Il est 8 heures, je suis installée sur ma terrasse à Bulle et j’essaie de trouver un moyen pour que mon ordinateur arrête de vaciller entre les planches de notre table de jardin, toute usée par la pluie et le soleil.
J’aime la fraîcheur du matin et je profite de ce moment où mes idées sont encore fraîches également.
Et si on plongeait un peu dans le monde des taxis jaunes, des gratte-ciels vertigineux et des foules de gens partout ?
Viens, je t’emmène avec moi, dans mes souvenirs de nos 5 jours passés au cœur de Manhattan. Jérémie était donc resté à la maison, et on s’est dit au revoir le 9 juillet, pour une durée de 3 semaines. J’ai trouvé la Nounou en OR pour m’aider avec les 4 enfants : Lily, la fille de mon amie Daphnée avec qui j’ai suivi la formation AASPIR ces 10 derniers mois.
Ensemble, nous avons sillonné les rues de New-York, mangé du fish and chips devant le coucher de soleil sur le Hudson (que j’ai longtemps confondu avec « la mer »…), pris un bain de foule au Times Square, dévalisé le magasin des M&M’s, profité d’un pique-nique dans la verdure qu’offrait le Central Parc, frissonné d’émotion devant « The Lion King » sur Broadway, ri des différences de températures entre les magasins climatisés et la chaleur à l’extérieur, touché les testicules du taureau de Wallstreet (paraît-il que ça porte chance…), dégusté les hot-dogs new-yorkais, tremblé sur la vitre transparente de la terrasse « the edge » à 345m du sol, respecté une minute de silence devant les deux immenses trous carrés du Ground Zero (où les tours jumelles se dressaient jadis), appris la complexité des métros de la ville, découvert que St-Exupéry avait écrit le Petit Prince à New-York (!), et last but not least, tourné en bateau autour de la magnifique Statue de la Liberté ! Quelle magnifique aventure !
La leçon la plus inspirante que j’ai apprise à New York, c’est Lily qui me l’a apprise : à chaque trajet qu’on entreprenait, elle avait un nouveau jeu sous la main pour rendre le chemin amusant ! Ainsi, elle disait par exemple un code de couleur, et chaque enfant devait se débrouiller pour toucher quelque chose de cette couleur. Ou alors, il s’agissait de marcher uniquement sur les lignes des dalles au sol. Parfois, c’était juste une tape sur l’épaule de Jules, suivi d’un regard innocent, style « non, c’est pas moi ! », ce qui finissait toujours en éclats de rire, quand Jules voulait l’imiter, avec sa discrétion d’un enfant de 4 ans... La leçon que je retiens : “It’s not just about getting there. It’s also about HOW you get there.” (« L’important n’est pas juste d’arriver, mais aussi COMMENT tu arrives. »)
Voici le tout en images :
La deuxième étape, le Texas, se résume à beaucoup d’informations emmagasinées et bien des relations tissées déjà avec des gens qui s’apprêtent à vivre la même aventure que nous. Pour te situer le contexte, il s’agissait d’un programme pour nous préparer à la vie sur le bateau. Les enfants (une trentaine) recevaient les mêmes enseignements que nous, les adultes (66), mais adaptés à leur âge. Le contenu de ces cours allait de l’historique de Mercy Ships avec ses valeurs, à l’adaptation culturelle en général, en passant par la gestion des émotions, le processus des transitions, la théorie sur les « Third Culture Kid » (« enfant de 3e culture » - pour nous sensibiliser à la difficulté que représente la vie à l’étranger pour un enfant), nos forces selon le test de personnalité “Clifton Strenghts” , etc.
Ces enseignements nous étaient donnés entre 7h50 et 16h tous les jours, avec une petite pause d’une heure à midi. Autant dire que nos cerveaux n’avaient pas vraiment l’impression d’être en vacances !
Heureusement que Lily était là – encore une fois ! – pour aider les enfants avec l’anglais et pour sortir de temps en temps faire un tour avec Jules qui était le plus jeune des enfants.
Un moment clé pour moi de ce temps au Texas était la « Silent Retreat » : durant 3 heures de « retraite silencieuse », nous avions du temps pour nous-mêmes, avec comme seule consigne, de laisser nos téléphones de côté et d’ouvrir nos antennes pour nous connecter à la Source de la Vie. J’ai passé mon temps sur un banc en métal qui m’appelait. Je le trouvais moyennement séduisant, étant donné qu’il se trouvait à côté du bâtiment et en plus, à deux mètres d’une voiture Cherokee parquée droit devant. Mais j’ai « obéi », et j’ai posé mes fesses à cet endroit-là.
Il s’en est passé des choses intéressantes sur ce banc, mais le principal message que j’en retire, c’est que cet exercice m’a connectée avec la réalité qui est celle de ma Maman. Assise dans un fauteuil roulant, dépourvu du sens de la parole, elle aussi passe son temps à des endroits qu’elle n’a pas choisis… J’en ressens une empathie redoublée pour elle !
Un autre élément que je retiens de ce banc est qu’il allait sûrement y avoir des jours où je me sentirai un peu « prisonnière » sur mon bateau. J’ai découvert sur ces barres en métal qu’il était important de savoir trouver une liberté intérieure, au milieu de circonstances qui peuvent paraître « enfermantes ». J’ai été encouragée de me dire que si j’ai réussi à trouver cette liberté sur ce banc médiocre, avec une vue aussi peu glamour, je serai capable de la trouver n’importe où (par exemple dans un port industriel, avec des grues et d’autres machines de chantier partout, tiens !).
A part ces cours intensifs, le Texas nous a quand-même aussi offert d’autres plaisirs inoubliables : par exemple la piscine sur le campus, qui nous permettait de nous rafraîchir tous les soirs, des paysages magnifiques avec des levers et couchers de soleil époustouflants, une sortie au « Splash Kingdom » (sorte d’Aqua-Parc américain), du shopping dans une minuscule ville où la gente féminine a dévalisé une boutique qui liquidait de belles robes à 2 dollars (Marcel et Jules n’ont pas beaucoup apprécié le temps d’attente devant les cabines d’essayage…).
Ma plus grande surprise – voire déception – était de n’avoir vu aucun cheval, aucune vache « Longhorn » et aucun cowboy au Texas. Comme quoi, les clichés et les stéréotypes… (Ou alors, je n’étais juste pas aux bons endroits au Texas.)
Les retrouvailles avec Jérémie à l’aéroport étaient émouvantes pour nous tous – et les câlins à répétition que Jules réclame à son Papa encore une semaine après témoignent à quel point il lui a manqué !
Pour terminer cet article, j’ai un aveu à te faire… Quand on a reçu l’enseignement sur les transitions, avec ses différentes phases et tout ce que cela implique, les autres participants travaillaient évidemment sur leur transition entre « la vie chez nous », et « la vie sur le bateau ». De mon côté, j’ai découvert que je vivais encore plus violemment, au niveau émotionnel, ma transition entre « cheveux blonds » et « cheveux gris »… Même si cela fait déjà plus que trois mois que j’ai coupé mes longs cheveux blonds, je suis encore en plein deuil de ma phase de vie où j’étais « la blonde ».
J’avais écrit sur mon statut, le 17 avril, qu’au lieu de chasser le naturel, j’avais décidé d’apprendre à galoper avec lui. Eh bien, c’est vraiment ça : un apprentissage ! Avec des chutes douloureuses, où l’on doit reprendre tout son courage pour remonter sur le cheval – mais aussi, heureusement, avec des instants de bonheur à ressentir la liberté qui va avec !
Mais voilà… comme dans tout changement radical, cela va de pair avec des deuils. Et je sens que notre départ imminent à Madagascar aura encore bien quelques deuils en réserve pour nous, tout bientôt !
Heureusement que nous sommes bien entourés et que nous avons été préparés avec soin à ce chamboulement intérieur. Pour le reste, eh bien, il va falloir “fermer les yeux et sauter” - tout en accrochant solidement notre confiance en Celui qui ne nous a jamais laissé tomber !
Le compte à rebours commence… J - 24 !