foi

40 ans, Sharm-el-Sheik ou comment je m'appelle

Bon, tu l’auras deviné : je ne savais pas quoi choisir parmi ces 3 idées, pour le titre, alors j’ai mis les 3 dedans ! Et oui, je suis à Sharm-el-Sheik, je fête mes 40 ans, et je veux te parler aujourd’hui de comment je m’appelle.

Mais avant de plonger dans le vif du sujet, voici quelques explications : je rêvais d’aller seule à New-York pour passer ce grand cap, mais pour une histoire de vaccin et tralala j’ai fini par laisser tomber l’idée, en me disant que je pouvais très bien y aller plus tard, une fois que le Covid sera loin derrière !

Du coup, il a fallu trouver un nouveau rêve, et ça n’a pas été très difficile : moi qui adore l’eau, la mer, la plage, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour tester la plongée sous-marine ! Alors voilà : pour mon anniversaire des 40 ans, Jérémie m’offre cette escapade à la Mer Rouge, pendant que lui conjugue travail, garde des enfants, et un week-end de Pentecôte en plus avec notre enfant d’accueil, Silvan. Si ça ne s’appelle pas « être ma meilleure moitié », ça ?? (Entre nous, je dirais plutôt qu’il est « mes meilleurs trois quarts »…) 

 

Alors voilà : je suis arrivée ici, toute seule, dans ma chambre d’hôtel à 2h du matin cette nuit, après 17 heures de trajet. J’étais explosée, mais quand-même encore assez en forme pour m’attaquer avec vigueur au gros cafard qui m’accueillait à la salle de bain… J’étais reconnaissante pour mon expérience en la matière, ayant vécu une partie de ma vie en Afrique. (Avec la tong, c’est une affaire vite réglée, si ça peut t’être utile un jour !) :-)

 J’ai commencé mes cours de plongée cet après-midi (juste dans la piscine, pour l’instant), et quand mon instructeur a su que j’étais suisse, il m’a regardé de haut en bas, a comparé ma couleur de peau avec celle, bien bazanée, des 2 autres participants, et a décidé en une fraction de seconde de mon surnom : “white chocolate”. Merci.

(Ceci dit en passant, c’est quand-même plus joli que ce qu’on dit chez nous : “blanc comme une merde de laitier”…)

Mais alors, cette histoire de comment je m’appelle. Tu dois te demander où je veux en venir, puisque tu sais très bien, toi, que je m’appelle Salomé. J’ai commencé à tourner ces mots dans ma tête un jour, sous la douche, quand je me disais que ce projet de partir seule, quelques jours, ça me fera le plus grand bien. En effet, il y a des moments, dans ma course effrénée du quotidien, où je ne sais plus comment je m’appelle.

Et là, la bizarredise de la chose m’a sauté aux yeux. La langue française a cette particularité de formuler cette phrase de manière bien intrigante, si l’on y réfléchit. Parce que, au fond, ce n’est pas MOI qui m’appelle toute seule par mon prénom. Celui-ci, d’abord, ce sont mes parents, qui l’ont choisi. Et ensuite, eh bien c’est assez rare que j’ai besoin de « m’appeler », vu qu’en général, je me trouve à l’endroit où je suis. (Si je pouvais coller un émoji, ici, je mettrais celui qui se gratte le menton, en se posant des questions…)

Mais sérieusement : si on y pense, dans d’autres langues, on formule ça tout différemment : « my name is … » ou  bien «ich heisse … ». En chinois, si mes souvenirs sont bons, on disait quelque chose qui signifiait « je suis … ». Il n’y a qu’en français qu’on utilise cette tournure étrange « je m’appelle …».

Il est facile de dresser la liste des différents noms par lesquels les gens nous appellent, à commencer, effectivement par notre prénom. En plus de celui-ci, se collent certainement encore des noms liés à nos différents rôles. Je suis par exemple souvent appelée « maman », ou encore «le Cœur », à la maison. A l’école, je suis celle qui répond au mot « maîtresse ». Et vous ajoutez à ça encore les différents surnoms que différentes personnes vous donnent.
Là où je veux en venir, aujourd’hui, c’est sur « comment JE M’appelle »… Plus difficile, hein ?

Il y a tout de suite une petite série de noms moins sympathiques qui me viennent à l’esprit. Par exemple, je m’appelle intérieurement parfois « la paresseuse » (oui, je fais quasiment tous les jours une sieste – et une loooongue souvent !). Ou parfois, « la tendue » (quand j’amène une ambiance particulièrement chiante (pardon du terme) à la maison, quand je ne supporte pas le moindre bruit ou que je fais des reproches à tout va).

Un autre de mes favoris, c’est « celle qui casse les rêves » (quand j’ai révélé celui-là à ma sœur elle avait l’air drôlement surprise : « quoi ?? toi ??  mais t’es toujours si encourageante ! » Eh bien, mesdames et messieurs, je ne sais pas si c’est quelque chose qui vous arrive aussi, mais il semblerait que je souffre du syndrome de « plus je suis généreuse et enthousiaste à l’extérieur, plus je suis suffocante et négative à l’intérieur, avec ceux qui me sont le plus proches, et que j’aime le plus au monde ! ».

Tu veux un exemple ? Sophie (8 ans) me chante une chanson qui s’appelle « Un jour, j’irai à Tahiti ». Elle me regarde, des étoiles plein les yeux, et me dit : « Maman, cette chanson, ça me donne trop envie de voyager ! » Et moi, sans réfléchir, qu’est-ce que je lui réponds du tac au tac ? « Eh bien pour ça, tu ferais mieux d’ apprendre déjà à manger un peu d’autres plats, au lieu de faire la grimace à chaque fois que je cuisine autre chose que des pâtes ou de la pizza ! » …

Un autre nom que je me donne encore, c’est “la bordélique” ou « la mal organisée ». Et celui-ci tombe sur un terrain très fragile, quand ça vient chatouiller ma crainte sous-jacente mais quasi-permanente de finir, un jour, peut-être avec une démence. Je n’en ai jamais parlé ici, encore, mais au cas où tu ne le saurais pas, j’ai eu la probabilité très minime d’avoir mes DEUX parents qui ont attrapé la maladie d’Alzheimer (ma maman souffre plus précisément d’une démence à corps de Levy). Double-combo, comme diraient les Inconnus…  Du coup, à la moindre maladresse de mon cerveau (au moindre oubli, au moindre blanc, à chaque fois que ma langue fourche, à chacune des nombreuses défaillances de mon sens de l’orientation (!!!), ou encore, au moindre couac dans l’agenda), je me dis tout de suite : « Oh non…. Pas ça !!! Pitié !!! ».

 

Pour mes 40 ans, j’avais envie de me faire un cadeau particulier (oui, en PLUS du brevet de plongée et des vacances de rêve en Egypte !). J’avais envie de collectionner plein de nouveaux noms que je me donnerai, et par lesquels j’aurai l’occasion de M’APPELER, en douceur, quand ces vieux noms voudront remonter à la surface et égratigner mon estime de moi.

Pour ça, je me suis fait une liste, dans ma tête, avec tous les petits noms GENTILS qui me collent si bien. Parmi eux, il y a par exemple « la rigolote », “celle qui sait écouter”, « l’authentique », « celle qui amène une bonne ambiance », « celle qui pense aux autres », « l’originale », etc. Et parmi toute cette liste de noms, celui que j’ai retenu pour fêter dignement ce cap des 40 ans, c’est, tadaaaam : « Celle qui est aimée », ou, exprimé de façon un peu plus romantique :

« La Bien-Aimée ».

J’aime bien. ;-)

S’il devait y avoir une phrase qui reflète la colonne vertébrale de ma vie sur terre, ce serait une formule un peu à la Descartes (« Je pense, donc je suis. »), mais à ma sauce :

« Je suis aimée, donc j’aime. »

Tiens, ça me donne une idée pour ma pierre tombale. Je crois que je choisirais un épitaphe en allemand :  “Hat, und wurde geliebt.” (ça sonne moins bien traduit en français, mais ça signifie : “A été, et a aimé(e)”

Et toi, cher lecteur, chère lectrice : comment TU T’appelles ?

 Je serais ravie de savoir que mon texte t’a amené-e à réfléchir au(x) nom(s) que tu voudrais te donner à toi-même ! Et si tu es d’accord de me le(s) partager (soit en privé, soit en commentaire ci-dessous), je serais plus qu’enchantée !

Je crois que j’ai besoin de préciser une chose ici.

Je dis que je suis aimée, et je suis consciente que j’ai une chance énorme de ressentir ça. Probablement que ça a avoir avec l’enfance heureuse que j’ai eu la grâce d’avoir, aussi avec le fait que je suis la 4e dans ma fratrie, et que mes frères et sœur étaient comme un prolongement de mes parents, remplis d’amour,  pour moi.

D’autre part, bien sûr, ça me vient aussi de ma confiance ancrée et profonde qu’il y a un Dieu qui aime absolument chacune de Ses créatures, comme si elle était son unique souci. J’aime beaucoup cette affirmation du Christ (Celui qui est venu “pour nous révéler le Père”) quand il dit à son Père céleste :

« Avant la création du monde, Tu m’aimais. »

Alors, ce que mes mots essaient de te dire, c’est que toi aussi, tu t’appelles « Bien-Aimé » ou « Bien-Aimée » - parce que c’est le nom que notre Père céleste te donne (moi j’y crois ! ;-)).

En guise de cadeau de fin d’article, pour te remercier de m’avoir lue, voici un petit clip avec des magnifiques paroles à méditer, sur ce sujet : « You say », de Lauren Daigle.

Sur ce, je te laisse, et je vais cette fois me concentrer sur ce pourquoi je suis venue à Sharm-el-Sheik : mon baptême de plongée ! A moi, les myriades de couleurs, sous forme de poissons, de coraux et de mille autres curiosités sous-marines ! La vie est belle.

 

Signé : La Bien-Aimée (ou : White Chocolate)

PS : j’avais rédigé cet article il y a 3 jours, à mon arrivée. Depuis, j’ai déjà presque mon brevet en poche ! ça a été une des choses les plus passionnantes, mais aussi des plus difficiles que j’ai jamais faite… Mais pour couronner le tout, je me suis inscrite pour un “night dive” ce soir (moi qui meurs de trouille dans de l’eau noire… on verra ce que ça donne !) Ah, et entre temps, mon instructeur m’appelle plutôt “pink chocolate”.. Aïe ! ;-)

PS 2 : n’oublie pas de m’écrire comment TU T’appelles !