« Alors, tu as été visiter les pyramides ? » Cette question, on me l’a posée plusieurs fois, après mon voyage en Egypte. Hélas, non. Avec 5 jours top-chrono sur place, j’ai tout juste eu le temps de me concentrer sur mon brevet de plongée. En revanche, à défaut d’admirer les tombeaux des pharaons, j’ai pu admirer de près à quoi aurait pu ressembler le tombeau de notre belle histoire d’amour, avec Jérémie. Ou du moins, le tombeau de la fidélité qu’on s’est jurée mutuellement devant l’autel.
Avant de partir, plusieurs personnes (un peu inquiètes, sans doute) m’ont mise en garde contre les hommes de “ces pays”. Mon oncle en particulier, qui a un peu joué le rôle de mon Papa, m’a soumis avec beaucoup d’insistance de n’accorder ma confiance à personne, là-bas. Il ne croyait pas si bien dire… Je n’aurais pas pensé que je devais même me méfier de ma propre petite personne !
Il s’appelait Hossam. Il était beau, musclé. Sa peau, contrairement à la mienne, ressemblait plutôt à du chocolat noir. C’était mon prof de plongée.
Ça faisait belle lurette que je n’avais plus senti ces papillons dans le ventre. Je ne pensais pas que ces sensations pouvaient un jour refaire surface. J’avais à nouveau 15 ans. C’était délicieux.
Quelques jours avant mon départ, j’avais montré « Coup de foudre à Notting Hill » à mes filles. Un de mes personnages préférés de ce film est Spike, le colocataire un peu atypique du héros. Il porte des t-shirts avec des slogans mythiques, dont un, où c’est écrit à l’avant : « You’re the most beautiful woman in the world » (« Tu es la plus belle femme du monde »), et au dos : « Fancy a Fuck ? » (que j’ai traduit à mes filles par « Envie de baiser ? » en espérant qu’elles comprennent plutôt : « Envie d’UN baiser ? »… ). Bref, en admirant les atouts physiques de mon prof de plongée, j’avais un petit sourire en coin en m’imaginant qu’il m’adresse cette courte phrase : « Fancy a fuck ? »
J’imagine qu’en lisant ça, tu te poses des questions quant à la qualité de ma relation avec Jérémie. Eh bien, figure-toi qu’on a tout ce dont un couple peut rêver ! Une belle intimité, une bonne communication, une confiance solide en l’autre, un grand respect, une complicité du tonnerre, beaucoup d’humour et une profonde affection l’un pour l’autre. Et malgré cela, je me suis découverte comme n’étant pas à l’abri d’une « envie d’ailleurs ».
J’ai lu une fois dans un article que les infidélités n’ont presque jamais un lien avec des manquements éventuels du partenaire. Le seul atout de la personne convoitée, c’est celui d’être « différent.e ». Je peux confirmer cela dans cette expérience : je suis amoureuse à 100% de mon homme, et ce qui m’a attirée vers cet autre homme, c’était les points sur lesquels il se distinguait de Jérémie. Il devait avoir la 50aine, il était très posé, parlait très peu, soutenait toujours mon regard (notamment sous l’eau, quand je sentais l’angoisse m’envahir). Il avait le rôle de l’instructeur, moi de l’élève.
Le soir de mon anniversaire, nous avons fait la plongée de nuit (je t’en avais parlé à la fin du dernier article, tu te souviens ?). Par un concours de circonstances, nous n’étions finalement plus que les deux. Sous l’eau, je lui tenais le bras – ayant beaucoup trop peur de nager seule derrière lui, dans cette eau noire. J’avais froid, je frissonnais. De retour à la surface, après une plongée encore plus impressionnante que celles de jour, il m’a proposé d’aller boire un verre, pour fêter mon anniversaire. J’ai gentiment décliné l’offre et me suis rendue dans ma chambre.
Le lendemain, il me faisait un peu la tête, me disant que je n’avais pas confiance en lui. Qu’après 20 ans de carrière ici, je pensais bien qu’il n’allait pas risquer de tout détruire par un « faux pas » avec une cliente ?! Je lui ai répondu calmement que j’avais simplement décliné l’offre parce que j’étais une femme mariée. Et que je ne voulais rien faire que je n’aurais pas envie que mon mari fasse avec une autre femme. Cela impliquait d’aller boire un verre tard le soir.
Voilà. Le reste de l’histoire, c’est qu’on s’est dit au revoir, que j’ai écrit encore un très gentil commentaire sur TripAdviser, et que je suis rentrée (avec une superbe tourista…) auprès de mon homme. Je lui ai donné mon journal intime à lire (c’est radical – comme moyen de communication), nous avons eu quelques jours de discussions houleuses, puis tout est rentré dans l’ordre.
Esther Perel, une psychothérapeute belge que je trouve passionnante, parle beaucoup de cette question de l’infidélité, et notamment aussi de la manière de se reconstruire après, en tant que couple. Un journaliste lui a demandé dans une interview : « Est-ce que vous recommanderiez l’infidélité ? » Elle a pris un air très surpris, en répondant : « Est-ce que je la RECOMMANDERAIS ? Ce serait comme recommander un cancer à une personne… ».
Je termine cet article avec un souvenir qui me vient en tête à l’instant. Je n’avais pas prévu de le mentionner – mais je le trouve touchant. Lorsque mon Papa est décédé, en 2016, ma Maman m’a avoué qu’en regardant son corps inerte, sa première pensée avait été : « On a réussi. On a été fidèles l’un à l’autre jusqu’à ce que la mort nous sépare. Et ce n’est pas parce qu’on est femme de pasteur que les tentations n’existent pas… »
Une chose est sûre : d’avoir vécu cet épisode en Egypte, j’ai une nouvelle conception de la tentation. Et je comprends mieux les gens qui n’y résistent pas…
P.S. : en bonus, voilà le lien vers la conférence TED de cette Esther Perel. Son thème : Le secret du désir dans une relation durable. (En anglais)