...and a HAPPY NEW YEAR !!!

Nous voilà à Durban, Afrique du Sud, depuis le 18 décembre. Comme tu vois, si tu as lu mon article précédent, il n’y a pas eu d’imprévu côté date d’arrivée- bien qu’il y ait eu un cyclone qui a frôlé Madagascar ce 13 décembre - jour de départ de notre navigation. Mais comme il a passé par le nord, nous n’étions pas obligés de changer d’itinéraire. Le fameux « Chido » a ravagé l’île de Mayotte et a quand-même provoqué 39 morts. (Merci, entre parenthèses, à tous ceux qui avaient pris de nos nouvelles en s’inquiétant pour nous !)

Mais avant de te décrire un peu les journées en mer, je tenais à t’informer que notre action de Noël, en faveur de « Nourrir Futé » a été un succès ! (J’avoue que quand Jérémie avait mentionné le montant de 15'000 CHF qu’il visait, je n’y croyais pas trop.. femme de peu de foi que je suis ! ;-)) Il s’avère que nous avons récolté 15'600.- et que d’autres personnes m’ont encore contactée depuis, pour savoir s’ils pouvaient encore verser quelque chose ! Nous avons donc amplement réalisé le rêve de pourvoir aux besoins d’une cantine durant toute une année, en plus de l’équiper d’un puits et d’une place de jeux ! Un IMMENSE MERCI du fond du cœur à tous ceux et celles qui ont participé ! Le monde ne peut s’améliorer qu’un petit pas à la fois – et ce pas-là, c’est grâce à vous, qu’il a pu se faire !

 Quant à mon rendez-vous avec l’Océan : le bilan est un peu mitigé. Bien sûr, il y a eu des moments extraordinaires, comme le départ de Madagascar, avec nos amis les « day crews » (ceux qui travaillaient de jour sur le bateau, mais habitent le pays) qui nous faisaient de grands signes depuis la jetée alors que notre brave, vieil Alan leur jouait des morceaux de trompette depuis le pont, et que certains agitaient des tissus en guise d’au revoir. Ou encore, le samedi soir : moment du culte (avancé d’un jour, en raison de la météo annoncée pour dimanche) sur la proue du bateau, face au soleil couchant. Ces chants qui s’élevaient de nos âmes, au rythme des « splash » du navire, ont tissé un lien fort entre nous tous. La présence divine était palpable. Le banc de poissons volants aussi, qui jaillissait tout à coup à l’avant du bateau, avec cette multitude de fines ailes translucides. On aurait dit des milliers de bulles de savon ! La pleine lune avec ses reflets sur l’eau également – ou encore, les hamacs suspendus sur le pont (certains aimaient passer la nuit dehors).  L’impression d’être perdu entre ciel et mer évidemment, avec cette immensité bleue tout autour, à perte de vue ! Ou encore, la fois où on a pu visiter la barre du capitaine et regarder comment fonctionnent les différents appareils de navigation. Tout cela restera à jamais gravé dans mon cœur.

Vue depuis notre cabine (poupe du bateau)

Le côté un peu moins agréable, bien entendu, c’étaient les nausées qui accompagnaient de manière sous-jacente tout le voyage – et même, en ce qui me concerne, encore toute la semaine qui a suivi la traversée ! (Même maintenant, en décrivant cet épisode, je ressens de nouveau ces hauts et ces bas que mon pauvre corps a subi durant 5 jours et 5 nuits, sans répit…) Heureusement que les médicaments étaient suffisamment efficaces pour nous permettre de manger – et donc, de limiter un peu les dégâts. (Marcel avait vomi deux fois le premier jour, suite à quoi nous avons décidé de donner également le médicament aux enfants.) Sensible comme je suis, j’ai décidé de prendre directement un médicament plus fort : un patch collé derrière l’oreille et que je devais renouveler après 3 jours. Une amie suisse qui avait déjà navigué avec Mercy Ships m’a raconté que ce médicament lui avait rappelé la fois où elle avait mangé du « space cake », cette délicatesse au cannabis. Même sentiment de ne rien comprendre - par exemple en regardant un film – et d’être complètement à l’ouest. Ça m’a fait sourire - je voyais tout à fait de quoi elle parlait. Ça n’a pas été aussi violent pour moi, mais c’est sûr que je n’étais plus entièrement moi-même. Une version un peu « étouffée » de moi, plutôt. Il n’empêche que j’ai adoré le « mood » général durant ces jours : tout allait un peu plus lentement, les gens étaient relax, affichaient un grand sourire quand on se voyait dériver sur nos trajectoires, au gré des vagues. J’ai été tellement de fois propulsée contre les parois des couloirs du bateau que j’en suis venue à bénir la texture toute douce de ces murs. Je n’ose pas imaginer à quoi ressembleraient nos bras et nos épaules si les murs étaient faits en crépit… Autre fait comique, c’était d’essayer de monter les escaliers au mid-ship. Il s’agit d’un escalier qui monte droit pour les 5 premières marches, puis se divise en deux par la suite : soit on monte par la gauche, soit par la droite la dizaine de marches qui suivent. J’ai constaté que si je visais les escaliers de gauche en partant du bas, irrémédiablement mes pieds partaient vers l’escalier de droite une fois arrivés à l’intersection. Il valait mieux accepter de suivre là où les pas me menaient, si je ne voulais pas tomber ! En plus, pour monter ou descendre les escaliers, il y avait l’effet de la pesanteur et de l’apesanteur : si à certains moments, mon poids s’écrasait dans le sol, je pouvais savoir que 3-4 secondes plus tard, j’allais soudain avoir l’impression de flotter dans l’air tel un astronaute ! Il s’agissait alors de toujours bien se tenir avec une main (au minimum) à la barrière, sinon c’était la chute garantie !

Durant cette phase, j’avais souvent une chanson en tête d’un CD ramené d’Irlande : « What will we do with a drunken sailor (3x) early in the morning ? ». (Clique, si tu veux la “full experience” !) C’est exactement comme ça que je me sentais : déjà saoûle, dès le matin !

Chaises couchées - pour éviter qu’elles roulent partout à la réception. :-)

Pour dormir, c’était toute une histoire aussi : avec Jérémie, on a décidé après la première nuit de descendre notre matelas au sol, et de le tourner de 90 degrés. D’une part, pour ne pas tomber du lit, et d’autre part, pour ne pas subir des mouvements gauche-droite, mais plutôt « tête-pieds ». C’était plus supportable ainsi pour nos estomacs. Je regrette de ne pas pouvoir mettre de vidéo sur mon blog – mais si je le pouvais, je te montrerais à quoi ressemblait notre vue lorsqu’on regardait par la fenêtre : d’abord, on n’apercevait que le ciel, puis, que la mer. Ensuite « ciel », et de nouveau « mer » ! La partie la plus épique fut la dernière nuit : déjà arrivés près de Durban atour de 1-2h du matin, le bateau a dû couper les moteurs et patienter pour obtenir l’autorisation de rentrer dans le port, vers 8h. Durant ces longues heures, notre coque s’est balancée encore plus violemment qu’à l’ordinaire, si bien que les meubles des deux cabines adjacentes se baladaient librement et se cognaient contre nos murs. Nous étions réveillés environ toutes les 10 minutes par les gros “Boum” que ça produisait, et par les sacrées “montées - descentes” que nous encaissions !

A ce qu’il paraît, et je n’ai pas de peine à le croire, notre bateau n’avait pas été construit pour la haute mer, raison pour laquelle il tangue autant. En effet, à l’époque, l’Africa Mercy s’appelait « Dronning Ingrid » (« Reine Ingrid ») - en l’honneur de la reine du Danmark. Il s’agissait d’un ferry ferroviaire danois qui faisait de courts trajets dans la mer du Nord. De plus, ayant été construit en 1980, le capitaine l’a désigné comme une “old Lady »… Je ne suis pas sûre si ce calcul s’applique également à l’âge des humains, mais ça ne m’a pas rajeuni en tout cas ! ;-)

C’est en l’an 2000 que le navire a été transformé en hôpital pour Mercy Ships. Et pour la petite histoire : j’étais étonnée de réaliser que la fameuse croix au sommet du bateau datait du début de sa carrière – et n’est donc pas un ajout postérieur de notre organisation. Un peu comme si, dès le départ, ce vaisseau était destiné à servir Celui que nous essayons de suivre.

J’ai mentionné plus haut que des personnes avaient pris de nos nouvelles, en lien avec le cyclone. Nous étions les premiers surpris de constater que notre WhatsApp fonctionnait toujours, même en haute mer, grâce à notre satellite à bord, sur le pont 8.

Notre satellite

 Ainsi, il nous était tout à fait possible de communiquer avec la planète entière – juste pas de télécharger des vidéos ou des photos trop « lourdes ».

Qui l’eût cru, mais le fait de ne pas avoir accès à un bon réseau internet a sérieusement commencé à me peser après une dizaine de jours. En effet, même arrivés ici à Durban, cela a pris encore jusqu’au 24 décembre, avant de pouvoir nous connecter à un WiFi correcte. Ainsi, le retour de la pleine connexion a été la meilleure nouvelle qu’on m’ait annoncée ce Noël – juste avant l’annonce de l’arrivée de Jésus ! ;-)

A peine informée de cette aubaine, je me suis rendue sur YouTube et j’ai écouté du Claude François en boucle, même sous ma douche. A ce propos, d’ailleurs, si tu me suis depuis le début de notre aventure Mercy Ships, tu sais que nous n’avons le droit qu’à deux minutes de douche par jour, ici. Heureusement, il n’y a pas de compteur – ni d’eau chaude qui s’éteint après le temps écoulé, ni quoique ce soit de ce style. Tout est basé sur la confiance. De mon côté, j’ai estimé que les deux minutes de douche de toutes les personnes qui avaient déserté le bateau pour les fêtes pouvaient bien me revenir à moi – et je me suis donc offert une vraie, bonne, longue douche en musique, pour fêter l’occasion !

Pendant que je me prélassais en m’amusant, Jérémie, lui, bossait avec son équipe de cuisine pour préparer le festin du lendemain. Il s’est même fait une cloque à l’index à force de couper des carottes pour 200 personnes. Ayant bossé moi-même à la cuisine durant quelques matinées, je comprends très bien sa douleur. J’en ressors avec un profond respect pour ces équipes qui nous préparent des repas trois fois par jour, toute l’année !

Pour marquer le coup en famille, nous sommes sortis au restaurant le soir du 24 (d’où ma longue douche !). Sensation étrange, de se rendre partout avec une cinquantaine de personnes à la fois. Le bateau organise en effet des navettes sous forme de gros cars pour lesquelles on doit s’inscrire à l’avance. Ça rappelle un peu des souvenirs de colos.

Dégustation d’escargots !

Autre fait amusant : dès qu’on sort du bateau, nous devons enfiler un casque et le porter jusqu’à la sortie du port, où la navette nous attend. Règle comique en soi, vu qu’il n’y a rien véritablement au-dessus de nos têtes sur ce parcours. La seule chose qui puisse nous tomber dessus, ce serait une fiente de pigeon ou alors une grue entière. Pas sûre que le casque soit très utile à ce moment-là…

 On pourra dire ce qu’on voudra sur nos amis américains – mais en matière de fêtes de Noël, ils ne font pas les choses à moitié : des vrais pros ! Remarque : l’équipage est clairement international : il n’y a pas plus de 20-25% d’Américains à bord. Mais ce pourcentage-là s’est vraiment plié en deux pour nous offrir un Noël inoubliable !

Dès le réveil, un petit-déjeuner « pâtisseries-viennoiseries » nous attendait au mid-ship, sur des petites tables rondes, décorées de nappes rouges, avec de jolis arrangements floraux sur chacune d’elles.  L’ambiance feutrée était assurée par la vidéo d’un feu de cheminée qui crépitait depuis le grand écran, et bien entendu, par la musique de noël à discrétion. Les gens se montraient sous leur jour le plus « cozy », en affichant fièrement des pyjamas de noël et des bonnets de père noël. Ça faisait chaud au cœur, surtout après la période un peu déprimante d’avant les fêtes, quand la réalité d’être loin de nos proches avait pesé… Eh oui, tout a un prix. Le goût de l’aventure cède parfois la place à la mélancholie aussi. Cette fête du 25 décembre, avec nos attentes nivelées au plus bas, est donc arrivée comme un vrai cadeau. Les enfants se sont régalés de chocolats chauds garnis de crème fouettée et de marshmallows, sans oublier les « candy canes », of course. Personnellement, j’ai préféré les scones aux pousses d’épinards, les petits canapés au saumon, et les mousses « vanille, baies des bois avec graines de chia ». Miam !

Tom -vieux loup de mer -depuis 28 ans sur le bateau!

Après ce début de journée tout en douceur, nous nous sommes réunis à l’international lounge pour un moment de célébration. Notre famille avait été choisie pour allumer la 5e bougie de l’Avent (si si, je t’assure ! Ils en mettent une cinquième, au milieu des 4 autres !) qui symbolise l’arrivée de Christ, lumière du monde. Jeanne a lu un passage qui parlait de « Emmanuel - Dieu avec nous » et Sophie a allumé la bougie (électrique). Suite à ça, nous avons présenté un chant en français qui s’appelle « Le plus beau des Noëls ». Les paroles sont tellement belles que je vais les mettre à la fin de cet article. D’ailleurs, avec l’aide d’une amie sur le bateau, j’ai traduit le chant en anglais. Ainsi, on a pu apprendre le chant à tout l’équipage, grâce aussi aux talents de Élise (une autre Suisse) qui nous accompagnait au piano et chantait la deuxième voix.

 La suite de la journée se résume à « ouvrir les cadeaux de Noël dans notre cabine », et « ne pas en croire ses yeux, sa bouche, son ventre » pour le festin digne d’un banquet de mariage que l’équipage nous avait concocté ! Il y en avait pour tous les goûts – et présenté sous les formes les plus raffinées !

 La fête de Nouvel-An a été plus modeste – rien de spécial pour le souper. Juste des jeux pendant la soirée, organisés par les jeunes, et un beau moment de chants de louange entre 23h et 23h59. Jérémie s’est donné à cœur joie au cajon - cet espèce de jembé sur lequel on s’assied. Certains se sont amusés à avaler 12 raisins sous une table pendant les 12 coups de minuit (coutume espagnole). A la place de feux d’artifices, des ballons remplis de paillettes au-dessus de nos têtes ont été percés et c’est sous cette jolie pluie d’étoiles que nous avons entamé 2025. Des coupes de champagne (sans alcool) ont circulé ensuite, et la tournée des accolades a commencé. Un peu comme partout dans le monde probablement – avec la différence qu’ici, les « hugs » ont duré un long moment, vu le nombre de « personnes proches » avec qui on a fêté ! :-)

Premier Nouvel-An où Jules a tenu jusqu’à minuit !

 Dans mon prochain article, je te décrirai notre nouvelle réalité « à terre », ici à Durban. L’Afrique du Sud nous a déjà dévoilé bien quelques curiosités que je me réjouis de partager avec toi !

En guise de conclusion, je répondrai simplement à la question de mon amie Rachel – question que je te pose également, à toi :

Qu’est-ce qui t’a émerveillé le plus, en 2024, et qu’est-ce qui te manque le plus ? (ou, pour toi : qu’est-ce qui était le plus défiant ?) Je me ferai un plaisir de lire tes réponses, soit en commentaire ci-dessous, soit en message privé.

Les miennes :

1. Ce qui m’a émerveillée le plus : l’Océan Indien – sans hésiter ! Mais plutôt depuis le bord… :-) Particulièrement lors de nos échappées à l’Ile aux Prunes et à Mahambo (Madagascar). L’eau est toujours à environ à 28 degrés ! Le REVE !

Mais également chaque soir, les reflets que l’eau dessine sur les murs de notre cabine. Une jolie danse de lumière que j’adore observer depuis mon lit et qui me rappelle chaque jour le privilège que c’est que de vivre sur un bateau !

2. Ce qui me manque le plus : le côté un peu « train-train quotidien » de notre vie familiale, ainsi que notre sphère privée. En 2021, lors du confinement, j’avais écrit dans mon journal intime que ma vie sociale avait été comme amputée. Aujourd’hui, c’est l’inverse : ma vie privée a été amputée. Heureusement que c’était notre propre choix, et que ce n’est « que » pour 2 ans.  ;-)

Et toi, alors ? Raconte !

Et bien entendu : que ton année soit BELLE !!! (Au moins aussi belle que cette belle paire de c… que j’ai découverte ici, pas loin de l’hôtel, samedi dernier ! Ahaha !)

Et voici les paroles du chant, comme promis ! (Si tu cliques sur le titre, tu peux l’écouter !)

Le plus beau des Noëls (Rolf Schneider)

Le plus beau des Noëls

C’est quand notre cœur devient l’étable

Et que le Prince de Paix

Vient faire sa crèche en nous

 

Le plus beau des Noëls

C’est quand l’Amour s’invite à table

Et qu’un morceau de Ciel

Se glisse parmi nous

 

Oh, quel bonheur (2x)

 

Celui que nous fêtons

Est venu comme un pauvre enfant

Loin des honneurs

D’un roi puissant

Les bergers l’ont trouvé

Les mages d’Orient ont adoré

Le Sauveur de l’humanité

 

Refrain

 

Oh, quel bonheur (2x)

 

Le plus précieux des dons

Ce n’est pas l’or, la myrrhe, l’encens

Mais Sa Présence dans nos vies

Il vient porter la Paix

Parmi les nations déchirées

Aux hommes de bonne volonté

 

Refrain

 

Le plus beau des Noëls (4x)