Nous y sommes : premier article depuis qu’on est sur le fameux bateau… et voilà que je souffre du syndrome de la page blanche ! Ça fait des jours et des jours que je pense à ce que je voudrais écrire – mais je n’ai pas d’angle d’approche qui me paraisse satisfaisant. Il faut dire que la tâche est énorme : comment pourrait-on coucher sur papier autant d’impressions différentes et contradictoires ? Il se sont passé tellement de choses depuis notre arrivée (le 31 août) que je peine à savoir par où commencer. Et comment continuer. Et bien sûr, par quoi terminer. On se trouve un peu comme parachuté dans une grande fourmilière et on essaie de comprendre petit à petit le fonctionnement extrêmement complexe de celle-ci.
Par conséquence, l’image que je pourrai rendre de ce nouveau monde qu’est l’Africa Mercy à Madagascar sera forcément infidèle à la réalité. Tout ce que je peux faire, c’est une tentative timide de description du petit coin de fourmilière qui est le nôtre au sein de ce grand navire.
Et si je vous faisais d’abord un petit tour du bateau ? Mais avant d’escalader la passerelle, veuillez s’il-vous-plaît vous laver les mains. Il s’agit d’un hôpital flottant, ne l’oublions pas.
Arrivés en-haut, au deck 5 (5e étage), il vous faut scanner votre badge – afin que la garde népalaise, les “gurkhas”, puisse savoir exactement qui est à bord et qui ne l’est pas. Ce détail est très important en cas d’évacuation d’urgence du bateau. La sécurité passe avant tout ici. Voilà, bienvenue à bord !
Trish, la réceptionniste irlandaise, vous adresse son plus beau sourire – et si elle vous a à la bonne, elle vous mettra même sur sa liste de bénéficiaires pour une pédicure ! C’est sa passion. (Merci tout de même de vous laver les pieds avant le rendez-vous…) ;-)
Sur votre gauche, vous voyez la salle à manger, ou le « dining room ». A toute heure de la journée, vous pourrez venir y griller des croque-monsieurs, des paninis ou des toasts – et il y a toujours de quoi les garnir (beurre, confiture, nutella, beurre de cacahouètes, etc.).
Comme vous pouvez le voir, les tables sont très cozy et on a le choix de se poser à une table en « petit comité » ou à une plus grande, si on a envie de faire causette avec d’autres personnes.
Les repas sont toujours variés – il semblerait qu’il y ait une rotation de menus sur cinq semaines. La nourriture est en partie locale et en partie européenne. Il y en a vraiment pour tous les goûts ! (Seule constante : du riz midi et soir, tous les jours !)
Si l’on ressort de la cantine, on se dirige vers l’endroit qui représente le battement du cœur du bateau : le mid-ship ! Il s’agit d’un espace ouvert où se situe le “Ship-Shop” (petit magasin) et le café avec ses petites tables accueillantes et ses spécialités hebdomadaires : les pop-corns du mardi, les glaces du jeudi, les gaufres du vendredi – et parfois, des pancakes ou des « cinnamon rolls » le week-end.
Le café donne sur deux larges escaliers qui montent des 2 côtés pour vous emmener à différents coins de salon, avec des canapés et des tables basses. De l’autre côté, l’ « internet coffee » et un « playroom » pour les enfants. Atmosphère feutrée, calme, idéale aussi pour savourer un bon bouquin. Si on ne veut pas être dérangé, on glisse une paire d’écouteurs dans les oreilles, et personne ne nous adresse la parole.
Mais restons encore un peu au 5e étage. Après le café, on y trouve la banque : minuscule bureau, mais très pratique pour retirer des « ariaris » (monnaie locale) ou pour recharger les comptes liés à nos badges (ainsi, même les enfants peuvent s’acheter des petits encas avec leur argent de poche, simplement en scannant leur badge). Une bibliothèque bien étoffée se situe également à cet étage, ainsi qu’un petit salon de coiffure.
Au 6e étage se trouve l’« international lounge », lieu de rassemblement officiel pour l’équipage. On y reçoit notamment les infos du lundi matin, à 7h45, séance obligatoire pour tous. Les vendredis et samedis soir, cette salle nous serre de cinéma - avec ses deux grands écrans.
Le dimanche soir, il s’agit du lieu de culte, ouvert à tous, mais non obligatoire évidemment. A part ça, Marcel est ravi de pouvoir y jouer du piano à queue !
Toujours au 6e, il y a également l’Academy – l’école du bateau. Vous y verrez différentes salles de classes, une propre bibliothèque, une salle informatique et des enseignants passionnés et souriants. Les enfants aiment relativement bien y aller - mais ça reste des élèves comme partout ailleurs dans le monde… Ils ne vont quand-même pas dire qu’ils aiment l’école !
C’est également au 6e que se trouve la buanderie : on s’inscrit pour les plages horaires qu’on désire. Attention d’arriver à l’heure pour retirer son linge de la machine : si on a plus de 10 minutes de retard, on doit mener une véritable chasse au trésor pour retrouver son linge ! (La personne inscrite après vous l’aura mis dans un panier, mais il y a BEAUCOUP de paniers de linge dans ce lieu…)
A côté, il y a la « crew galley », autrement dit, la « cuisine pour l’équipage ». Des règles très strictes gouvernent aussi cet endroit – parait-il que la majorité des incendies démarrent dans des cuisines. Ainsi, il y a un nombre incalculable de mesures de sécurité à prendre en compte – allant d’un gyrophare orange qui s’enclenche toutes les 15 minutes et qui demande à ce que quelqu’un presse un bouton vert à l’entrée, aux tiroirs de cuisine impossibles à ouvrir à une main – histoire qu’ils ne s’ouvrent pas tout seuls lorsque le bateau navigue en mer – à la règle d’or qui dit qu’on ne doit JAMAIS quitter la pièce si l’on a quelque chose sur le feu ou dans le four. Conseil : prendre un livre avec soi, lorsqu’on doit attendre bêtement durant 50 minutes le temps que le gâteau soit cuit !
Voilà – après avoir vérifié quatorze fois qu’on a éteint tout ce qu’on pouvait éteindre, on s’aventure cette fois au deck 7 : le meilleur étage, vu que c’est celui où se trouve notre cabine ! Mais avant de vous la montrer, je vous emmène directement faire un tour à l’air libre, car oui, au 7e, on peut sortir sur le pont !
Coucou en passant ! Eh oui, c’est de là que je vous écris ces lignes !
Estimez-vous heureux de n’avoir que l’image et non pas le son de ce moment : ils sont en train de faire des travaux au deck 8, et ce sont des bruits de scies métalliques et de coups de marteaux qui constituent le fond de toile (ou même le 1er plan de la toile…) !
Sur ce pont, donc, quelques jeux pour les enfants, deux balançoires, des filets en-dessus de la balustrade (pour les jeux de ballon).
C’est aussi ici que les patients de l’hôpital sortent une fois par jour, et où l’on peut donc entrer en contact et jouer avec eux. Plus à ce sujet dans un prochain article.
L’endroit que je préfère ici se trouve vers la proue (l’avant) du bateau : quelques marches d’escaliers aussi raides qu’une échelle nous emmènent à la « monkey island » (île des singes).
De là, juste au-dessus de la cabine du capitaine, on a une vue imprenable sur l’océan qui s’ouvre au large. Petit coin idéal pour méditer ou simplement profiter d’un moment de solitude. Tiens, en parlant du capitaine : il est justement en train de hisser le drapeau de Madagascar.
Plutôt beau gosse, non ? ;-)
(Pssssst ! C’est le moment de vérifier vos chaussures… si vous portez des tongs, ça vous vaudra un froncement de sourcils comme avertissement. En effet, avec des flaques d’eau et des escaliers en métal partout, le capitaine ne veut pas prendre le risque de vous compter parmi les patients à cause d’une bête chute !)
Je profite de vous faire monter rapidement au 8e étage encore, qui est le pont supérieur. Ici, c’est le paradis pour les enfants avec la grande place de jeux, et tout l’espace pour faire des courses poursuites avec des tricycles, des karts et des trottinettes.
C’est également l’endroit où on peut se dégourdir facilement les jambes, si on veut se faire une demi-heure de marche (en tournant certes en rond, mais avec une vue splendide sur le ciel et la mer autour) ! De ce côté aussi, une sorte d’escalier-échelle nous amène à un 9e étage où se situe la piscine ! Elle est donc à la même hauteur que la « monkey island », mais à la poupe (l’arrière) du bateau. Endroit exquis pour venir se ressourcer, se rafraîchir, ou prendre un bain de soleil tout simplement. (A propos du soleil : il est en train de se coucher, alors qu’il n’est que 17h30 ! Et dans un moment, vous allez voir le spectacle coloré qu’il laisse derrière lui chaque soir !)
Bon, et si je vous montrais notre cabine, cette fois ? Descendons au 7e, en passant par le petit escalier étroit. Là, vous voyez la barrière sur laquelle je fais sécher nos affaires de piscine (notre cabine est bien trop étroite pour faire sécher tout ce matos !). Ça fait partie du luxe d’avoir sa cabine au 7e !
Et alors, ce hamac devant le coucher de soleil, il vous fait de l’œil ? Vous pourrez y revenir plus tard. On n’a pas fini notre visite !
Voici notre porte d’entrée : bienvenue dans notre petit “home sweet home” !
Petit, mais cozy ! J’y ai mis tout mon cœur, déjà avant de venir, pour faire de cette cabine un nid douillet. Jérémie n’en croyait pas ses yeux, en voyant tout ce que j’emportais comme matériel de déco. Source de 2-3 tensions entre nous, avant le départ… (Lui qui s’essoufflait à SORTIR plein de choses de la maison, en faisant des trajets à n’en plus finir, à la déchetterie, à Coup de Pouce, à la Croix Rouge – et moi qui faisais RENTRER plein de nouvelles choses dans la maison…) Le résultat final lui plaît quand-même assez (à moins qu’il fasse semblant pour me faire plaisir !?).
Voilà donc notre nouvelle maison pendant 2 ans. Les choses auxquelles on va devoir s’habituer encore : les toilettes à aspiration (comme dans les trains ou les avions) qui nous font sursauter à chaque fois qu’on tire la chasse. Le fait qu’on ne puisse pas ouvrir la fenêtre (j’écris bien LA, puisque nous n’en avons qu’une seule !). Le fait de n’avoir qu’une seule poubelle aussi pour toute la famille - à la cuisine. Mais finalement, on y est en 4-5 pas depuis n’importe quel coin de la cabine… Le fait qu’il fasse encore plus froid dans la cabine que dans le reste du bateau. On hésite à écrire sur notre porte d’entrée : « Welcome in our fridge » ! (« Bienvenue dans notre frigo ! ») Eh oui, malheureusement, on ne peut pas régler la température, uniquement la force de la ventilation. Le bruit de celle-ci demande d’ailleurs aussi une certaine acclimatation : on l’entend partout et tout le temps. La première nuit, je me souviens avoir rêvé de nos deux chats. Je les voyais clairement devant moi, en train de ronronner de toutes leurs forces - jusqu’à ce que je me réveille et prenne conscience que ce ronron, c’était le bruit du bateau. Nous n’avons donc pas d’animaux domestiques ici, mais habiter à l’intérieur d’un navire ronronnant, c’est déjà pas mal !
Et bien entendu : le fait que la chambre parentale serve en même temps de salon et de salle à manger au reste de la famille… ça fait un bon stretching psychologique, on va dire !
Mais voilà – je me souviens avec gratitude du conseil qu’on nous avait donné avant de venir : « Don’t forget : the cabin is small, but the ship is big ! » (« N’oubliez pas : la cabine est petite, mais le bateau est grand ! ») Heureusement qu’on peut sortir de la cabine, et même du bateau d’ailleurs, quand on veut, comme on veut… sauf quand on a chopé le Covid ! Ce qui est le cas de Jérémie, suite à une retraite de team-building sur 2 jours qu’il a faite la semaine passée, à une heure de route (et 20 km :-)) d’ici.
Depuis, il n’est pas ressorti de la cabine, devant respecter la règle des 5 jours d’isolement - à l’exception de deux créneaux horaires par jour, où il a le droit d’aller s’aérer les poumons sur le deck 8, en portant un gilet jaune. Il y retrouve les 2-3 autres de la “Team Covid” pour leur balade commune. :-)
J’avoue que mes nerfs sont bien éprouvés par le nombre de repas que je dois lui livrer (et débarasser) par jour et tout le reste de la logistique qui s’en trouve complexifiée… Le plus dur ayant été de forcer Jules à porter le masque ! Il a fini par y arriver, mais pas sans crises d’hurlements atroces et de blocage catégorique à cette idée durant tout le week-end. On en ressort lessivés physiquement et psychologiquement, toute la famille. Prions que jeudi, le test Covid soit négatif, chez nous tous, et qu’à partir de dimanche, on puisse laisser tomber ce *** de masque pour de bon !
Voilà – il nous reste à visiter les étages inférieurs du bateau que je connais moins, mais que je peux rapidement vous décrire : au 4e, des cabines de un à dix lits, dont certaines sont totalement dépourvues de fenêtres… Au 3e, l’hôpital avec ses cinq salles d’opération, une salle de soins intensifs et les chambres pour les patients. Les lits sont faits sur mesure de telle façon à ce qu’un membre de la famille du patient puisse dormir en-dessous. En effet, dans la culture africaine, il est impensable de laisser un patient aller à l’hôpital seul ! Les infirmières s’occupent bien entendu des soins et d’apporter la nourriture, mais les membres de la famille peuvent ainsi participer et réconforter le patient.
Au 2e étage se situent les réserves de nourriture, matériel médical, et autres. On y trouve également la pharmacie, le dentiste et la « Crew Clinic » (« clinique pour l’équipage ») où l’on est entre de mains bienveillantes. Jugez par vous-mêmes :
Le 2e étage est celui des machines, des moteurs et compagnie, et le 1er, fermé au public, contient toutes les réserves d’eau ainsi que le système d’élimination des eaux usagés (si j’ai bien compris)…
Notre tour du bateau touche à sa fin, je me ferais un plaisir de répondre à vos questions maintenant !
Dans un article suivant, je vous révèlerai un peu plus de détails sur ce qu’on découvre de ce beau pays qu’est Madagascar, sur le moral des troupes et sur comment nous gérons les différents aspects de cette « vie sur le bateau ». Pour l’instant, je crains que nous ne le savons pas encore nous-mêmes. On est toujours dans la phase où tout nous semble « complexe et étrange ».
Pour la petite histoire : avant notre départ, je disais parfois que je me sentais comme en fin de grossesse : ça faisait tellement longtemps qu’on en parlait, de ce projet de Mercy Ships ! J’avais l’impression d’avoir un ventre énoooorme et je n’avais qu’une envie, c’était que ce bébé pointe enfin son bout du nez…
Maintenant qu’on a atterri sur le bateau, je me rends compte que « le bébé, c’est nous » ! On débarque dans un monde totalement inconnu, avec des cultures qui se mélangent de toute part, des repères à trouver, des habitudes à (re)créer, des nouvelles routines à inventer, des mentalités nouvelles à décoder, etc. Largement de quoi perdre le nord pendant un moment !
Sur ce, je vous envoie plein de salutations depuis l’hémisphère sud, en espérant que votre visite virtuelle du bateau vous ait plu ! Et n’oubliez pas de remonter au hamac, pour aller admirer les dernières lueurs du jour.
Voilà - il est 18h, et dans une demi-heure, il fera nuit noire ! Bonne nuit ! :-)
Un immense MERCI à tous ceux qui s’investissent à nos côtés par des messages, des prières et des dons !
Vous êtes plusieurs à nous avoir demandé comment nous soutenir. Si c’est votre désir, rendez-vous sur le site de Mercy Ships Suisse. Vous pourrez cliquer sur notre nom et faire un don. (Ces dons sont déductibles des impôts.) Précision : nous finançons ce projet par un défraiement de Mercy Ships, par nos économies et par des dons.
Un tout grand MERCI aussi à ces entreprises qui nous soutiennent :