Coup d'oeil dans le rétro

D’habitude, c’est plutôt autour de Nouvel-An, qu’on fait ce genre d’exercice mental. C’est en tout cas la question fétiche de Jérémie (mon mari), à chaque fête ou apéro du mois de décembre : « Quel était le meilleur moment de votre année ? »

Cette fois, l’envie me prend en été. Peut-être parce que je suis prof, ou parce que j’ai mon anniversaire en juin ? Dans tous les cas, j’ai l’impression qu’une page se tourne, et j’ai donc décidé de te brosser ici un tableau de ce à quoi a ressemblé mon année écoulée. Qui sait ? Peut-être que cela t’incitera à réfléchir à ce qui aura marqué la tienne ?

  

Alors – voici 10 éléments phares de mon année. (Au cas où tu n’aurais pas le temps ou l’envie de lire tous les points : attarde-toi au moins vite au point 4 : qui sait, peut-être que ces infos pourraient te servir un jour ?) 

 

1. L’année de mes 40 ans ! Pour fêter ça dignement, j’ai choisi de ne pas m’infliger une grande fête où l’on invite plein de monde, et où l’on reste sur sa faim, parce qu’on n’a pas parlé avec la moitié des invités. Sans parler du boulot de louer un local et de le rendre en état le lendemain… L’idée de ce fameux « Noël Covid » (2022), où l’on ne devait pas être plus que 10 personnes, m’a finalement assez plu, et c’est sur cette base que j’ai conçu spécialement la fête de mes rêves. Ou plutôt : les fêtes, parce qu’il y en a eu 4 - une par saison ! Par un doodle, les gens (4 x 10 personnes) se sont inscrits à la journée qui leur paraissait la plus intéressante pour eux. En hiver, descente de luge à Charmey, au printemps, un pique-nique à Goya Onda (au bord du Lac de la Gruyère), en été, une petite marche autour du lac de Lessoc, et en automne, j’ai laissé carte blanche aux invités pour m’organiser une journée de leur choix. J’ai été gâtée : bains thermaux, dîner au resto (chasse) et cours de poterie l’après-midi !

J’ai adoré ces 4 saisons de mes 40 ans ! (Modèle testé et approuvé : si tu veux piquer l’idée – elle est à toi !)

 

2. Mon échappée en Egypte – mais ça, je t’en ai déjà parlé. Je tiens quand-même à préciser que ce que je retiens le plus de ces vacances, c’est que je sois une « deep water diver » diplômée à présent ! Et j’ai hâte d’aller explorer d’autres mers, d’autres horizons, avec cette nouvelle compétence acquise !

 

3. L’année scolaire où j’ai eu le plus d’élèves ! 27 dans les deux classes, pour être précise… ça en fait, des pages à corriger… des élèves à tenir en place… des troubles à prendre en compte… mais heureusement, aussi : plein de jolies personnes à découvrir ! On a quand-même eu le droit à une visite du grand Hugo Stern, chef du SEnOF (Service de l’Enseignement obligatoire de la langue Française) et de l’inspecteur de l’arrondissement, pour venir nous écouter sur les défis d’enseigner dans ces conditions. L’effectif élevé d’élèves étant une chose, mais le nombre ahurissant d’élèves à (grandes…) difficultés, une autre ! Ouf, l’ouverture d’une nouvelle classe pour l’année prochaine nous a été accordée. Et si j’ai tenu le coup à l’école, cette année, c’est en grande partie grâce à la super collaboration avec mes collègues en OR ! On forme une équipe de choc !

 

4. La gale, la gale, la GALERE !!! Toi aussi, tu classais la gale plutôt dans les maladies moyenâgeuses ? Bienvenu dans le club. Alors tu imagines ma surprise, quand la pédiatre m’a répondu avec un air dubitatif : « ah non, Madame… ça, c’est pas des boutons de moustique. Ça, c’est la gale ! » J’avais bien remarqué que 2 de mes enfants avaient des drôles de « piqûres » sur le torse. J’avais simplement cru qu’ils s’étaient fait dévorer, comme ça arrive chaque été. Là, c’était en novembre. C’était tout de même un peu étrange… Quand ça a commencé à ME gratter, j’ai flippé – d’où mon passage en urgence chez la pédiatre avec l’un de mes loulous, jour J du fameux diagnostique.

Par contre, ne me demande pas OÙ est-ce qu’on aurait pu l’attraper, parce que j’en ai aucune idée ! En plus, ça prend entre 5 et 7 semaines d’incubation : vas-y pour retracer les contacts (même rapprochés) que chacun de tes enfants aurait pu avoir ! Le fait est que cette sale gale s’est installée chez nous, et qu’après des semaines et des semaines de lessives vertigineuses et de planquages de doudous, de tapis, de coussins de canapés, de couvertures et j’en passe, à la cave, dans des sacs fermés, cette saloperie continuait à refaire surface… (Vous n’imaginez même pas ma panique, toujours actuelle, quand un de mes enfants me dit : « J’ai quelque chose qui me gratte. ») Heureusement, on a fini par avoir l’avis de l’infirmière de l’ORS (organisme qui s’occupe des réfugiés – j’y reviens, dans un instant) qui nous a informés gentiment que la fameuse pommade de la pédiatre était très bien, certes, mais qu’il fallait accompagner ce traitement par l’ivermectine, qu’on prend par voie orale. Ah ben voilà ! Fallait nous le dire plus tôt ! En 2 temps 3 mouvements, cette gale est repartie de notre foyer aussi rapidement qu’elle s’y était installée (3 mois auparavant). Ce que je retiens de cet épisode, c’est l’espèce de honte qui accompagne ce fléau. Tu t’es déjà entendu dire : « C’est bon ! J’ai pas la gale ?! » Sauf que là, en fait, si. Tu l’as. Et tu ne peux pas en vouloir aux gens, de faire un pas en arrière, dès qu’ils le savent ! Je retiens également les heures et les heures de boulot engendrées par ces lessives excessives. Le découragement, à chaque fois qu’on se disait : « C’est reparti pour un tour… ». Ma conclusion de tout ça, c’est que la gale est une maladie qui s’attaque directement aux NERFS !!! Et pas sûr que ça soit uniquement au sens figuré…

 

5. ORS, parlons-en : Jérémie a accepté un poste à 70% comme responsable de foyer pour requérants d’asile, à Fribourg, depuis le 1er février. (Non non, la gale, ce n’était pas de là ! Il s’agissait peut-être d’une sorte d’épreuve préparatoire, qui sait ?) En tout cas, sacré choc culturel pour mon homme, après ses 9 ans dans l’hôtellerie ! (D’ailleurs, il a gardé son poste à l’Ecole Hôtelière de Montreux, à 30% encore.) J’avoue que les mois de février, mars, avril ont été chauds chauds, en termes de remises en question, mari sur les rotules qui devait jongler entre 2 postes en pleine transition, insomnies, craintes face à la violence rencontrée à sa nouvelle place de travail, etc. Le tout s’est calmé depuis, les quelques personnes qui causaient le plus de remous ont soit été déplacés vers d’autres foyers, soit mis en prison. Le taux de stress est également descendu à la maison, alors que Jérémie continue de trouver ses marques dans ce nouveau milieu, avec cette population aussi intéressante qu’attachante.

 

6. Pour se remettre un peu de cette période stressante, on a booké des vacances à Center Parc en Allemagne pour Pâques. Avant de partir, Jérémie me lance : « La seule chose que je vise pour ces vacances, c’est PAS DE STRESS ! ». Il a été servi, et au-delà de ses attentes ! Le jour même, on est tombés en panne sur une bretelle d’autoroute près de Strasbourg, et on a pu attendre non moins de 4 HEURES avant qu’une dépanneuse daigne venir nous remorquer… Tout ça, pour une question de TCS et de police qui se renvoyaient la balle parce que pour les uns, il s’agissait déjà de l’auto-route, pour les autres non, etc. En termes de “no stress”, on a eu notre dose.

Heureusement qu’il y a eu un ange tombé du ciel, un certain Maurice, qui a ralenti, pour savoir s’il pouvait nous aider d’une quelconque manière. On lui a répondu que non, mais que c’était gentil à lui d’avoir proposé. 20 minutes plus tard, le re-voilà, avec une boîte remplie de délicieuses pâtisseries alsaciennes, rien que pour nous ! Il a ensuite insisté pour attendre encore avec nous, jusqu’à ce que les secours arrivent. (Encore plus d’une heure, quand-même !) Des gens comme Maurice, ils font REELLEMENT la différence. Je m’en souviendrai toute ma vie.

 

7. Ensuite, un point que je vais juste mentionner sans pouvoir l’expliciter en détail : nous avons gagné 5 nouveaux neveux et nièces dans la famille ! Ils sont arrivés le 1er avril, et il ne s’agit nullement de poissons ! Pour une question de protection de vie privée, je n’en dirai pas davantage pour l’instant. Mais ne pas les mentionner n’aurait pas reflété un tableau complet de mon année incroyable écoulée… Et promis, un jour, je t’en dirai plus !

 

8. Cervin, Toblerone, Matterhorn : eh oui ! Nous avons été à Zermatt, afin que je puisse rattraper un certain retard patriotique… En effet, je culpabilisais un peu, d’avoir été aux quatre coins du monde, d’avoir traversé le Golden Gate, vu les chutes du Niagara, navigué en pirogue sur le Mekong, savouré les plages paradisiaques de Nouvelle-Zélande, admiré les éléphants au Laos, sans parler de tous les pays d’Afrique que j’ai eu la chance de visiter - mais de n’avoir jamais, ô grand jamais, été voir le fameux pic suisse qu’on voit sur toutes les cartes postales de Suisse. Eh bien, on s’y est rendus : on a pris des jours joker pour les enfants, Jérémie a pris congé, on a fait 2h30 de route pour l’aller, plus 1h de train pour monter depuis Zermatt (même nombre d’heures pour le retour, évidemment) – mais PAS DE CERVIN EN VUE ! La journée était pourtant assez ensoleillée, mais ce c*** n’a pas été foutu de sortir la tête des nuages (ni aucune autre partie de son corps, d’ailleurs) ! On est repartis bredouilles… en rigolant quand-même un peu de cette « sortie ratée ». Heureusement qu’on a pu acheter des cartes postales au moins. 

 

9. Un autre évènement qui nous a changé la vie, cette année, c’était l’adoption d’un petit chaton abandonné. Un vrai petit minou de ferme, avec un poids de plume, et une queue en panache, qui devait avoir 5 semaines tout au plus, selon le vétérinaire. De quoi tomber chamoureux ! C’était le cadeau promis pour les 9 ans de Sophie. Cadeau qui s’est miraculeusement multiplié à peine 10 mois plus tard, puisque Gypsy nous a pondu 4 merveilleux petits chatons ! 2 mâles, 2 femelles. L’équilibre familial était maintenu. Ces jours, on est déjà en train de leur dire au revoir, non pas sans pincement au cœur. Ces petites boules de poils nous ont apporté énormément de joie durant les dernières semaines. Nous sommes confiants qu’ils continueront d’en apporter à leurs nouveaux propriétaires.

 

10. Last but not least : Mercy Ships ! Ce dernier point m’amène à quitter du regard le rétroviseur, pour fixer la route devant moi. En effet, nous sommes en plein processus d’admission pour rejoindre une œuvre humanitaire à partir de l’été 2024. Il s’agit des bateaux « Mercy Ships », véritables « navires-hôpitaux » qui apportent des soins chirurgicaux aux plus démunis. Ce rêve a pris racine depuis quelques mois dans nos cœurs et c’est avec beaucoup d’émotion que nous avons décidé, tous les membres de la petite troupe, de nous lancer dans cette aventure qui durera 2 ans (durée minimale pour les familles à bord).

Pour te donner un chiffre qui m’a marquée : il y a 1 million de personnes dans le monde qui meurent chaque année du paludisme. 17 millions meurent pour cause de non-accès à des soins chirurgicaux ! Mercy Ships intervient autant pour les urgences (opérations orthopédiques, gynécologiques, ophtalmologiques et dentaires) que pour le développement durable, en formant du personnel local et en mettant sur pied des salles d’opérations dans les capitales. Une mission dure généralement 10 mois dans un même port.  

Pourtant, nous ne sommes pas dans le milieu médical : qu’allons-nous bien pouvoir faire sur ce bateau ? Eh bien, l’expérience que Jérémie a acquise dans le milieu de l’école hôtelière semble très appréciée à bord. Il a donc postulé pour « hospitality service manager ». Au vu du dernier entretien, tout semble se dérouler positivement, étant donné qu’ils auraient voulu nous engager direct pour le mois de janvier 2024. Nous avons poliment refusé en précisant qu’il est important pour nous de terminer l’année scolaire ici (autant pour les enfants que pour moi) !

Quant à la scolarité des enfants, il y a une école reconnue sur le bateau. Ils devront donc se mettre à l’anglais…

De mon côté, je sortirai d’une formation de 10 mois en « accompagnement spirituel », sous la direction de Lytta Basset ! (Je me réjouis tellement d’apprendre de cette femme que j’admire profondément.) Je pourrais m’imaginer mettre mes compétences de coach au service des gens à bord. Ou peut-être que je vais pouvoir servir de traductrice anglais-français. Ou encore de « French teacher », voire d’enseignante tout court. Tout est encore ouvert – je verrai sur place, une fois que les enfants seront un peu rôdés dans leurs classes respectives.

La perspective de quitter nos sécurités et tout ce qu’on connaît ici, pour une aussi longue période, s’accompagne évidemment aussi de stress intérieur.

Je me pose mille et une questions, sur comment on va survivre, dans une cabine à 6 (!?!), dans un environnement d’hôpital où tout est stérile (aucun animal à bord… nous, qui sommes fans d’animaux ! huhuuuu !), où l’on n’a pas le droit de se promener en tongs pour des raisons de sécurité (moi qui vis en tongs de mars à octobre…), etc. Une autre préoccupation que j’ai : comment je vais bien pouvoir me ressourcer en nature, dans un espèce de navire géant, amarré dans un port de capitale ? Même si je peux sortir du bateau, il me faudra un taxi pour m’emmener dans un joli coin, j’imagine ? Et les dangers, dans tout ça… ?

Quant aux enfants : est-ce qu’ils trouveront vraiment de quoi s’occuper sur ce bateau, sachant qu’on n’aura pas d’espaces de rangements pour embarquer beaucoup de jeux ? Pas de ludothèque à bord, pas de forêt tout prêt, et la piscine… comment dire ? Il y aura environ 1000 personnes à bord, et la piscine ne fait pas plus que 10m sur 5…

Ensuite, je me demande aussi comment je vais occuper mon temps, si je n’ai plus de courses et de repas à gérer – et comment je vais me ré-adapter à notre retour, après deux années entières où j’ai pu mettre les pieds sous la table sans me soucier du menu ? Bref : pour quelqu’un qui se considère assez “carpe diem”, je ne vis pas autant dans le présent que ça, au final…

Mais une parole prononcée par notre ami Pascal, au début de nos démarches, me revient régulièrement en tête dans ces moments : « ça sent bon la joie, ce projet ! » Cette phrase toute simple résonne fortement en moi. Il suffit que j’y repense pour arriver à mettre mes craintes un peu en sourdine, et à me fier à mon odorat. Effectivement, Mercy Ships, ça sent bon la joie !

 A toi, cher lecteur, chère lectrice : un immense MERCI d’avoir pris le temps de lire tout ce pavé ! Si tu me disais un peu ce qui se trame dans la tienne, de vie ? Est-ce qu’il y a aussi quelque chose qui sent bon la joie, pour toi en ce moment ?