Nous sommes mercredi 15 février, je n’entends rien d’autre qu’un chat qui ronflote quelque part et la grande horloge qui m’annonce avec chaque tic-tac que mon temps est compté. Dehors, il fait nuit, ce qui met parfaitement en valeur le joli croissant de lune à l’horizon.
Je me sens privilégiée de pouvoir t’écrire aujourd’hui. Non pas au sujet de la St-Valentin (mais si ça t’intéresse : on l’a passée à regarder un match de foot ! Bayern contre PSG – quand-même, Jérémie ne pouvait pas louper ça ! :-) Mais aucun problème pour moi : on se rattrape en allant au restaurant ce soir !)
Pile dans une semaine, nous fêterons mercredi des cendres, ce fameux mercredi 47 jours avant Pâques, qui marque le début du carême. Ceci me rappelle qu’il y a un an précisément, j’avais pris une décision un peu particulière : et si je jeûnais du jeûne ?
Il faut savoir que même si je ne suis pas catholique, le fait de me priver d’une chose ou l’autre durant ces 40 jours a souvent fait partie de ma vie. J’aime cette période où on se pose la question : de quoi vais-je me passer cette année ? De douceurs en général, de boissons sucrées, de chocolat, voire carrément de repas entiers ? Ou encore, de réseaux sociaux, de Netflix, de séries ? J’ai un petit sourire en coin en me rappelant mon amie Eugénie qui habitait au 4e étage de son immeuble et qui avait décidé de se passer de l’ascenseur durant 40 jours ! Pas facile à tenir, surtout quand on a juste oublié quelque chose en-haut, et qu’on est déjà en retard pour l’école…
Alors voilà : il y a un an, j’ai décidé d’essayer de ne jeûner de rien du tout ! Mais ce qu’il faut savoir, avant ça, c’est que cela faisait depuis notre voyage autour du globe (2018) que j’appliquais une discipline plutôt rigoureuse. Ayant appris au détour d’une conversation avec mon frère (Christian) qu’il jeûnait un jour par semaine, j’avais décidé d’en faire autant. Mes enfants savaient ainsi que le mardi, ils n’avaient pas besoin de me mettre une assiette lorsqu’ils mettaient la table. Je pratiquais aussi 5 jours par semaine le jeûne intermittent – ce qui consistait dans mon cas à ne rien manger le matin, jusqu’à midi. Et ceci, durant 4 ans, plus ou moins sans exception.
Du coup, il est peut-être compréhensible qu’en 2022, lorsque je me posais sincèrement la question : « de quoi vais-je bien pouvoir jeûner durant 40 jours ? », je me sois dit : « Tiens ! Si je jeûnais du jeûne, pour une fois ? ». Mais pour réellement voir si cela allait me manquer, je ne ferais pas uniquement 40 jours, mais une année entière !
Et me voilà arrivée au terme de cette expérience. J’avoue qu’il y eu des moments délicieux – ces instants où je me disais à chaque fois : « Ah, mais c’est bon, en fait ! Je peux manger ! Même le matin – wow… ».
Ou celui où mon mari faisait « janvier blanc », mais où je me tenais avec une discipline de fer au fait de ne PAS jeûner… C’était assez jouissif, j’avoue, de savourer mon petit verre de blanc, avec la fondue, face à mon homme qui crevait d’envie de faire « santé » ! ;-)
Le côté moins agréable, c’est peut-être la sensation d’avoir un peu perdu le sens de la maîtrise de moi. Comme si à un petit enfant, au magasin, on disait toujours « oui oui », je me sens un peu « pourrie-gâtée » par moi-même. Cela se fait aussi sentir quand je monte sur une balance (je n’y monte pas souvent, mais il me semble quand-même qu’elle affiche 1 ou 2 (voire 3 ?) kg de plus que l’année dernière…).
La conclusion de tout ça, c’est que je suis reconnaissante d’avoir fait l’expérience qu’il était bien sûr possible de ne se priver de rien, et de simplement vivre comme bon me semble, sans réfléchir. Que l’attachement au jeûne ne doit pas constituer un dogme en soi. Mais honnêtement, je me réjouis de mettre un terme à cette année où je me suis privée du manque. Car qui dit manque, dit aussi « joie des retrouvailles ». Il n’y a rien de plus délicieux que de rompre un jeûne, après une période de privation. Et mis à part ce moment-là, il y a aussi de la joie durant le manque, à me dire que je suis en train de muscler des parties invisibles de mon être.
Comme si la faiblesse physique renforçait quelque part mon cœur et mon âme. Je me recentre sur ce qu’il y a d’essentiel et me rappelle que « l’homme ne vivra pas de pain seulement ». Je me rends compte de ma vulnérabilité et de mon besoin de connexion profonde avec Celui qui donne la vie.
Il y a aussi une part noble dans cet acte, lié à la solidarité. Wikipédia parle du jeûne de façon suivante :
« Le jeûne ne prend pas toujours la forme de privation de nourriture, mais peut être plus large. Diminuer ou se priver représente un chemin de détachement et d'humilité qui permet de mieux prendre conscience de ce que tant d'êtres humains sur Terre vivent au quotidien, et de rester dans une attitude d'accueil : que le prochain en difficulté ne nous soit pas étranger. »
Enfin, sur une note moins philosophique, je trouve qu’il y a quelque chose de mentalement très déchargeant, les jours de jeûne. Je ne dois plus me poser la question : que vais-je bien pouvoir me faire à manger aujourd’hui ? C’est comme appuyer sur « pause », dans cette course effrénée du quotidien. (Quant aux enfants, c’est relativement simple de leur préparer une fois par semaine un repas vite-fait bien-fait, que je n’aurais pas autrement plaisir à avaler…)
Cette année, je ne sais pas encore de quoi je vais jeûner. (Peut-être de matchs de foot ? :-)) Il me reste encore une semaine pour le décider. Mais je me réjouis de replonger dans cette belle hygiène de vie, et de me préparer concrètement à l’arrivée de Pâques, et à la joie de la résurrection – le triomphe final de la Vie qui surgit et resurgit toujours.
Et toi ? De quoi aurais-tu envie de jeûner durant 40 jours ?