-Zélande, admiré les éléphants au Laos, sans parler de tous les pays d’Afrique que j’ai eu la chance de visiter - mais de n’avoir jamais, ô grand jamais, été voir le fameux pic suisse qu’on voit sur toutes les cartes postales de Suisse. Eh bien, on s’y est rendus : on a pris des jours joker pour les enfants, Jérémie a pris congé, on a fait 2h30 de route pour l’aller, plus 1h de train pour monter depuis Zermatt (même nombre d’heures pour le retour, évidemment) – mais PAS DE CERVIN EN VUE ! La journée était pourtant assez ensoleillée, mais ce c*** n’a pas été foutu de sortir la tête des nuages (ni aucune autre partie de son corps, d’ailleurs) ! On est repartis bredouilles… en rigolant quand-même un peu de cette « sortie ratée ». Heureusement qu’on a pu acheter des cartes postales au moins. 

 

9. Un autre évènement qui nous a changé la vie, cette année, c’était l’adoption d’un petit chaton abandonné. Un vrai petit minou de ferme, avec un poids de plume, et une queue en panache, qui devait avoir 5 semaines tout au plus, selon le vétérinaire. De quoi tomber chamoureux ! C’était le cadeau promis pour les 9 ans de Sophie. Cadeau qui s’est miraculeusement multiplié à peine 10 mois plus tard, puisque Gypsy nous a pondu 4 merveilleux petits chatons ! 2 mâles, 2 femelles. L’équilibre familial était maintenu. Ces jours, on est déjà en train de leur dire au revoir, non pas sans pincement au cœur. Ces petites boules de poils nous ont apporté énormément de joie durant les dernières semaines. Nous sommes confiants qu’ils continueront d’en apporter à leurs nouveaux propriétaires.

 

10. Last but not least : Mercy Ships ! Ce dernier point m’amène à quitter du regard le rétroviseur, pour fixer la route devant moi. En effet, nous sommes en plein processus d’admission pour rejoindre une œuvre humanitaire à partir de l’été 2024. Il s’agit des bateaux « Mercy Ships », véritables « navires-hôpitaux » qui apportent des soins chirurgicaux aux plus démunis. Ce rêve a pris racine depuis quelques mois dans nos cœurs et c’est avec beaucoup d’émotion que nous avons décidé, tous les membres de la petite troupe, de nous lancer dans cette aventure qui durera 2 ans (durée minimale pour les familles à bord).

Pour te donner un chiffre qui m’a marquée : il y a 1 million de personnes dans le monde qui meurent chaque année du paludisme. 17 millions meurent pour cause de non-accès à des soins chirurgicaux ! Mercy Ships intervient autant pour les urgences (opérations orthopédiques, gynécologiques, ophtalmologiques et dentaires) que pour le développement durable, en formant du personnel local et en mettant sur pied des salles d’opérations dans les capitales. Une mission dure généralement 10 mois dans un même port.  

Pourtant, nous ne sommes pas dans le milieu médical : qu’allons-nous bien pouvoir faire sur ce bateau ? Eh bien, l’expérience que Jérémie a acquise dans le milieu de l’école hôtelière semble très appréciée à bord. Il a donc postulé pour « hospitality service manager ». Au vu du dernier entretien, tout semble se dérouler positivement, étant donné qu’ils auraient voulu nous engager direct pour le mois de janvier 2024. Nous avons poliment refusé en précisant qu’il est important pour nous de terminer l’année scolaire ici (autant pour les enfants que pour moi) !

Quant à la scolarité des enfants, il y a une école reconnue sur le bateau. Ils devront donc se mettre à l’anglais…

De mon côté, je sortirai d’une formation de 10 mois en « accompagnement spirituel », sous la direction de Lytta Basset ! (Je me réjouis tellement d’apprendre de cette femme que j’admire profondément.) Je pourrais m’imaginer mettre mes compétences de coach au service des gens à bord. Ou peut-être que je vais pouvoir servir de traductrice anglais-français. Ou encore de « French teacher », voire d’enseignante tout court. Tout est encore ouvert – je verrai sur place, une fois que les enfants seront un peu rôdés dans leurs classes respectives.

La perspective de quitter nos sécurités et tout ce qu’on connaît ici, pour une aussi longue période, s’accompagne évidemment aussi de stress intérieur.

Je me pose mille et une questions, sur comment on va survivre, dans une cabine à 6 (!?!), dans un environnement d’hôpital où tout est stérile (aucun animal à bord… nous, qui sommes fans d’animaux ! huhuuuu !), où l’on n’a pas le droit de se promener en tongs pour des raisons de sécurité (moi qui vis en tongs de mars à octobre…), etc. Une autre préoccupation que j’ai : comment je vais bien pouvoir me ressourcer en nature, dans un espèce de navire géant, amarré dans un port de capitale ? Même si je peux sortir du bateau, il me faudra un taxi pour m’emmener dans un joli coin, j’imagine ? Et les dangers, dans tout ça… ?

Quant aux enfants : est-ce qu’ils trouveront vraiment de quoi s’occuper sur ce bateau, sachant qu’on n’aura pas d’espaces de rangements pour embarquer beaucoup de jeux ? Pas de ludothèque à bord, pas de forêt tout prêt, et la piscine… comment dire ? Il y aura environ 1000 personnes à bord, et la piscine ne fait pas plus que 10m sur 5…

Ensuite, je me demande aussi comment je vais occuper mon temps, si je n’ai plus de courses et de repas à gérer – et comment je vais me ré-adapter à notre retour, après deux années entières où j’ai pu mettre les pieds sous la table sans me soucier du menu ? Bref : pour quelqu’un qui se considère assez “carpe diem”, je ne vis pas autant dans le présent que ça, au final…

Mais une parole prononcée par notre ami Pascal, au début de nos démarches, me revient régulièrement en tête dans ces moments : « ça sent bon la joie, ce projet ! » Cette phrase toute simple résonne fortement en moi. Il suffit que j’y repense pour arriver à mettre mes craintes un peu en sourdine, et à me fier à mon odorat. Effectivement, Mercy Ships, ça sent bon la joie !

 A toi, cher lecteur, chère lectrice : un immense MERCI d’avoir pris le temps de lire tout ce pavé ! Si tu me disais un peu ce qui se trame dans la tienne, de vie ? Est-ce qu’il y a aussi quelque chose qui sent bon la joie, pour toi en ce moment ?

L'année où j'ai jeûné du jeûne

Nous sommes mercredi 15 février, je n’entends rien d’autre qu’un chat qui ronflote quelque part et la grande horloge qui m’annonce avec chaque tic-tac que mon temps est compté. Dehors, il fait nuit, ce qui met parfaitement en valeur le joli croissant de lune à l’horizon.

Je me sens privilégiée de pouvoir t’écrire aujourd’hui. Non pas au sujet de la St-Valentin (mais si ça t’intéresse : on l’a passée à regarder un match de foot ! Bayern contre PSG – quand-même, Jérémie ne pouvait pas louper ça ! :-) Mais aucun problème pour moi : on se rattrape en allant au restaurant ce soir !)

Pile dans une semaine, nous fêterons mercredi des cendres, ce fameux mercredi 47 jours avant Pâques, qui marque le début du carême. Ceci me rappelle qu’il y a un an précisément, j’avais pris une décision un peu particulière : et si je jeûnais du jeûne ?

Il faut savoir que même si je ne suis pas catholique, le fait de me priver d’une chose ou l’autre durant ces 40 jours a souvent fait partie de ma vie. J’aime cette période où on se pose la question : de quoi vais-je me passer cette année ? De douceurs en général, de boissons sucrées, de chocolat, voire carrément de repas entiers ? Ou encore, de réseaux sociaux, de Netflix, de séries ? J’ai un petit sourire en coin en me rappelant mon amie Eugénie qui habitait au 4e étage de son immeuble et qui avait décidé de se passer de l’ascenseur durant 40 jours ! Pas facile à tenir, surtout quand on a juste oublié quelque chose en-haut, et qu’on est déjà en retard pour l’école…

Alors voilà : il y a un an, j’ai décidé d’essayer de ne jeûner de rien du tout ! Mais ce qu’il faut savoir, avant ça, c’est que cela faisait depuis notre voyage autour du globe (2018) que j’appliquais une discipline plutôt rigoureuse. Ayant appris au détour d’une conversation avec mon frère (Christian) qu’il jeûnait un jour par semaine, j’avais décidé d’en faire autant. Mes enfants savaient ainsi que le mardi, ils n’avaient pas besoin de me mettre une assiette lorsqu’ils mettaient la table. Je pratiquais aussi 5 jours par semaine le jeûne intermittent – ce qui consistait dans mon cas à ne rien manger le matin, jusqu’à midi. Et ceci, durant 4 ans, plus ou moins sans exception.

Du coup, il est peut-être compréhensible qu’en 2022, lorsque je me posais sincèrement la question : « de quoi vais-je bien pouvoir jeûner durant 40 jours ? », je me sois dit : « Tiens ! Si je jeûnais du jeûne, pour une fois ? ». Mais pour réellement voir si cela allait me manquer, je ne ferais pas uniquement 40 jours, mais une année entière !

Et me voilà arrivée au terme de cette expérience. J’avoue qu’il y eu des moments délicieux – ces instants où je me disais à chaque fois : « Ah, mais c’est bon, en fait ! Je peux manger ! Même le matin – wow… ».

Ou celui où mon mari faisait « janvier blanc », mais où je me tenais avec une discipline de fer au fait de ne PAS jeûner… C’était assez jouissif, j’avoue, de savourer mon petit verre de blanc, avec la fondue, face à mon homme qui crevait d’envie de faire « santé » ! ;-)

Le côté moins agréable, c’est peut-être la sensation d’avoir un peu perdu le sens de la maîtrise de moi. Comme si à un petit enfant, au magasin, on disait toujours « oui oui », je me sens un peu « pourrie-gâtée » par moi-même. Cela se fait aussi sentir quand je monte sur une balance (je n’y monte pas souvent, mais il me semble quand-même qu’elle affiche 1 ou 2 (voire 3 ?) kg de plus que l’année dernière…).

La conclusion de tout ça, c’est que je suis reconnaissante d’avoir fait l’expérience qu’il était bien sûr possible de ne se priver de rien, et de simplement vivre comme bon me semble, sans réfléchir. Que l’attachement au jeûne ne doit pas constituer un dogme en soi. Mais honnêtement, je me réjouis de mettre un terme à cette année où je me suis privée du manque. Car qui dit manque, dit aussi « joie des retrouvailles ». Il n’y a rien de plus délicieux que de rompre un jeûne, après une période de privation. Et mis à part ce moment-là, il y a aussi de la joie durant le manque, à me dire que je suis en train de muscler des parties invisibles de mon être.

Comme si la faiblesse physique renforçait quelque part mon cœur et mon âme. Je me recentre sur ce qu’il y a d’essentiel et me rappelle que « l’homme ne vivra pas de pain seulement ». Je me rends compte de ma vulnérabilité et de mon besoin de connexion profonde avec Celui qui donne la vie.

 Il y a aussi une part noble dans cet acte, lié à la solidarité. Wikipédia parle du jeûne de façon suivante :

 « Le jeûne ne prend pas toujours la forme de privation de nourriture, mais peut être plus large. Diminuer ou se priver représente un chemin de détachement et d'humilité qui permet de mieux prendre conscience de ce que tant d'êtres humains sur Terre vivent au quotidien, et de rester dans une attitude d'accueil : que le prochain en difficulté ne nous soit pas étranger. »

 

Enfin, sur une note moins philosophique, je trouve qu’il y a quelque chose de mentalement très déchargeant, les jours de jeûne. Je ne dois plus me poser la question : que vais-je bien pouvoir me faire à manger aujourd’hui ? C’est comme appuyer sur « pause », dans cette course effrénée du quotidien. (Quant aux enfants, c’est relativement simple de leur préparer une fois par semaine un repas vite-fait bien-fait, que je n’aurais pas autrement plaisir à avaler…)

 Cette année, je ne sais pas encore de quoi je vais jeûner. (Peut-être de matchs de foot ? :-)) Il me reste encore une semaine pour le décider. Mais je me réjouis de replonger dans cette belle hygiène de vie, et de me préparer concrètement à l’arrivée de Pâques, et à la joie de la résurrection – le triomphe final de la Vie qui surgit et resurgit toujours.

 Et toi ? De quoi aurais-tu envie de jeûner durant 40 jours ?

Infidélité...

« Alors, tu as été visiter les pyramides ? » Cette question, on me l’a posée plusieurs fois, après mon voyage en Egypte. Hélas, non. Avec 5 jours top-chrono sur place, j’ai tout juste eu le temps de me concentrer sur mon brevet de plongée. En revanche, à défaut d’admirer les tombeaux des pharaons, j’ai pu admirer de près à quoi aurait pu ressembler le tombeau de notre belle histoire d’amour, avec Jérémie. Ou du moins, le tombeau de la fidélité qu’on s’est jurée mutuellement devant l’autel.

Avant de partir, plusieurs personnes (un peu inquiètes, sans doute) m’ont mise en garde contre les hommes de “ces pays”. Mon oncle en particulier, qui a un peu joué le rôle de mon Papa, m’a soumis avec beaucoup d’insistance de n’accorder ma confiance à personne, là-bas. Il ne croyait pas si bien dire… Je n’aurais pas pensé que je devais même me méfier de ma propre petite personne !

Il s’appelait Hossam. Il était beau, musclé. Sa peau, contrairement à la mienne, ressemblait plutôt à du chocolat noir. C’était mon prof de plongée.

Ça  faisait belle lurette que je n’avais plus senti ces papillons dans le ventre. Je ne pensais pas que ces sensations pouvaient un jour refaire surface. J’avais à nouveau 15 ans. C’était délicieux.

Quelques jours avant mon départ, j’avais montré « Coup de foudre à Notting Hill » à mes filles. Un de mes personnages préférés de ce film est Spike, le colocataire un peu atypique du héros. Il porte des t-shirts avec des slogans mythiques, dont un, où c’est écrit à l’avant : « You’re the most beautiful woman in the world » (« Tu es la plus belle femme du monde »), et au dos : « Fancy a Fuck ? » (que j’ai traduit à mes filles par « Envie de baiser ? » en espérant qu’elles comprennent plutôt : « Envie d’UN baiser ? »… ). Bref, en admirant les atouts physiques de mon prof de plongée, j’avais un petit sourire en coin en m’imaginant qu’il m’adresse cette courte phrase : « Fancy a fuck ? »

J’imagine qu’en lisant ça, tu te poses des questions quant à la qualité de ma relation avec Jérémie. Eh bien, figure-toi qu’on a tout ce dont un couple peut rêver ! Une belle intimité, une bonne communication, une confiance solide en l’autre, un grand respect, une complicité du tonnerre, beaucoup d’humour et une profonde affection l’un pour l’autre. Et malgré cela, je me suis découverte comme n’étant pas à l’abri d’une « envie d’ailleurs ».

J’ai lu une fois dans un article que les infidélités n’ont presque jamais un lien avec des manquements éventuels du partenaire. Le seul atout de la personne convoitée, c’est celui d’être « différent.e ». Je peux confirmer cela dans cette expérience : je suis amoureuse à 100% de mon homme, et ce qui m’a attirée vers cet autre homme, c’était les points sur lesquels il se distinguait de Jérémie. Il devait avoir la 50aine, il était très posé, parlait très peu, soutenait toujours mon regard (notamment sous l’eau, quand je sentais l’angoisse m’envahir). Il avait le rôle de l’instructeur, moi de l’élève.

Le soir de mon anniversaire, nous avons fait la plongée de nuit (je t’en avais parlé à la fin du dernier article, tu te souviens ?). Par un concours de circonstances, nous n’étions finalement plus que les deux. Sous l’eau, je lui tenais le bras – ayant beaucoup trop peur de nager seule derrière lui, dans cette eau noire. J’avais froid, je frissonnais. De retour à la surface, après une plongée encore plus impressionnante que celles de jour, il m’a proposé d’aller boire un verre, pour fêter mon anniversaire. J’ai gentiment décliné l’offre et me suis rendue dans ma chambre.

Le lendemain, il me faisait un peu la tête, me disant que je n’avais pas confiance en lui. Qu’après 20 ans de carrière ici, je pensais bien qu’il n’allait pas risquer de tout détruire par un « faux pas » avec une cliente ?! Je lui ai répondu calmement que j’avais simplement décliné l’offre parce que j’étais une femme mariée. Et que je ne voulais rien faire que je n’aurais pas envie que mon mari fasse avec une autre femme. Cela impliquait d’aller boire un verre tard le soir.

Voilà. Le reste de l’histoire, c’est qu’on s’est dit au revoir, que j’ai écrit encore un très gentil commentaire sur TripAdviser, et que je suis rentrée (avec une superbe tourista…) auprès de mon homme. Je lui ai donné mon journal intime à lire (c’est radical – comme moyen de communication), nous avons eu quelques jours de discussions houleuses, puis tout est rentré dans l’ordre.

Esther Perel, une psychothérapeute belge que je trouve passionnante, parle beaucoup de cette question de l’infidélité, et notamment aussi de la manière de se reconstruire après, en tant que couple. Un journaliste lui a demandé dans une interview : « Est-ce que vous recommanderiez l’infidélité ? » Elle a pris un air très surpris, en répondant : « Est-ce que je la RECOMMANDERAIS ? Ce serait comme recommander un cancer à une personne… ».

 

Je termine cet article avec un souvenir qui me vient en tête à l’instant. Je n’avais pas prévu de le mentionner – mais je le trouve touchant. Lorsque mon Papa est décédé, en 2016, ma Maman m’a avoué qu’en regardant son corps inerte, sa première pensée avait été : « On a réussi. On a été fidèles l’un à l’autre jusqu’à ce que la mort nous sépare. Et ce n’est pas parce qu’on est femme de pasteur que les tentations n’existent pas… »

 

Une chose est sûre : d’avoir vécu cet épisode en Egypte, j’ai une nouvelle conception de la tentation. Et je comprends mieux les gens qui n’y résistent pas…

P.S. : en bonus, voilà le lien vers la conférence TED de cette Esther Perel. Son thème : Le secret du désir dans une relation durable. (En anglais)

40 ans, Sharm-el-Sheik ou comment je m'appelle

Bon, tu l’auras deviné : je ne savais pas quoi choisir parmi ces 3 idées, pour le titre, alors j’ai mis les 3 dedans ! Et oui, je suis à Sharm-el-Sheik, je fête mes 40 ans, et je veux te parler aujourd’hui de comment je m’appelle.

Mais avant de plonger dans le vif du sujet, voici quelques explications : je rêvais d’aller seule à New-York pour passer ce grand cap, mais pour une histoire de vaccin et tralala j’ai fini par laisser tomber l’idée, en me disant que je pouvais très bien y aller plus tard, une fois que le Covid sera loin derrière !

Du coup, il a fallu trouver un nouveau rêve, et ça n’a pas été très difficile : moi qui adore l’eau, la mer, la plage, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour tester la plongée sous-marine ! Alors voilà : pour mon anniversaire des 40 ans, Jérémie m’offre cette escapade à la Mer Rouge, pendant que lui conjugue travail, garde des enfants, et un week-end de Pentecôte en plus avec notre enfant d’accueil, Silvan. Si ça ne s’appelle pas « être ma meilleure moitié », ça ?? (Entre nous, je dirais plutôt qu’il est « mes meilleurs trois quarts »…) 

 

Alors voilà : je suis arrivée ici, toute seule, dans ma chambre d’hôtel à 2h du matin cette nuit, après 17 heures de trajet. J’étais explosée, mais quand-même encore assez en forme pour m’attaquer avec vigueur au gros cafard qui m’accueillait à la salle de bain… J’étais reconnaissante pour mon expérience en la matière, ayant vécu une partie de ma vie en Afrique. (Avec la tong, c’est une affaire vite réglée, si ça peut t’être utile un jour !) :-)

 J’ai commencé mes cours de plongée cet après-midi (juste dans la piscine, pour l’instant), et quand mon instructeur a su que j’étais suisse, il m’a regardé de haut en bas, a comparé ma couleur de peau avec celle, bien bazanée, des 2 autres participants, et a décidé en une fraction de seconde de mon surnom : “white chocolate”. Merci.

(Ceci dit en passant, c’est quand-même plus joli que ce qu’on dit chez nous : “blanc comme une merde de laitier”…)

Mais alors, cette histoire de comment je m’appelle. Tu dois te demander où je veux en venir, puisque tu sais très bien, toi, que je m’appelle Salomé. J’ai commencé à tourner ces mots dans ma tête un jour, sous la douche, quand je me disais que ce projet de partir seule, quelques jours, ça me fera le plus grand bien. En effet, il y a des moments, dans ma course effrénée du quotidien, où je ne sais plus comment je m’appelle.

Et là, la bizarredise de la chose m’a sauté aux yeux. La langue française a cette particularité de formuler cette phrase de manière bien intrigante, si l’on y réfléchit. Parce que, au fond, ce n’est pas MOI qui m’appelle toute seule par mon prénom. Celui-ci, d’abord, ce sont mes parents, qui l’ont choisi. Et ensuite, eh bien c’est assez rare que j’ai besoin de « m’appeler », vu qu’en général, je me trouve à l’endroit où je suis. (Si je pouvais coller un émoji, ici, je mettrais celui qui se gratte le menton, en se posant des questions…)

Mais sérieusement : si on y pense, dans d’autres langues, on formule ça tout différemment : « my name is … » ou  bien «ich heisse … ». En chinois, si mes souvenirs sont bons, on disait quelque chose qui signifiait « je suis … ». Il n’y a qu’en français qu’on utilise cette tournure étrange « je m’appelle …».

Il est facile de dresser la liste des différents noms par lesquels les gens nous appellent, à commencer, effectivement par notre prénom. En plus de celui-ci, se collent certainement encore des noms liés à nos différents rôles. Je suis par exemple souvent appelée « maman », ou encore «le Cœur », à la maison. A l’école, je suis celle qui répond au mot « maîtresse ». Et vous ajoutez à ça encore les différents surnoms que différentes personnes vous donnent.
Là où je veux en venir, aujourd’hui, c’est sur « comment JE M’appelle »… Plus difficile, hein ?

Il y a tout de suite une petite série de noms moins sympathiques qui me viennent à l’esprit. Par exemple, je m’appelle intérieurement parfois « la paresseuse » (oui, je fais quasiment tous les jours une sieste – et une loooongue souvent !). Ou parfois, « la tendue » (quand j’amène une ambiance particulièrement chiante (pardon du terme) à la maison, quand je ne supporte pas le moindre bruit ou que je fais des reproches à tout va).

Un autre de mes favoris, c’est « celle qui casse les rêves » (quand j’ai révélé celui-là à ma sœur elle avait l’air drôlement surprise : « quoi ?? toi ??  mais t’es toujours si encourageante ! » Eh bien, mesdames et messieurs, je ne sais pas si c’est quelque chose qui vous arrive aussi, mais il semblerait que je souffre du syndrome de « plus je suis généreuse et enthousiaste à l’extérieur, plus je suis suffocante et négative à l’intérieur, avec ceux qui me sont le plus proches, et que j’aime le plus au monde ! ».

Tu veux un exemple ? Sophie (8 ans) me chante une chanson qui s’appelle « Un jour, j’irai à Tahiti ». Elle me regarde, des étoiles plein les yeux, et me dit : « Maman, cette chanson, ça me donne trop envie de voyager ! » Et moi, sans réfléchir, qu’est-ce que je lui réponds du tac au tac ? « Eh bien pour ça, tu ferais mieux d’ apprendre déjà à manger un peu d’autres plats, au lieu de faire la grimace à chaque fois que je cuisine autre chose que des pâtes ou de la pizza ! » …

Un autre nom que je me donne encore, c’est “la bordélique” ou « la mal organisée ». Et celui-ci tombe sur un terrain très fragile, quand ça vient chatouiller ma crainte sous-jacente mais quasi-permanente de finir, un jour, peut-être avec une démence. Je n’en ai jamais parlé ici, encore, mais au cas où tu ne le saurais pas, j’ai eu la probabilité très minime d’avoir mes DEUX parents qui ont attrapé la maladie d’Alzheimer (ma maman souffre plus précisément d’une démence à corps de Levy). Double-combo, comme diraient les Inconnus…  Du coup, à la moindre maladresse de mon cerveau (au moindre oubli, au moindre blanc, à chaque fois que ma langue fourche, à chacune des nombreuses défaillances de mon sens de l’orientation (!!!), ou encore, au moindre couac dans l’agenda), je me dis tout de suite : « Oh non…. Pas ça !!! Pitié !!! ».

 

Pour mes 40 ans, j’avais envie de me faire un cadeau particulier (oui, en PLUS du brevet de plongée et des vacances de rêve en Egypte !). J’avais envie de collectionner plein de nouveaux noms que je me donnerai, et par lesquels j’aurai l’occasion de M’APPELER, en douceur, quand ces vieux noms voudront remonter à la surface et égratigner mon estime de moi.

Pour ça, je me suis fait une liste, dans ma tête, avec tous les petits noms GENTILS qui me collent si bien. Parmi eux, il y a par exemple « la rigolote », “celle qui sait écouter”, « l’authentique », « celle qui amène une bonne ambiance », « celle qui pense aux autres », « l’originale », etc. Et parmi toute cette liste de noms, celui que j’ai retenu pour fêter dignement ce cap des 40 ans, c’est, tadaaaam : « Celle qui est aimée », ou, exprimé de façon un peu plus romantique :

« La Bien-Aimée ».

J’aime bien. ;-)

S’il devait y avoir une phrase qui reflète la colonne vertébrale de ma vie sur terre, ce serait une formule un peu à la Descartes (« Je pense, donc je suis. »), mais à ma sauce :

« Je suis aimée, donc j’aime. »

Tiens, ça me donne une idée pour ma pierre tombale. Je crois que je choisirais un épitaphe en allemand :  “Hat, und wurde geliebt.” (ça sonne moins bien traduit en français, mais ça signifie : “A été, et a aimé(e)”

Et toi, cher lecteur, chère lectrice : comment TU T’appelles ?

 Je serais ravie de savoir que mon texte t’a amené-e à réfléchir au(x) nom(s) que tu voudrais te donner à toi-même ! Et si tu es d’accord de me le(s) partager (soit en privé, soit en commentaire ci-dessous), je serais plus qu’enchantée !

Je crois que j’ai besoin de préciser une chose ici.

Je dis que je suis aimée, et je suis consciente que j’ai une chance énorme de ressentir ça. Probablement que ça a avoir avec l’enfance heureuse que j’ai eu la grâce d’avoir, aussi avec le fait que je suis la 4e dans ma fratrie, et que mes frères et sœur étaient comme un prolongement de mes parents, remplis d’amour,  pour moi.

D’autre part, bien sûr, ça me vient aussi de ma confiance ancrée et profonde qu’il y a un Dieu qui aime absolument chacune de Ses créatures, comme si elle était son unique souci. J’aime beaucoup cette affirmation du Christ (Celui qui est venu “pour nous révéler le Père”) quand il dit à son Père céleste :

« Avant la création du monde, Tu m’aimais. »

Alors, ce que mes mots essaient de te dire, c’est que toi aussi, tu t’appelles « Bien-Aimé » ou « Bien-Aimée » - parce que c’est le nom que notre Père céleste te donne (moi j’y crois ! ;-)).

En guise de cadeau de fin d’article, pour te remercier de m’avoir lue, voici un petit clip avec des magnifiques paroles à méditer, sur ce sujet : « You say », de Lauren Daigle.

Sur ce, je te laisse, et je vais cette fois me concentrer sur ce pourquoi je suis venue à Sharm-el-Sheik : mon baptême de plongée ! A moi, les myriades de couleurs, sous forme de poissons, de coraux et de mille autres curiosités sous-marines ! La vie est belle.

 

Signé : La Bien-Aimée (ou : White Chocolate)

PS : j’avais rédigé cet article il y a 3 jours, à mon arrivée. Depuis, j’ai déjà presque mon brevet en poche ! ça a été une des choses les plus passionnantes, mais aussi des plus difficiles que j’ai jamais faite… Mais pour couronner le tout, je me suis inscrite pour un “night dive” ce soir (moi qui meurs de trouille dans de l’eau noire… on verra ce que ça donne !) Ah, et entre temps, mon instructeur m’appelle plutôt “pink chocolate”.. Aïe ! ;-)

PS 2 : n’oublie pas de m’écrire comment TU T’appelles !

Une histoire de dent de sagesse, de bateau loupé et de stalagmite…

Je vais chez le dentiste cet après-midi à Evian – pour une histoire de dent de sagesse, et surtout, de couronne (eh oui, c’est quand-même pas négligeable, la différence de prix, pour ce genre d’intervention…). Quand je me suis rappelée ce qu’il m’est arrivé lors de ma dernière visite, j’ai eu envie de le mettre par écrit, pour ne pas l’oublier. Et là, je me suis dit qu’au lieu de l’écrire pour moi, j’avais envie de le partager avec toi – histoire de te faire sourire un peu aujourd’hui. Donc voici un texte qui n’a rien à voir avec le couple, ni avec le coaching, ni avec une quelconque leçon de sagesse à donner. Mais un peu de légèreté fait toujours du bien, non ?

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Alors voilà : c’était le 12 janvier dernier, j’avais organisé depuis longtemps le déroulement de chaque évènement de cette journée, à savoir caser les filles après l’école (chez 2 amies différentes : l’une qui prenait en charge jusqu’au souper, l’autre qui allait les chercher pour la 2e tranche horaire, jusqu’à 20h), caser les garçons (et leur père ;-)) chez mes beaux-parents qui habitent Lausanne, prendre le bateau pour traverser le lac, etc. Pour une pose de couronne, ça en valait bien la peine. J’avais même prévu un équipement de guerre : vu qu’après mon intervention chez le dentiste, j’allais devoir attendre 2 heures le prochain bateau, j’avais enfilé mes pantalons de ski, mes moon-boots, veste de snowboard, gants, snood, bonnet, la totale. En me voyant arriver, le dentiste a éclaté de rire, en faisant bien remarquer à son assistante que « la suisse, là, elle était drôlement bien équipée pour aller skier »… hmmmm.

Et là, monsieur le chirurgien maxillo facial m’arrache la dent de sagesse en dix minutes (et encore), et me donne le prochain rendez-vous pour faire l’empreinte pour la couronne. J’ai protesté, j’ai dit que je croyais qu’on la faisait aujourd’hui, cette empreinte, il a dit que non, on avait bien dit qu’il fallait attendre le mois de mars pour cette étape, qu’il ne pouvait pas faire ça déjà aujourd’hui, etc. Super. Donc je devrai attendre 3 heures, et non pas 2, avant de resauter dans le bateau.

Je leur demande quand-même si je peux rester encore un peu à la salle d’attente, histoire de terminer mon roman au chaud. Possible, oui, mais juste 10 minutes, à cause des prochains clients, du COVID etc.

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Je sors, je fais le bord du lac, j’admire les figures en bois flottant (j’adore flâner sans être pressée – donc pas un souci pour moi), je commence à ressentir le froid, je fais toutes les boutiques possibles et imaginables pour me réchauffer. Je regarde avec envie les petits restaurants et bars fermés. Je fais passer le temps comme je peux (sans mon natel, n’est-ce pas, vu que j’ai coupé les données à l’étranger). Je commence à VRAIMENT ressentir le froid – malgré mon équipement d’astronaute. Je me rappelle que je ne peux pas boire du chaud – extraction dent de sagesse. Je me contente de ma bouteille d’eau FROIDE. Je marche, je marche, je marche. Est-ce que j’ai déjà mentionné que les restaurants et les bars étaient FERMES ?!?

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L’heure avance, je me dirige vers le débarcadère, je vois le bateau qui est encore à environ 500 m sur le lac, il me reste 15 min, je m’offre 5 huîtres dans un joli cabanon en bois en face de la route (ça me réchauffe le cœur : les huîtres, ça met toujours une touche de Noël, de Mr. Bean ou de Pretty Woman, je trouve). Et là, comme une grande, je m’apprête à sauter dans le bateau pour clore ma jolie escapade à Evian. Sauf que le bateau, maintenant, il se trouve à …. ??? Je ne le vois même plus !!! QUOIOIOI ??? Eh oui… j’avais mal lu les horaires, il partait à 18h, et non à 18h15 !!! Prochain bateau, 19h15. La honte, la honte, la honte… Jérémie va me tuer… Je l’appelle, peu fière – il bredouille quelque chose de la tempête de neige de leur côté du lac – qu’il allait devoir faire des mains et des pieds pour réussir à monter la pente devant chez ses parents (sans chaînes, bien sûr). Bref, il avait son lot de défis devant lui pour l’occuper encore une heure. Heureusement..

Pendant ce temps, je commençais à VRAIMENT VRAIMENT ressentir le froid. Quelques exercices de gym dans l’abri du débarcadère m’ont certainement sauvé la vie !

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Une heure et quart plus tard, je me suis affalée dans un bateau bien chauffé (ouf !) et complètement vide - contraste intéressant avec les centaines de personnes qui venaient de débarquer du côté français. D’ailleurs même foule à mon arrivée à Lausanne : des centaines de personnes entassées qui attendent de monter sur ce même bateau. Je me sens privilégiée tout à coup de voyager dans ce sens et non dans l’autre. Tout mon respect aux frontaliers !

 De là, tout rentre dans l’ordre, je monte la ville en métro, je retrouve mes hommes, on rentre tant bien que mal sur les 10 cm de neige accumulée sur la route, on va chercher nos filles qui ont dû finalement commencer leur nuit chez nos amis – et on se retrouve chez nous à 22h. Tout ça, pour une dent de sagesse arrachée – et 40 francs de « gagnés ». Pas de commentaire.

N’empêche, heureusement qu’elle était équipée comme pour aller au ski, « la suisse, là » ! Sinon, à côté de l’exposition du bois flottant, à Evian, on aurait pu admirer depuis ce jour-là, une jolie stalagmite en forme de … moi !

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Et au cas où tu te poserais la question : non, je ne prendrai pas le bateau aujourd’hui, pour me rendre chez ce dentiste. J’irai en voiture, toute seule, en 45 min aller, 45 min retour, top chrono !

On apprend des ses erreurs… :-)

 

 

Love Stories (4)

Je suis assise sur une terrasse, je sirote une eau pétillante et je cherche mille et une raisons de ne pas me mettre à l’ouvrage… La procrastination, tu connais ?

Je viens de relire l’intégrale de ma démarche pour ce travail de recherche.  Celui qui m’avait amené à recevoir 40 magnifiques témoignages de couples. Leurs pépites d’or, ce qui fait « qu’ils sont QUI ils sont ». J’ai eu tellement de joie à lire et à publier ces histoires d’amour que je me sens toute nostalgique à présent. En effet, c’est une page qui se tourne :  il s’agit du dernier article de ce genre. C’est un peu comme quand je termine la lecture d’un bon livre :  j’ai toujours le cœur serré quand j’attaque le dernier chapitre…

Mais voilà : tout n’est pas terminé ! Heureusement qu’il y a encore 10 couples qui sont prêts à nous dévoiler ici leurs petits secrets, leurs manières à eux de se dire « je t’aime ». Alors sans plus tarder, je te laisse en leur délicieuse compagnie !



Daniela & Stéphane

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 « On a décidé une fois d’un signe entre nous, pour nous dire « je t’aime » mais sans paroles. On met ensemble notre pouce et notre annulaire (symbole pour l’alliance) – un peu comme le geste qu’on fait avec l’index et le pouce, pour dire « parfait ! » - et l’autre comprend le message d’amour. J’adore quand on arrive à s’envoyer ce message lors d’un évènement où il y a plein de monde, par ex. à un apéro où chacun parle de son côté avec des gens. Un petit regard, la main discrètement levée avec ce signe, et hop, on ressent la tendresse, même à l’autre bout de la pièce.

Ça nous arrive aussi de le pratiquer lorsqu’on est seul – par exemple au volant. Le simple fait de faire se toucher ces deux doigts nous connecte à notre sentiment amoureux pour l’autre. »

 

 

 Helma & Bram

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« Je lui apporte toujours un petit café au lit, une heure avant qu’on doive partir à quelque part. Cela lui permet d’émerger gentiment.
Lorsqu’on a un vol à prendre dans la matinée, je fais toujours en sorte de trouver un hôtel tout près de l’aéroport pour lui éviter de se lever au milieu de la nuit et de faire encore un long trajet en taxi (elle n’est vraiment pas du matin…).

J’aime bien lui préparer deux petits « Knäckebrot » au fromage pour son dîner – vu qu’elle ne déjeune jamais. Des fois, j’oublie de le faire – mais je me sens mal quand ça m’arrive.

De temps en temps, je lui mets une jolie carte avec son café du matin, au lit. De façon très irrégulière, mais toujours avec un petit message de « je t’aime, et j’apprécie ce que tu fais ». (J’ai toujours des belles cartes en réserve dans mon tiroir à la maison).

Lorsque ça m’arrive de voyager seul, je m’assure toujours qu’elle reçoive une jolie carte dans la boîte aux lettres de ma part. Je l’écris en général à l’aéroport, de façon à ce qu’elle la reçoive directement le lendemain.
On se tient souvent par la main – même quand nos grands enfants font semblant d’être un peu embarrassés par ce geste.

 

Helma ADORE me concocter des repas succulents – elle sait à quel point j’aime manger ! Elle regarde toujours si elle trouve de nouvelles recettes – qui sont faisables avec notre budget.

Elle a une manière de m’affirmer et de m’encourager, spécialement quand j’ai pris la parole en public, quand j’ai donné un enseignement, apporté une présentation, ou lorsque j’ai sorti un nouveau livre. Même lorsque j’ai été médiocre – mais ça, elle ne me le dira jamais, bien sûr J ).

C’est moi qui gère les courses à la maison, mais Helma m’accompagne toujours. C’est devenu notre « rendez-vous du vendredi ».

C’est elle qui gère mes bagages lorsque je voyage. Je suis tellement chaotique que j’oublierais la moitié des choses. Elle aime s’assurer que je ne manquerai de rien.

La dernière chose qui me vient, c’est qu’elle trouve toujours ce que j’ai perdu – sans aucune exception ! »

 

 

Caroline & Sam

 

« En ce qui nous concerne, on a décidé qu’on avait le droit de ne pas être d’accord, mais qu’on n’avait pas le droit de ne pas régler nos différends. Parfois, on diffère la résolution. Genre : demain, à midi, on en reparle.
Au début, je voulais toujours tout régler tout de suite, mais j’ai réalisé que ma femme avait besoin de plus de temps pour processer et qu’on réglait les choses plus profondément avec cette astuce… »

 

 

Sarah & Paul

 

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« Ce que j’apprécie énormément chez mon mari, c’est qu’il est à l’écoute de mes besoins et ne va pas attendre 1000 ans pour tenter d’y répondre. Par exemple, il a été tout d’accord de garder les filles un après-midi pendant que je faisais enfin un peu de shopping pour moi. J’ai mal au dos, il sera tout d’accord de me faire un massage ou de me laisser me reposer un moment sur le canapé. J’ai besoin de me reposer un peu après une journée chargée, il prendra volontiers le relai pour faire le repas, gérer les filles, ...
Un des petits gestes d’amour qu’il nous arrive de faire l’un pour l’autre : préparer le petit déj’ pour l’autre à son réveil avec parfois un petit mot doux, un smiley en balle de ping-pong laissé dans la tasse, des post-it en forme de cœur. C’est si cool de commencer ainsi la journée.
Tous les soirs, avant de nous endormir, je pose ma tête sur son épaule et on papote (un peu trop d’ailleurs) ce qui m’aide à apaiser ma nervosité et à faire un petit debriefing de la journée.
Parfois, on danse spontanément un slow en préparant le repas.
Il nous arrive de nous taquiner et de faire un petit combat pour exprimer notre agacement, mais aussi notre complicité !
On essaie de ne pas prendre de décision si l’un ou l’autre n’est pas convaincu par l’idée.
On a agendé de prier ensemble/lire la bible tous les dimanche soir à 21h. Ça n’est pas toujours simple, mais ça nous permet de garder un rythme et de fixer nos yeux sur l’essentiel.
On essaie de trouver des ballades dans les alentours qui nous changent de notre quotidien. Il n’est pas rare que mon mari m’entraîne, et nous entraine en tant que famille dans des sentiers inconnus où il faut traverser une rivière, longer un champ, imaginer un chemin dans les ronces. Ça fait du bien de goûter un peu à l’aventure, sans pour autant partir très loin !
Je lui achète parfois une petite attention dont je suis sûre qu’il sera content (une boîte de ragusa, du limoncello, des vermicelles).
Je lui ai parfois fait un calendrier de l’avent avec plein de petits mots ou de versets encourageants et personnalisés.
On se fait aussi des massages de la tête aux pieds à la lueur de la bougie.
On aime cuisiner ensemble.
Il nous arrive de nous refaire des petits « after », comme à l’époque. Du coup, on se boit un petit limoncello avant d’aller se coucher et on se rappelle le beau vieux temps ! ;-) »

 

 

 

 Véronique et Maxime

 

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« Notre petite spécialité à nous : les deux soirs du week-end, on couche les enfants tôt pour souper en tête-à-tête ! Le vendredi, en général, on se fait livrer qqch, et le samedi, c’est Maxime qui me concocte une surprise. Le seul hic : les enfants commencent à redescendre en général, pour voir ce qu’on mange… Et je les comprends ! (Heureusement que les plats de Maxime ne les intéressent pas : c’est bien trop sophistiqué pour eux ! Ahahaha…  Un jour, ils comprendront ce qu’ils manquent ! ;-) ) »

 

 

 


Jessica & Garrett

 

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« Une de nos priorités est de nous donner rendez-vous régulièrement (une fois par semaine, ou en tout cas une fois par mois). On s’est arrangés, en matière de temps et de baby-sitting, pour avoir au minimum un week-end en amoureux par année – à l’hôtel et sans enfants.

Depuis toujours, on arrive à bien connecter quand on est en voiture : on adore les road-trips ensemble – et découvrir de nouveaux paysages, des montagnes, etc.

Les crises qu’on a traversées nous ont poussé à faire au moins une lecture d’un livre en commun, ou alors une relation d’aide / séminaire pour couples par année.

On adore rire ensemble. On trouve toujours de quoi nous faire rire l’un l’autre – c’est notre moyen de survie !

Quand on arrive à avoir une longue conversation dans les canapés on aime bien se toucher / se masser les pieds. Ou quand l’un regarde la télé, l’autre lui fait un petit massage des épaules en passant. Pour les anniversaires (à chacun, mais aussi à notre anniversaire de mariage), on sort le grand jeu : on a instauré comme tradition qu’on s’offre une heure de « full body massage » ! »

 

 

Ronja & William

 

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« Ce qui fait la beauté de notre couple pour moi ? Trois choses qui me viennent en tête :

- On n'essaie de ne pas se faire de reproches. En tout cas on y travaille dur ! C’est un choix fait au début de notre mariage pour ma part et qui allait (va encore) complètement contre ma nature, tandis que c’est beaucoup plus naturel pour mon homme. Ça vient d’une prise de conscience que le reproche est une façon de communiquer dans le couple qui est un vrai tue-l’amour, pas utile et pas bon. Quand on fait des reproches, on y met des généralités injustes, notre fatigue, notre envie irréaliste que l’autre devine tous nos besoins et toutes nos attentes. Avec mon homme on essaie autant que possible de se dire les choses - oh oui ! - mais par sur le ton du reproche. Un pli à prendre mais c’est tellement bon pour l’ambiance du couple !

- On a l'esprit d'équipe pour tout ce qui est des tâches à la maison - on ne fonctionne pas tellement à la répartition des tâches strictes, on y va avec les forces de chacun, nos up and down, nos besoins de prendre l'air ou de débrancher, on prend soin de l'autre en faisant parfois plus et vice-versa. Le soir, mon homme assure un max en rentrant du travail. Il sait qu'en général après le souper, je suis HS. Il s'occupe des enfants de A à Z et parfois même du rangement du souper après si je suis encore sur mon Iphone à rêvasser ! Je prends le relais à d'autres moments, comme le matin où les réveils matinaux sont plus durs pour lui que pour moi. Je ne me dis pas : je me suis levée hier, c'est son tour. Non, on ne fait pas des calculs comme ça. On y va avec l'esprit d'équipe et pas de mathématiques :).

- On se fait des « home dating » et on adore ça ! Organiser des sorties resto, c'est du boulot et du budget. Régulièrement, on fait souper les enfants, on les couche et on se fait un bon petit souper à deux. Bonne bidoche et bon vin en général au menu. ;) Et y a personne qui doit conduire ! C'est toujours un temps génial et de qualité. »

 

 

 

Laurence et Lionel

 

 

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« Quand Lionel part quelques jours, je lui mets en général un petit post-it avec un mot doux, soit dans sa trousse de toilettes, soit dans son sac, ou une autre petite surprise cachée.

Quand c’est moi qui pars, souvent je fais la même chose dans le lit, pour qu’il ait une pensée pour moi avant de s’endormir !

Quand Lionel se couche avant moi (pas souvent, donc J ), il se met dans mon lit histoire que la place soit chaude quand j’arrive.

On est du style à se taquiner et à se faire croire n’importe quoi !

Quand je pars au travail et que je n’ai pas vu Lionel le matin, je lui envoie en général un petit message pour lui souhaiter une belle journée.

Quand je le sens stressé ou que je vois que quelque chose ne va pas, je l’envoie faire du sport (je le mets dehors, en fait ! ;-) ).

Quand j’ai pas confiance, ou que les mêmes questions me reviennent toujours, il me rassure, m’écoute et me prend dans ses bras (alors que c’est souvent la même chose !!).

Sans raison, juste pour le plaisir, Lionel me ramène parfois des fleurs ou un dessert que j’aime.

Souvent, quand l’un finit avec les enfants le soir, l’autre prépare un petit thé et biscuit pour se poser un moment tranquille ensemble, après le rush de la journée (même s’il reste encore des choses à faire après, mais juste pour avoir un moment les deux, posés sur le canapé, à échanger sur la journée, la semaine, l’organisation, …)

Prendre le temps de regarder ensemble quelques « voix » (Eh oui, on aime bien The Voice.. mais chuuut ! c’est notre secret !), ou sport dimanche.

Quand on se prend la tête pour rien (c’est souvent moi, en fait) à un moment donné, je stoppe et je remets dans le contexte : « Ah non – mais là, je suis fatiguée, c’est pour ça que je réagis comme ça ! » (ou : stressée, préoccupée, trop au travail,  avec les enfants, etc.). En replaçant le contexte, on se rend compte soit que c’était rien (juste un prétexte pour sortir ce qui nous tracassait), soit que l’origine était tout autre (« Je t’en voulais encore pour ce que tu m’avais dit là, ou ce que tu avais fait là, et comme j’avais rien dit sur le moment, ça ressort là pour pas grand-chose. »). Ça aide à relativiser, à dire les choses, et à repartir de bon pied.

Lionel fait semblant de m’écouter quand je lui redis de pas faire trop tard ou de commencer par le plus urgent, en laissant le reste – même si dans le fond, il veut tout faire, et commencera donc par l’inutile pour finir par l’obligatoire. Mais mes conseils l’aident quand-même à se coucher moins tard ! J

On prend le temps de se faire des super déjeuners, car on adore ça !! Moment d’échange, de partage, et commencer la journée plein d’énergie… quitte à être à la bourre après !!!

Et le meilleur pour la fin : une fois par mois, on fait des week-end d’échanges avec un couple d’amis (les parents de mon filleul). Ça veut dire qu’une fois sur deux, c’est nous qui gardons leurs deux enfants, et une fois sur deux, c’est eux qui gardent nos deux garçons. Ça nous assure un week-end en amoureux tous les deux mois, et le concept est juste génial ! (On a inspiré d’autres amis qui ont aussi commencé à le faire, mais avec 3 enfants de chaque côté. Ils disent aussi que c’est génial ! Si les enfants ont plus ou moins le même âge, ça donne pas beaucoup plus de travail – d’en avoir le double ! Et on apprécie tellement les 2-3 jours sans enfants en retour le mois suivant !) »

 

 

 Susanne & Norman

 

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« Chez nous, le 1er qui se brosse les dents prépare aussi la brosse à dents de l’autre. Si Norman va au lit avant moi, il me chauffe exprès le duvet, et quand il va à la boulangerie, il m’achète un petit carac.

Quant à moi, je lui prépare son petit café du matin, et je lui mets des musiques qu’il aime, quand il rentre à la maison.

Comme truc un peu plus original : plusieurs fois dans la journée, un nombre revient deux fois sur l’horloge (par ex. 10h10, 12h12, 18h18, …). Lorsque ça nous arrive de voir ces heures, on plante tout pour un bisou, si on est ensemble, ou alors on s’écrit un petit mot doux. J

Pareil en balade, dans la nature : à chaque fois qu’on passe sur un pont, on s’arrête et on prend le temps de s’embrasser. »

 

 

Laura & Roberto

 

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« Voici 3 spécialités de notre couple quand la vie est un peu dure avec nous :

 

- On se met à danser un slow sans musique et parfois même devant les enfants ! Pour décrire en une phrase pourquoi cette pratique, je dirais que c’est le moment où il nous faut un peu de douceur dans ce monde de brutes. Je ne sais pas si c’est compréhensible de l’extérieur, mais c’est un truc vraiment à nous ! :)

- On se couche l’un à côté de l’autre et « on regarde les étoiles » à l’endroit où l’on se trouve (la chambre à coucher, le salon,…). Une fois encore, l’idée c’est de s’évader et de se retrouver grâce à quelque chose qui fait rêver et qui ne peut pas nous désunir vu que c’est imaginaire ! C’est trop cool !

 

- Au lieu de se demander pardon, il arrive parfois qu’on se serre le petit doigt en guise de « désolé » et « c’est oublié ». »

 

 

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Ça y est : j’ai la larme à l’œil en bouclant ce chapitre de mon blog. Le partage des pépites d’or de ces magnifiques couples touche à sa fin… Le but de ces histoires, je le répète, n’est pas de nous comparer à ces couples-là, mais bel et bien de nous arrêter afin de réfléchir à ce qui fait la beauté de NOTRE propre couple ! Comment nous montrons-nous de l’amour ? Qu’est-ce qui fait que je me sente aimé(e) ? Et bien entendu, si l’une ou l’autre pépite de ces témoignages m’a plu, qu’est-ce qui m’empêcherait de l’adopter/l’adapter à notre histoire d’amour ?

 

 

Il ne me reste qu’à adresser un ENOOOOORME MERCI à tous ces 40 couples qui ont joué le jeu – qui se sont posés un jour, et qui ont réfléchi à leur façon toute personnelle de s’aimer. Merci du fond du cœur pour votre confiance, pour votre transparence et d’avoir permis à ce travail de recherche de prendre forme ! (Petit détail dont je ne suis pas peu fière : grâce à vous, j’ai obtenu la meilleure note de la classe, car le Jury avait salué ma manière de puiser mes sources auprès de vies réelles plutôt que dans des livres !)

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Dans mon prochain article, je te dévoilerai les conclusions auxquelles j’étais parvenue, suite à ces magnifiques « Love Stories » ! Au plaisir de te retrouver…

 

Love Stories (3)

J’ai été très touchée par les mots d’une amie cette semaine. Elle m’a écrit : « Merci d’avoir récolté toutes ces pépites : ça fait du bien de lire que l’Amour se vit dans le quotidien. (…) Tu encourages par l’exemple positif, en favorisant la réflexion personnelle. Cela pose directement la question au lecteur : et moi, comment je manifeste et cultive mon amour pour mon compagnon de vie ? »

 Merci pour ce genre de retour qui m’encourage à continuer à me plonger dans ces magnifiques histoires d’amour autour de moi. Et effectivement, elles me ramènent (encore et toujours) à ma propre histoire : comment continuer à cultiver ce jardin secret avec l’homme de ma vie ?

 Et qui sait ? peut-être que ces pépites-témoignages pourraient nous servir de « buffet d’inspiration » ?  Avec plein d’idées croustillantes à piquer, remodeler, s’approprier ou personnaliser à notre sauce…? Alors servons-nous, autant que le coeur nous en dit : il y en a pour tous les goûts et couleurs !

Kally et Samuel

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Kally :

"Au début de notre relation, j'ai reçu un cadeau particulier : un Kinder Surprise... J'ai trouvé étonnant, même rigolo - mais ça a été un des plus beaux cadeaux qu'il m'ait fait ! Quand j'ai mangé le Kinder et que j'allais ouvrir le fameux petit oeuf, il n'y avait pas de jouet dedans, mais un billet sur lequel il avait écrit "je t'aime". Il avait réussi à tout reconstruire le chocolat avec le papier autour sans que je ne remarque rien !

Lorsque je suis tombée malade en 2011, mon mari a été plus que présent pour moi. Et quand je dis cela, c'est vraiment le cas : quand tu te retrouves à ce que ce soit ton homme qui te douche, qui te crème, qui t'habille et, même plus dur, qui t'essuie quand tu vas aux toilettes... Eh bien, on va dire que je n'ai eu aucun doute sur l'amour qu'il me porte !

Encore aujourd'hui, il est toujours autant présent, après toutes ces années et toutes ces opérations à répétition. Il gère les enfants, la maison, son travail... Il me soulage chaque jour mon quotidien pour que j'aie moins de douleurs.

J'adore quand il rentre des fois, et qu'il annonce à toute la troupe : "La chasse au trésor peut commencer !" Il a alors caché des petits cadeaux dans toute la maison, et c'est à nous d'aller les trouver. (Ce petit jeu, il le faisait déjà pour moi, avant qu'on ait des enfants !)"

Samuel :

"Je suis un ancien consommateur de stupéfiants - ce qui m'a amené dans des situations compliquées. Kally m'a motivé jusqu'à l'arrêt total et m'a aidé à sortir la tête de l'eau !"

Elle sait quand j'ai besoin d'elle. Ainsi, par ex. au mois de janvier après des complications suite à une opération, au lieu de partir en réadaptation, elle a choisi de rentrer à la maison, car j'avais vraiment besoin de sa présence.

Notre rituel sacré : tous les soirs, une fois que les enfants sont couchés, nous prenons un bain ensemble. L'occasion pour nous de parler de notre journée ou des choses qu'on a envie de partager. Ce rituel dure depuis 11 ans maintenant !"




Annette et Daniel

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“La première chose qui me vient, c’est le fait qu’il me prépare la voiture en hiver, avant que je ne l’utilise, en branchant un petit radiateur avec une rallonge. Je me sens toute bien au chaud sur mes trajets grâce à lui !

Au lieu de m’acheter des fleurs, un jour, il m’a commandé des livres – parce qu’il sait à quel point j’aime lire.

Le soir, on a pris l’habitude de lire le feuillet de méditation du jour de notre calendrier. Il me le lit toujours à haute voix, même s’il sait que je m’endors en général après la deuxième phrase. :-)

Ah, et avant d’aller au lit, on a aussi notre petit rituel : avec le coussin, on attaque l’autre en lui donnant une tape n’importe où. C’est notre façon de dire « bonne nuit ! ».  

A l’église, lorsque le pasteur prononce la bénédiction finale, Daniel me tient toujours la main – un peu comme pour recevoir cette bénédiction ensemble, en tant que mari et femme.

On se prend également un petit temps chaque jour les deux, après le dîner, lorsque les enfants partent dans leur chambre. On boit le café ensemble, on parle de notre journée, de tout ce qui se passe en ce moment, etc. “

 


Heidi et Christian

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“Aller au lit en même temps, prier ensemble, bisou de “bonne nuit”

Prendre des bains ensemble, sous le “ciel étoilé” (nos petites lampes à la salle de bain)

Beaucoup communiquer, parler de tout, pas de secrets l’un devant l’autre

Boire une tasse de thé le soir, sans enfants

Laisser les filles manger seules et aller spontanément manger thaï dans le mini-restaurant au coin de la rue (où il n’y a que 2 tables - et où nous sommes souvent les seuls clients)

Début janvier, on part toujours dans un monastère pour une sorte de retraite spirituelle à deux

Depuis quelques années, on fait le pèlerinage St-Jacques de Compostelle en famille : pendant la marche, beaucoup de temps de discussions, avec les enfants mais aussi en couple

Même coeur pour les gens de notre église - collaboration étroite dans ce domaine

Se toucher et se donner la main lors d’évènements divers (culte, soirée de parents, …)


A part tout ça, garder en tête le principe de ne pas “courir après le succès”, aussi dans le couple. Ce texte l’exprime à merveille :

En résumé : “Le succès, tout comme le bonheur, n’arrive pas lorsqu’on le vise comme but en soi. C’est le fait d’être dédié à une cause plus grande que soi qui va, sur le long terme, nous apporter le succès, tel un sous-produit.”

En résumé : “Le succès, tout comme le bonheur, n’arrive pas lorsqu’on le vise comme but en soi. C’est le fait d’être dédié à une cause plus grande que soi qui va, sur le long terme, nous apporter le succès, tel un sous-produit.”

Nouria et Fabian

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“- Si je veux faire plaisir à Nouria, je lui achète une friandise qu'elle peut manger malgré ses allergies aux produits laitiers et à l'huile de palme. Cela relève d'un exploit de trouver quelque chose et rallonge les courses significativement. (Il faut lire tous les ingrédients et il n'y a que très peu de produits qui vont). La dernière chose que j'ai trouvée était une glace à la noix de coco crémeuse.

- Tous les matins quand je me lève pour aller au boulot je la réveille avec un doux baiser pour lui dire que je l'aime et on se souhaite une bonne journée.

- Le classique : de temps en temps je lui offre un bouquet de fleurs avec un petit mot. C'est peut-être hyper classique, mais ça lui fait plaisir.

- Le w-e je m'occupe souvent de la cuisine et de la vaisselle. En principe elle apprécie bien. Sauf quand je cuisine trop à ma façon (épicé, gras, bcp d'oignons...). :-)

- parfois j'aime bien lui tenir la main la nuit mais je déteste être collés l'un à l'autre (chacun son matelas). Elle, c'est l'inverse, mais elle respecte. J’apprécie.

- le w-e on va parfois (un peu trop souvent) au McDo afin de ne pas avoir à faire la cuisine ni la vaisselle. Avant c'était plutôt des chalets d'alpages, mas depuis son allergie ça ne va plus.

- l'été après le boulot on adore aller au bord du lac pour flâner, pique-niquer et se baigner si la météo le permet. Ce sont de beaux moments de détente.



Moi j'aime bien :

- quand elle me gratte le dos et qu'elle s'occupe de mes boutons qui grattent. Comme les singes qui se font les poux. :-)

- quand elle me fait une tarte ou une pâtisserie pour emporter au travail et partager avec mes collègues.

- parfois elle me fait un massage du visage avec ces huiles essentielles. C'est très apaisant.

- le w-e j'adore faire une petite sieste sur le canapé en regardant un documentaire ou un feuilleton avec elle à mes cotés.

- quand elle m'achète une petite gâterie rien que pour moi. Une boîte de charcuterie variée chez le boucher, ou une plaque de chocolat glissée dans ma table de nuit.

- quand elle s'occupe de moi quand je suis malade.”








Raphaelle et Pascal

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“Elle :

– quand on part au chalet, j’achète quelques bières à Pascal, parce que je sais qu’il aime bien ça (et moi je n’aime toujours pas la bière).

- je passe volontiers un coup de patte dans le lavabo, même si ça fait partie de ses tâches.

- Je cherche des idées de déco de Noël pas trop kitsch, parce qu’il n’aime pas les trucs qui brillent et qui scintillent. Une année, j’ai même décoré un sapin de Noël avec des câbles de micro.

- Je me lève six matins sur 7 pour les enfants parce que je sais qu’idéalement il se réveillerait volontiers tous les matins à 9h.

Lui :

J'admire la patience et l'intuition relationnelle de ma femme. Elle a un feeling avec les enfants en particulier que je trouve exceptionnel, j'essaie donc de toujours être réceptif à sa perception de leurs besoins.

Raphaelle prend des initiatives pour que notre vie sociale ne s'organise pas le soir-même (ou pas du tout) et c'est très appréciable. Des fois, j'aimerais juste avoir des week-ends chill mais au final prendre soin de nos relations est important et j'apprécie le fait qu'elle s'implique concrètement pour que ça se passe.

Je craque complètement quand elle me regarde amoureusement, j'oublie tout le reste... un tendre bisou et le reste de la vie peut attendre un moment.

Je ne suis pas du tout du matin, mais j'essaie de toutes mes forces d'être opérationnel tous les matins (après elle, j'avoue) pour mettre la famille en route même si idéalement j'ai besoin de pouvoir me réveiller progressivement.

Je sais qu'elle apprécie vivre dans un appartement un tant soit peu rangé et propre, donc j'essaie de (faire) ranger au fur et à mesure et de ne pas repousser les tâches ménagères aux calandes grecques (même si ça compte peu pour moi).

Il me semble que j'ai un rôle important à jouer dans le "le ton" de l'atmosphère familiale, j'essaie donc de veiller à sa bonne qualité, même si je suis fatigué ou chargé (notamment par des situations extra-familales pesantes).

Si elle est fatiguée, je propose de coucher les enfants et de boucler la cuisine pour qu'elle puisse aller se coucher.

J'aime mener des projets avec elle. Elle a beaucoup de bon sens. J'ai aussi dû apprendre à faire confiance à mes compétences dans ce domaine et je crois que nos compétences et sensibilités rassemblées nous permettent d'être efficaces, et j'aime ça.

Il me semble qu'un fonctionnement qui marche bien pour nous est d'avoir des responsabilités bien définies ET de la flexibilité pour se passer la balle si nécessaire. Exemple : c'est clairement Raphaelle qui suit les devoirs des enfants (ce qu'elle fait très bien d'ailleurs), mais elle me passe le témoin parfois pour des mandats temporaires et précis. J'y trouve de la satisfaction.

Raphaelle a la capacité de se lancer dans des trucs créatifs bricolés que je trouve vraiment cools, en particulier les collages, ou des lettrages. C'est l'expression de son goût que je trouve souvent intéressant et esthétique.

Elle sait fêter, même simplement, mais en donnant du sens aux évènements. Un repas à l'extérieur en famille, un petit dessert surprise, qqch qui pimente le quotidien... j'admire (et déguste !) cette aptitude qui nourrit le climat positif familial.”










Catherine et Alexandre

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“Même si nous ne sommes plus ensemble, 2 ans après avoir collecté nos pépites, ces manières de prendre soin l’un de l’autre ont contribué à nous faire du bien. Notre histoire n’aurait pas pu perdurer, nous avions réellement pris la peine de tenter des thérapies. 

- nos projets fous : nous nous sommes encouragés l’un l’autre à développer des projets hors du commun, originaux, et parfois risqués dans le sens de la sortie de la zone de confort. Aucun regret que cela ait été ainsi! C’était une force.


- Alexandre qui disséminait parfois pendant un mois un chocolat par jour d’absence pour sa chérie

- nos apéros : parfois on lâchait tout juste pour boire un verre ensemble, avec des potes ou seuls dans notre maison

- on tournait en dérision notre quotidien, on riait facilement de soi et de l’autre

- une vie pas seulement tournée vers soi mais aussi vers nos amitiés (personnelles ou de famille)

- les enfants qui nous sautaient sur le ventre le matin

- faire les trajets pour le travail ensemble /et parfois prolonger le trajet inutilement

- aller manger ensemble à midi quand on travaillait dans la même ville

- sortir au restaurant régulièrement (plusieurs fois par mois)

- les petits massages, les bisous dans les cheveux

- une qualité de discussion sur nos émotions qui s’était agrandie avec le temps, on se disait beaucoup…


- à travers les épreuves, on savait qu’on pouvait compter l’un sur l’autre n’importe quand pour se remonter le moral, pleurer ensemble, être présents simplement… 

Nous avons eu beaucoup d’épreuves, trop peut-être ? et notre relation a été trop longtemps un combat. Nos pépites n’ont pas suffi à une harmonie qui est restée hors d’atteinte. Moi, Catherine, je nous souhaite à tous les deux maintenant, la paix et la sérénité, et bien sûr la force de faire grandir nos enfants malgré la séparation.”





Heidi et Eric

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“Alors à la première chose que je pense, ce sont les petites choses que je glisse à Eric mon chéri sous le coussin, quand je vais veiller et je ne peux pas dormir avec lui.
Ça peut être n importe quoi, une pierre ramassée pendant la promenade avec le chien, Un savon pour la douche, Une peluche qui se trouve déjà dans notre inventaire, Un coeur, Un petit mot, pas forcément des choses nouvelles, juste le geste qui compte.
Et moi je trouve des petites choses glissées dans mon sac, quand je pars en Suisse allemande sans lui.

Et quand on monte au chalet il a toujours une surprise dans son sac pour moi, Un petit dessert, Un cervelas que j aime tant griller dans le creux du feu. Ou du saumon et des pâtes, notre repas en amoureux !”





Rianne et Simeon

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“Quand j’ai envie d’un snack le soir, Simeon va me chercher une portion de frites et de satecroquete (spécialité belge) au coin de la rue. Même si c’est 23h30. Il m’aime vraiment !

Régulièrement on se regarde dans les yeux, et on se dit : “I am yours. You are mine.” (“Je suis à toi. Tu es à moi.”)

On s’est mis d’accord sur un code particulier : un parfum que lui seul connaît. Lorsque je mets ce parfum le matin, il sait que je suis d’humeur à faire l’amour le soir. Il se montre alors très délicat et attentionné tout au long de la journée…

Et j’adore le thé. Je ne peux pas vivre sans. Alors à chaque fois après une partie de sexe, au lieu de se retourner dans son lit et de s’endormir, Simeon m’apporte ma grande tasse de thé. :-) Ensuite, on papote, je bois mon thé et ensuite on s’endort. “

Myriam et Christophe

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“Le dimanche soir faire manger les enfants avant nous pour avoir notre soirée 

Le vendredi midi les enfants à la cantine nous marchons une bonne heure. Le petit dans la chariotte

Le mardi soir nous allons à un groupe de prière et nous avons 30mn de route .. donc 1h de temps ensemble 

Nous essayons de partir une petite semaine par an ensemble pour pouvoir marcher à 2 

Nous avons un cahier de couple car horaires décalés… nous y marquons soit notre prière soit quelque chose qui nous tient à coeur. 

Nous disons le soir le notre père du couple.

Nous accompagnons des couples au mariage également. C'est une occasion pour moi d'admirer mon mari qui sait si bien écouter, révéler, mettre le doigt sur des choses à éclaircir. ..

Nous avons fait 3 mois de formation avec la communauté du chemin neuf qui a une vocation oecuménique.  C'était une si riche expérience de fraternité. 

Voilà  bien sûr il y a des moments où rien ne marche et où il est bon de se recadrer.  “

(Myriam et Christophe Morisseau parents de 7 enfants de 17 à 2ans 1/2)




Mireille et Roger

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”Mon mari qui en hiver chauffe ma place dans le lit les soirs où je suis de sortie,  pour moi qui ai toujours froid.

Chacun son tour pour se lever pour les enfants la nuit sans avoir de tournus mais plutôt à celui qui se réveille en premier dès la naissance de notre premier.

Pas de secrets pour nous non plus chacun peut aller sur le téléphone de l'autre pareil pour email,...

Les petits sourires complices quand nos enfants nous racontent certaines anecdotes.

Le soir nous allons en même temps au lit et lisons chacun un moment et c'est aussi souvent un moment de dialogues, d'anecdotes et de confidence. Parfois nous regardons un moment la télé ensemble mais  vers 21h nous sommes facilement au lit.

Je réfléchis à ce qu'il apprécie quand je cuisine pour lui faire plaisir.

Comme le curé nous a dit à notre mariage : Un geste tendre par jour envers notre conjoint!

Nous nous rendons compte de la chance que chacun de nous deux avons de nous être rencontrés et ne manquons pas de nous le rappeler!

Se demander à table comment s'est passé la matinée ou l'après-midi de l'autre! Etant maman au foyer et mon mari agriculteur, nous avons la chance de pouvoir partager quasi la totalité de nos repas. “


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Je sais pas toi - mais moi, je suis rassasiée de tous ces magnifiques témoignages de tendresse qui existe bel et bien dans les couples. Que cet été soit l’occasion de rendre hommage à l’amour ! Et que chacun/e d’entre nous trouve de nouvelles manières de dire “je t’aime” à celle/celui qui partage notre quotidien avec nous !

(Perso, je crois que je vais tenter une fois l’histoire du “bain en couple”. On verra si la baignoire sera confortable à 2 ! ;-) )