En ce 8 décembre, j’ai un pincement au cœur pour mes collègues et mes élèves à Bulle, qui normalement auraient eu droit à une journée fériée en l’honneur de l’Immaculée Conception. Hélas, cette année, elle tombe un dimanche…
Mais revenons un peu ici, à Madagascar. J’ai envie de te présenter aujourd’hui un projet qui nous tient spécialement à cœur, avec Jérémie, et pour lequel on aimerait lever des fonds. Peut-être que Noël est l’occasion parfaite pour solliciter l’aide de nos amis afin d’offrir ensemble un cadeau un peu atypique ?
Dans la deuxième partie de l’article, je te décrirai la période particulière dans laquelle on se trouve, à 5 jours de notre première navigation. Nous nous rendrons en effet en Afrique du Sud pour la période annuelle de maintenance du bateau. Au cas où tu n’aurais pas envie / le temps de lire tout mon article, je t’encourage à lire au moins la première partie, sur ce projet.
« Nourrir Futé » : qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit d’un programme de nutrition que Déborah et Naïna Rakotoarijao ont mis sur pied il y a 10 ans. La malnutrition reste un problème majeur à Madagascar. Mais avant de rentrer dans les détails, un petit mot sur ce couple extraordinaire ! Il se trouve que j’ai eu la joie d’avoir le petit frère de Déborah comme élève, dans ma toute première volée à l’Ecole du Potier, à Oron. Sa maman était l’une de mes collègues également – avec qui j’ai toujours eu beaucoup de plaisir à travailler. J’avais donc déjà entendu parler en 2006 de cette « fameuse Déborah » qui s’était mariée avec Naïna, un Malgache, et qui s’était installée à Madagascar avec lui.
Par la suite, j’ai rencontré plusieurs personnes qui avaient eu affaire à eux, et ce qui m’a frappé, c’est qu’à l’unanime, ces personnes avaient des étincelles dans les yeux, en parlant d’eux. Leur réputation les a précédés, lorsqu’on a enfin eu le plaisir de faire leur connaissance. Ils respirent la bonté, tout simplement. Leurs 4 enfants, quasi-adultes aujourd’hui, ont quitté le nid et font leurs études à l’Ile Maurice pour 2 d’entre eux, et en Suisse, pour les 2 autres. Quelle chance (ou providence ?) qu’ils habitent précisément à Toamasina, la ville où notre famille a rejoint le bateau de Mercy Ships !
« Nourrir Futé » est donc l’un des projets qu’ils ont mis sur pied il y a 10 ans, afin de venir en aide aux enfants malnutris du pays. A ce jour, ils gèrent 7 cantines qui accueillent chacune, gratuitement, 40 enfants vulnérables, entre 3 et 6 ans, tous les jours de semaine, entre 7h30 et 13h. Durant ce laps de temps, les enfants reçoivent un goûter consistant et un repas de midi chaud. Ils participent également à des activités d’éveil animées par une éducatrice formée par l’association. Régulièrement, les enfants sont mesurés et pesés afin de vérifier leur courbe de croissance.
Avec le recul dont ils bénéficient aujourd’hui, Déborah et Naïna constatent que les enfants sortant de leur programme finissent régulièrement dans les meilleurs élèves de la classe, par la suite. Le fait de manger sainement a clairement une répercussion sur le cerveau également. Le projet s’est petit à petit étendu aux parents : ceux-ci reçoivent des formations en matière d’hygiène, assainissement, alimentation infantile et planning familial. En retour, ils s’impliquent dans la vie des centres en participant à la préparation des repas, au nettoyage ou en contribuant à l’élaboration d’infrastructures.
A leur niveau, avec les moyens qui sont les leurs, Déborah et Naïna sont en train de changer le monde. Leur rêve serait d’ouvrir 80 de ces cantines à travers tout le pays.
Comment participer ?
Nous avons eu la joie d’aller visiter la semaine dernière une de ces cantines. Je n’en dirai pas plus, mais les photos parlent d’elles-mêmes :
Avec les cuisines à même le sol, des accidents de brûlures sont vite arrivés - comme pour ce petit garçon ci-dessus.
Ce plat de spaghettis aux carottes est leur goûter. Pour la plupart d’entre eux, ils n’ont pas de p’tit déj dans le ventre…
Déborah nous a fait part de leur besoin le plus immédiat : celui d’équiper les centres avec des puits d’eau, ce qui faciliterait grandement le travail. En effet, pour l’instant, ils doivent se déplacer en tuk-tuk tous les matins, afin d’aller remplir les gros bidons de 20 litres nécessaires pour la journée (boisson, cuisine, vaisselle).
La cuisine
La vaisselle
Un autre rêve qu’ils chérissent seraient de pouvoir offrir une place de jeux à ces enfants : des balançoires, un toboggan, et des jeux d’intérieur également.
Tout cela coûte de l’argent – raison pour laquelle je me permets de t’en parler. Et si, pour Noël, tu décidais de participer à ce projet ? Mieux encore : si tu décidais également d’en parler autour de toi ? Ensemble, nous pouvons réellement faire une différence !
Concrètement, il faut 1000 CHF par mois, pour faire tourner une cantine. Notre désir serait de lever 15’000 CHF afin de subvenir aux besoins d’une cantine durant une année entière, et permettre l’installation d’un puits et d’une place de jeux.
Il est possible de nous faire un virement ou de nous twinter en précisant “Nourrir futé” (mon numéro : 0041 77 415 60 74).
Délai : 30 décembre.
La totalité de l’argent récolté sera alors viré à leur association le 31 décembre. Dans mon prochain article, je communiquerai bien entendu le montant récolté.
Merci d’avance à tous ceux et celles qui acceptent de mettre la main à la pâte !
Voilà pour ce qui est de ce beau projet. Concernant notre vie sur le bateau : la saison de Noël a déjà fait mille et une apparitions dans notre communauté, sous forme de chaussures remplies de friandises durant la nuit, visite du St-Nicolas, confections de biscuits de Noël, pièces de théâtres de l’école, création d’une crèche en pâte à sel par Marcel, talent-shows, marchés de Noël, concours de portes de cabines décorées, construction de maisons en pain d’épice, et j’en passe. Jules a été le mouton le plus chou que je n’ai jamais rencontré, et Marcel et Sophie se sont partagé les rôles honorables des parents du bébé Jésus.
Avant (le soir)
Après (lendemain matin)
Robes pour le spectacle de danse
“Klein, aber mein.” ;-)
Ce soir, Jeanne et Sophie présenteront leur spectacle de danse, pour lequel nous avons été faire faire des robes sur mesure chez le tailleur de la ville. L’évènement dont je me réjouis le plus sera la « Sankta Lucia », tradition scandinave qui commémore Sainte Lucie de Syracuse le 13 décembre. Voilà déjà quelques semaines que nous nous entraînons, une petite équipe, à chanter des chants de l’Avent en suédois, norvégien et danois. Une famille suédoise à bord nous entraîne dans cet apprentissage, et j’adore les sourires en coin (pas loin de fourires) qui circulent entre nous tous – le comique de la situation étant évident. As-tu déjà essayé d’aligner des noms de meubles IKEA et de les chanter sur un ton rempli d’émotions ? La représentation aura lieu vendredi soir, nous porterons des robes blanches ainsi que des vraies bougies (apparemment, c’est le seul évènement de l’année où le capitaine donne son accord pour en utiliser !).
Au milieu de toute cette effervescence et de traditions diverses, il n’est pas facile de garder en tête (et “en coeur”) le sens premier de Noël. Mon âme aspire à du temps en solitude, épuré, où elle peut s’accorder tout tranquillement à la réalité de cette saison - en me rappelant qui en est la raison…
L’autre évènement qui aura également lieu ce vendredi sera le début de notre navigation vers l’Afrique du Sud ! Nous lèverons l’ancre le matin du 13, et arriverons normalement le 18 décembre à Durban. J’écris « normalement », car en cas de cyclone, le bateau devrait prendre une autre route qui consisterait à contourner l’Ile par le Nord, et de redescendre par le Canal du Mozambique – bras de mer, donc beaucoup plus calme. Ce trajet nous prendrait le double, voire le triple du temps. Mais pour l’instant, pas de cyclone en vue. J’ai tellement hâte de vivre cette expérience inouïe de la vie en haute mer ! Je me réjouis des ciels étoilés la nuit, de ne voir que de l’eau à perte de vue, peut-être des poissons volants ou même des dauphins (!), de suspendre mon hamac au deck 7 et de “laisser couler la vie”. Je ne suis pas dupe quant au mal de mer : je sais déjà que j’aurai du mal à le combattre. Mais j’ai l’espoir qu’avec les médicaments et du riz nature, je puisse faire face, et profiter quand-même de mon rendez-vous avec l’Océan.
Pour l’instant, nous n’avons admiré l’Océan Indien que depuis la plage…
Avant de mettre le cap sur Durban, on devra encore procéder au paquetage de tout ce qui bouge dans la cabine : chaque objet qui pourrait glisser ou tomber devra être rangé dans des tiroirs, lesquels devront être fermés à l’aide de plaques métalliques.
Nous allons recevoir également des sangles pour attacher notre frigo et le fixer au mur avec de gros aimants (tous les murs et plafonds sont aimantés sur le bateau). Quant aux lits superposés, il y a des ceintures de sécurité qu’on devra passer autour des enfants, pour ne pas qu’ils tombent.
La maman de Caroline, dont je t’ai parlée dans un précédent article, m’a raconté que ses petits-enfants lui avaient envoyé des vidéos où ils étaient sur le canapé de leur cabine et où le canapé glissait de gauche à droite à travers le salon ! Je sens que nos enfants vont bien s’amuser…
Autre mesure de préparatifs avant le “sail” : nous allons faire un “At Sea drill” mardi - comme les exercices de feu quand on est à quai, mais cette fois, on testera l’évacuation du bateau par les canots de sauvetage ! Il va y avoir de l’action ! :-) Espérons juste que nous n’aurons pas besoin de ces exercices pour de vrai…
L’essayage des gilets de sauvetage est déjà chose faite.
Dernière curiosité liée à notre départ imminent : avant le jour J, des équipes de fouilleurs devront passer au peigne fin le bateau, pendant que les membres de l’équipage se réuniront dans la salle à manger. Ceci, pour éviter que des passagers clandestins se cachent à bord et tentent de profiter d’un voyage gratuit vers l’Afrique du Sud. Il semblerait que par le passé, des chiens de police aient été mandatés pour aider à ces fouilles. On verra si on aura la chance de voir à nouveau la “Patte Patrouille” en action cette fois-ci ! Jérémie s’est inscrit comme volontaire pour participer à la recherche. Il se réjouit déjà comme un gamin. :-)
Une fois arrivé à Durban, comme précisé plus haut, le bateau devra subir quelques réparations. Nous retournerons ensuite à Madagascar début février. Durant ces 2 mois, l’hôpital est évidemment fermé, les patients et le personnel soignant s’en sont allés ces derniers jours. Des ouvriers de la construction sont en train d’arriver en masse (notamment pour laver les canalisations du bateau, refaire des sols, rénover la plomberie, etc). Il serait peu pratique, voire dangereux de rester à bord avec des enfants durant ces travaux. Les quelques 10 familles que nous sommes devront donc quitter le navire – et s’installer pour quelques semaines dans un hôtel. Les lois maritimes étant complexes au possible, nous n’aurons malheureusement pas le droit de visiter le pays. Avec notre visa de marins, nous pourrons tout juste circuler dans un rayon de 60 km autour du port de Durban. Nous devrons également rester dans l’hôtel que Mercy Ships a pu réserver – il n’est pas possible d’aller faire une nuit ailleurs. Aucune idée si je vais apprécier ou non le fait d’être à l’hôtel durant tout le mois de janvier, avec les 4 enfants, pendant que Jérémie se déplacera en navette matin et soir pour aller bosser dans son bureau, sur le bateau. Je pense que je devrai aller puiser à nouveau dans mes souvenirs du confinement, afin de savoir comment occuper nos journées sans nous entretuer…
A ce propos, je termine cet article avec un fait plus ou moins comique de la vie en communauté : on ne peut même pas s’engueuler en paix ! Il y a partout, tout le temps, quelqu’un (ou beaucoup de personnes) qui nous entendent !
Voilà ! J’espère que la prochaine fois que tu t’engueuleras avec quelqu’un, tu savoureras l’aspect de la privacité au moins. :-)
Sur ce, JOYEUX NOEL ! Et que la Lumière qui est venue briller dans les ténèbres puisse aussi venir éclairer ce qui a besoin de l’être, dans nos vies !
PS : Allez, je ne résiste pas… Voici encore quelques photos de notre week-end au Palmarium, où on est tombé sous le charme des lémuriens ! Avec eux, on te souhaite d’avance déjà une BONNE ANNÉE 2025 !
Le “Aye-Aye” est un lémurien de nuit. Comme disait notre guide : il est un peu “ugly-cute” ! (“Moche-chou”)
Un immense MERCI de nous suivre, et de nous soutenir par tes pensées, prières, messages et/ou dons ! Et MERCI de considérer notre proposition d’action de Noël ! Au grand plaisir d’avoir de tes nouvelles !